Warning: include(../../blocks/do_head.php) [function.include]: failed to open stream: in /home/users1/g/goldbiblioteca/domains/goldbiblioteca/online_rusklassic/knigi_online_str9/869.php on line 9

Warning: include() [function.include]: Failed opening '../../blocks/do_head.php' for inclusion (include_path='.:/usr/local/zend-5.3/share/pear') in /home/users1/g/goldbiblioteca/domains/goldbiblioteca/online_rusklassic/knigi_online_str9/869.php on line 9
  www.goldbiblioteca.ru

Warning: include(../../blocks/verhonline.php) [function.include]: failed to open stream: in /home/users1/g/goldbiblioteca/domains/goldbiblioteca/online_rusklassic/knigi_online_str9/869.php on line 26

Warning: include() [function.include]: Failed opening '../../blocks/verhonline.php' for inclusion (include_path='.:/usr/local/zend-5.3/share/pear') in /home/users1/g/goldbiblioteca/domains/goldbiblioteca/online_rusklassic/knigi_online_str9/869.php on line 26

Ը . 6 . 3.


3.




. . , .
( , , ) 1840- . . . . , . , . 1873 1886 . ( ). : . . . (., 1886); . . . (., 1900); . . (., 1911) .
1930 . . < >, 1844 . Allgemeine Zeitung . . (., 1962). 1935 . (. 1921) <>, . 1988 . (. 97) . (1992. 1) <>.
XIXXX .
, . . . , , , ( , , ) , , , .
. ( . . . . . ) ( . . . . II. , 1999). . . , (The Slavonic Review. 1924. Vol. 3. 8) , . , ( . . 97). , , (. . ) , , , - - - .
, . . . . . , , . . , . . , . . , . . , .

,

*

19. Mrz. Ich las in der Beilage Nr. 78 der Allg. Zeitung vom 18. Mrz einen Artikel ber das russische Heer im Kaukasus. Unter andern sonderbarlichen Dingen findet sich darin eine Stelle, deren Bedeutung ungefhr folgende ist: der russische Soldat sey oftmals dasselbe was der franzsische Galeeren-strfling. Der ganze brige Artikel ist, seiner Richtung nach, im Grunde nur die Entwicklung dieses Satzes. Werden Sie einem Russen zwei kurze Bemerkungen hierber gestatten? Diese schnen Dinge schreibt und verffentlicht man in Deutschland im Jahr 1844. Nun, die Leute, welche man auf solche Weise den Galeerenstrflingen zur Seite stellt, sind dieselben die vor kaum dreiig Jahren auf den Schlachtfeldern ihres Vaterlandes in Strmen ihr Blut vergossen, um Deutschlands Befreiung zu sichern, das Blut dieser Galeerenstrflinge, das in eins zusammengeflossen mit dem Ihrer Vter und Ihrer Brder, hat Deutschlands Schmach abgewaschen und ihm seine Unabhngigkeit und Ehre wieder errungen. Dies meine erste Bemerkung. Die zweite ist folgende: wenn Sie einem Veteranen der Napoleonischen Heere begegnen, ihn an seine ruhmreiche Vergangenheit erinnern und fragen, wer unter den Gegnern, die er auf allen Schlachtfeldern Europas zu bekmpfen gehabt, derjenige gewesen den er am meisten geschtzt, der nach einzelnen Niederlagen den stolzesten Blick gezeigt: so lt sich zehn gegen eins wetten der Napoleonische Veteran werde Ihnen den russischen Soldaten nennen. Durchwandern Sie die Departemente Frankreichs, in welchen der fremde Einfall im Jahre 1814 seine Furchen gezogen, und fragen Sie jetzt die Bewohner dieser Provinzen welcher Soldat unter den Truppen des feindlichen Heeres bestndig die grte Menschlichkeit, die hchste Mannszucht, die geringste Feindseligkeit gegen den friedlichen Einwohner, den entwaffneten Brger gezeigt, so lt sich hundert gegen eins wetten, man werde Ihnen den russischen Soldaten nennen. Wollen Sie aber wissen welches der ungezgelste, der raubschtigste gewesen, o dann ist es nicht mehr der russische Soldat. Dies die wenigen Betrachtungen, die ich Ihnen ber den fraglichen Artikel zu machen hatte; ich verlange nicht, da Sie dieselben Ihren Lesern mittheilen. Diese und viele andere daran sich knpfende Betrachtungen leben Sie wissen es so gut wie ich in Deutschland in aller Herzen, und darum bedrfen sie auch durchaus keines Raumes in einem ffentlichen Blatte. In unsern Tagen gibt es Dank der Presse jenes unverletzliche Geheimnis nicht mehr, das die Franzosen das Geheimnis der Komdie nennen; man ist in allen Lndern, wo ffentlichkeit der Presse herrscht, dahin gekommen, da niemand ber den innersten Grund einer gegebenen Lage zu sagen wagt, was jedermann davon denkt. Dies ist auch der Grund, warum ich Ihnen das Wort des Rthsels ber die Stimmung der Gemther in Deutschland gegen die Russen nur leise zuflstere. Die Deutschen haben, nach Jahrhunderten der Zerrissenheit und nach Jahren politischen Todes, ihre Nationalitt nur mit dem hochherzigen Beistande Rulands wieder gewinnen knnen; jetzt bilden sie sich ein, sie knnten sie vervollstndigen durch Undankbarkeit. Ach, sie tuschen sich. Sie beweisen damit blo, da sie sich annoch schwach fhlen.

Lettre M. le docteur Gustave Kolb, rdacteur de la Gazette Universelle*

Monsieur le Rdacteur,
Laccueil que vous avez fait dernirement quelques observations que jai pris la libert de vous adresser, ainsi que le commentaire modr et raisonnable dont vous les avez accompagnes, mont suggr une singulire ide. Que serait-ce, monsieur, si nous essayions de nous entendre sur le fond mme de la question? Je nai pas lhonneur de vous connatre personnellement. En vous crivant cest donc la Gazette Universelle dAugsbourg que je madresse. Or, dans ltat actuel de lAllemagne, la Gazette dAugsbourg est quelque chose de plus, mes yeux, quun journal. Cest la premire de ses tribunes politiques Si lAllemagne avait le bonheur dtre une , son gouvernement pourrait plusieurs gards adopter ce journal pour lorgane lgitime de sa pense. Voil pourquoi je madresse vous. Je suis Russe, ainsi que jai dj eu lhonneur de vous le dire, Russe de cur et dme, profondment dvou mon pays, en paix avec mon gouvernement et, de plus, tout fait indpendant par ma position. Cest donc une opinion russe, mais libre et parfaitement dsintresse , que jessayerai dexprimer ici Cette lettre, comprenez-moi bien, sadresse plus encore vous, monsieur, quau public. Toutefois vous pouvez en faire tel usage quil vous plaira. La publicit mest indiffrente. Je nai pas plus de raisons de lviter que de la rechercher Et ne craignez pas, monsieur, quen ma qualit de Russe, je mengage mon tour dans la pitoyable polmique qua souleve dernirement un pitoyable pamphlet. Non, monsieur, cela nest pas assez srieux.
Le livre de M. de Custine est un tmoignage de plus de ce dvergondage de lesprit, de cette dmoralisation intellectuelle, trait caractristique de notre poque, en France surtout, qui fait quon se laisse aller traiter les questions les plus graves et les plus hautes, bien moins avec la raison quavec les nerfs, quon se permet de juger un Monde avec moins de srieux quon nen mettait autrefois faire lanalyse dun vaudeville. Quant aux adversaires de M. de Custine, aux soi-disant dfenseurs de la Russie, ils sont certainement plus sincres, mais ils sont bien niais Ils me font leffet de gens qui, par un excs de zle, ouvriraient prcipitamment leur parasol pour protger contre lardeur du jour la cime du Mont-Blanc Non, monsieur, ce nest pas de lapologie de la Russie quil sera question dans cette lettre. Lapologie de la Russie!.. Eh, mon Dieu, cest un plus grand matre que nous tous qui sest charg de cette tche et qui, ce me semble, sen est jusqu prsent assez glorieusement acquitt. Le vritable apologiste de la Russie cest lHistoire, qui depuis trois sicles ne se lasse pas de lui faire gagner tous les procs dans lesquels elle a successivement engag ses mystrieuses destines En madressant vous, monsieur, cest de vous-mme, de votre propre pays, que je prtends vous entretenir, de ses intrts les plus essentiels, les plus vidents, et sil est question de la Russie, ce ne sera que dans ses rapports immdiats avec les destines de lAllemagne.
A aucune poque, je le sais, les esprits en Allemagne nont t aussi proccups quils le sont de nos jours du grand problme de lunit germanique Eh bien, monsieur, vous surprendrai-je beaucoup, vous, sentinelle vigilante et avance, si je vous disais quau beau milieu de cette proccupation gnrale un il un peu attentif pourrait signaler bien des tendances, qui, si elles venaient grandir, compromettraient terriblement cette uvre de lunit laquelle tout le monde a lair de travailler Il y en a une surtout fatale entre toutes Je ne dirai rien qui ne soit dans la pense de tout le monde, et cependant je ne pourrais pas dire un mot de plus, sans toucher des questions brlantes; mais jai la croyance, que de nos jours, comme au Moyen-Age, quand on a les mains pures et les intentions droites, on peut impunment toucher tout
Vous savez, monsieur, quelle est la nature des rapports qui unissent, depuis trente ans, les gouvernements de lAllemagne, grands et petits, la Russie. Ici je ne vous demande pas ce que pensent de ces rapports telle ou telle opinion, tel ou tel parti; il sagit dun fait. Or le fait est que jamais ces rapports nont t plus bienveillants, plus intimes, que jamais entente plus sincrement cordiale na exist entre ces diffrents gouvernements et la Russie Monsieur, pour qui vit sur le terrain de la ralit et non dans le monde des phrases, il est clair que cette politique est la vraie, la lgitime politique de lAllemagne, sa politique normale, et que ses souverains, en maintenant intacte cette grande tradition de votre poque de rgnration, nont fait quobir aux inspirations du patriotisme le plus clair Mais encore une fois, monsieur, je ne prtends pas au don des miracles, je ne prtends pas faire partager cette opinion tout le monde, surtout pas ceux qui la considrent comme leur ennemie personnelle Aussi bien ce nest pas dune opinion quil sagit pour le moment, cest dun fait, et le fait, ce me semble, est assez visible et assez palpable pour rencontrer peu dincrdules
A ct et en regard de cette direction politique de vos gouvernements, ai-je besoin de vous dire, monsieur, quelle est limpulsion, quelles sont les tendances que depuis une dizaine dannes on travaille sans relche imprimer lopinion allemande lgard de la Russie? Ici encore je mabstiendrai pour le moment dapprcier leur juste valeur les griefs, les accusations de tout genre quon ne cesse daccumuler contre elle avec une persvrance vraiment tonnante. II ne sagit ici que du rsultat obtenu. Ce rsultat, il faut lavouer, sil nest pas consolant, est peu prs complet. Les travailleurs sont en droit dtre contents de leur journe. Cette mme puissance que les grandes gnrations de 1813 saluaient de leur enthousiaste reconnaissance, cette puissance dont lalliance fidle, dont lamiti active et dsintresse na pas failli une seule fois depuis trente ans ni aux peuples, ni aux souverains de lAllemagne, on a russi, grce aux refrains dont on a berc lenfance de la gnration actuelle, on a presque russi, dis-je, transformer cette mme puissance en pouvantail pour un grand nombre dhommes appartenant notre gnration, et bien des intelligences viriles de notre poque nont pas hsit rtrograder jusqu la candide imbcillit du premier ge, pour se donner la satisfaction de voir dans la Russie logre du XIX-e sicle.
Tout cela est vrai. Les ennemis de la Russie triompheront peut-tre de ces aveux; mais quils me permettent de continuer.
Voil donc deux tendances bien dcidment opposes; le dsaccord est flagrant et il saggrave tous les jours. Dun ct vous avez les souverains, les cabinets de lAllemagne avec leur politique srieuse et rflchie, avec leur direction dtermine, et dautre part un autre souverain de lpoque lopinion, qui sen va o les vents et les flots la poussent.
Monsieur, permettez-moi de madresser votre patriotisme et vos lumires: que pensez-vous dun pareil tat de choses? Quelles consquences en attendez-vous pour les intrts, pour lavenir de votre patrie? Car, comprenez-moi bien, ce nest que de lAllemagne quil sagit en ce moment Mon Dieu, si lon pouvait se douter, parmi vous, combien peu la Russie est atteinte par toutes ces violences diriges contre elle, peut-tre cela ferait rflchir jusqu ses ennemis les plus acharns
Il est vident quaussi longtemps que la paix durera, ce dsaccord namnera aucune perturbation grave et manifeste; le mal continuera couler sous terre; vos gouvernements, comme de raison, ne changeront pas leur direction, ne bouleverseront pas de fond en comble toute la politique extrieure de lAllemagne pour se mettre lunisson de quelques esprits fanatiques ou brouillons; ceux-ci, sollicits, pousss par la contradiction, ne croiront pas pouvoir sengager assez avant dans la direction la plus oppose celle quils rprouvent, et cest ainsi que, tout en continuant parler de lunit de lAllemagne, les yeux toujours tourns vers lAllemagne, ils sapprocheront pour ainsi dire reculons vers la pente fatale, vers la pente de labme, o votre patrie a dj gliss plus dune fois Je sais bien, monsieur, que tant que nous conserverons la paix, le pril que je signale ne sera quimaginaire Mais vienne la crise, cette crise dont le pressentiment pse sur lEurope, viennent ces jours dorage, qui mrissent tout en quelques heures, qui poussent toutes les tendances leurs consquences les plus extrmes, qui arrachent leur dernier mot toutes les opinions, tous les parties monsieur, quarrivera-t-il alors? Serait-il donc vrai quil y ait pour les nations plus encore que pour les individus une fatalit inexorable, inexpiable? Faut-il croire quil y ait en elles des tendances plus fortes que toute leur volont, que toute leur raison, des maladies organiques que nul art, nul rgime ne peuvent conjurer?.. En serait-il ainsi de cette terrible tendance au dchirement que lon voit, comme un phnix de malheur, renatre toutes les grandes poques de lhistoire de votre noble patrie? Cette tendance, qui a clat au Moyen-Age par le duel impie et antichrtien du Sacerdoce et de lEmpire, qui a dtermin cette lutte parricide entre lempereur et les princes, puis, un moment affaiblie par lpuisement de lAllemagne, est venue se retremper et se rajeunir dans la Rformation, et, aprs avoir accept delle une forme dfinitive et comme une conjuration lgale, sest remise luvre avec plus de zle que jamais, adoptant tous les drapeaux, pousant toutes les causes, toujours la mme sous des noms diffrents jusquau moment o, parvenue la crise dcisive de la guerre de Trente Ans, elle appelle son secours ltranger dabord, la Sude, puis sassocie dfinitivement lennemi, la France, et grce cette association de forces, achve glorieusement en moins de deux sicles la mission de mort dont elle tait charge.
Ce sont l de funestes souvenirs. Comment se fait-il quen prsence de souvenirs pareils vous ne vous sentiez pas plus alarm par tout symptme qui annonce un antagonisme naissant dans les dispositions de votre pays? Comment ne vous demandez-vous pas avec effroi si ce nest pas l le rveil de votre ancienne, de votre terrible maladie?
Les trente annes qui viennent de scouler peuvent assurment tre comptes parmi les plus belles de votre histoire; depuis les grands rgnes de ses empereurs saliques jamais de plus beaux jours navaient lui sur lAllemagne; depuis bien des sicles lAllemagne ne stait aussi compltement appartenue, ne stait sentie aussi une , aussi elle-mme; depuis bien des sicles elle navait eu vis--vis de son ternelle rivale une attitude plus forte, plus imposante. Elle la tenue en chec sur tous les points. Voyez vous-mme: au del des Alpes vos plus glorieux empereurs nont jamais exerc une autorit plus relle que celle quy exerce maintenant
une puissance allemande. Le Rhin est redevenu allemand de cur et dme; la Belgique, que la dernire secousse europenne semblait devoir prcipiter dans les bras de la France, sest arrte sur la pente, et maintenant il est vident quelle remonte vers vous; le cercle de Bourgogne se reforme, la Hollande, tt ou tard, ne saurait manquer de vous revenir. Telle a donc t lissue dfinitive du grand duel engag il y a plus de deux sicles entre la France et vous; vous avez pleinement triomph, vous avez eu le dernier mot. Et cependant, convenez-en: pour qui avait assist cette lutte depuis son origine, pour qui lavait suivie travers toutes les phases, travers toutes ses vicissitudes, jusqu la veille du jour suprme et dcisif, il et t difficile de prvoir une pareille issue; les apparences ntaient pas pour vous, les chances ntaient pas en votre faveur. Depuis la fin du Moyen-Age, malgr quelque temps darrt, la puissance de la France navait cess de grandir, en se concentrant et en se disciplinant, et cest partir de cette poque que lEmpire, grce sa scission religieuse, est entr dans son dernier priode, dans le priode de sa dsorganisation lgale; les victoires mme que vous remportiez taient striles pour vous, car ces victoires narrtaient pas la dsorganisation intrieure, o souvent mme elles ne faisaient que la prcipiter. Sous Louis XIV, bien que le grand roi et chou, la France triompha, son influence domina souverainement lAllemagne; enfin vint la Rvolution, qui, aprs avoir extirp de la nationalit franaise jusquaux derniers vestiges de ses origines, de ses affinits germaniques, aprs avoir rendu la France son caractre exclusivement romain, engagea contre lAllemagne, contre le principe mme de son existence, une dernire lutte, une lutte mort; et cest au moment o le soldat couronn de cette Rvolution faisait reprsenter sa parodie de lempire de Charlemagne sur les dbris mmes de lempire fond par Charlemagne, obligeant pour dernire humiliation les peules de lAllemagne dy jouer aussi leur rle, cest dans ce moment suprme que la priptie eut lieu, et que tout fut chang.
Comment stait-elle faite, cette prodigieuse priptie? Par qui? Par quoi avait-elle t amene?.. Elle a t amene par larrive dun tiers sur le champ de bataille de lOccident europen; mais ce tiers, ctait tout un monde
Ici, monsieur, pour nous entendre, il faut que vous me permettiez une courte digression. On parle beaucoup de la Russie; de nos jours elle est lobjet dune ardente, dune inquite curiosit. Il est clair quelle est devenue une des grandes proccupations du sicle; mais, bien diffrent des autres problmes qui le passionnent, celui-ci, il faut lavouer, pse sur la pense contemporaine, plus encore quil ne lexcite Et il ne pouvait en tre autrement: la pense contemporaine, fille de lOccident, se sent l en prsence dun lment sinon hostile, du moins dcidment tranger, dun lment qui ne relve pas delle, et lon dirait quelle a peur de se manquer elle-mme, de mettre en cause sa propre lgitimit, si elle acceptait comme pleinement lgitime la question qui lui est pose, si elle sappliquait srieusement, consciencieusement la comprendre et la rsoudre Quest-ce que la Russie? Quelle est sa raison dtre, sa loi historique? Do vient-elle? O va-t-elle? Que reprsente-t-elle? Le monde, il est vrai, lui a fait une place au soleil, mais la philosophie de lhistoire na pas encore daign lui en assigner une. Quelques rares intelligences, deux ou trois en Allemagne, une ou deux en France, plus libres, plus avances que le gros de larme, ont bien entrevu le problme, ont bien soulev un coin du voile, mais leurs paroles jusqu prsent ont t peu comprises, ou peu coutes.
Pendant longtemps la manire dont on a compris la Russie, dans lOccident, a ressembl, quelques gards, aux premires impressions des contemporains de Colomb. Ctait la mme erreur, la mme illusion doptique. Vous savez que pendant longtemps les hommes de lancien continent, tout en applaudissant limmortelle dcouverte, staient obstinment refuss admettre lexistence dun continent nouveau; ils trouvaient plus simple et plus rationnel de supposer que les terres qui venaient de leur tre rvles ntaient que lappendice, le prolongement du continent quils connaissaient dj. Ainsi en a-t-il t des ides quon sest longtemps faites de cet autre nouveau monde, lEurope orientale, dont la Russie a de tout temps t lme, le principe moteur et auquel elle tait appele imposer son glorieux nom, pour prix de lexistence historique que ce monde a dj reue delle, ou quil en attend Pendant des sicles, lOccident europen avait cru avec une bonne foi parfaite quil ny avait point, quil ne pouvait pas y avoir dautre Europe que lui. Il savait, la vrit, quau-del de ses frontires il y avait encore des peuples, des souverainets, qui se disaient chrtiens; aux temps de sa puissance il avait mme entam les bords de ce monde sans nom, il en avait arrach quelques lambeaux quil stait incorpors tant bien que mal, en les dnaturant, en les dnationalisant; mais que, par-del cette limite extrme, il y et une autre Europe, une Europe orientale, sur bien lgitime de lOccident chrtien, chrtienne comme lui, point fodale, point hirarchique, il est vrai, mais par-l mme plus intimement chrtienne; quil y et l tout un Monde, Un dans son Principe, solidaire de ses parties, vivant de sa vie propre, organique, originale: voil ce quil tait impossible dadmettre, voil ce que bien des gens aimeraient rvoquer en doute, mme de nos jours Longtemps lerreur avait t excusable; pendant des sicles le principe moteur tait rest comme enseveli sous le chaos: son action avait t lente et presque imperceptible; un pais nuage enveloppait cette lente laboration dun monde Mais enfin, quand les temps furent accomplis, la main dun gant abattit le nuage, et lEurope de Charlemagne se trouva face face avec lEurope de Pierre le Grand
Ceci une fois reconnu, tout devient clair, tout sexplique: on comprend maintenant la vritable raison de ces rapides progrs, de ces prodigieux accroissements de la Russie, qui ont tonn le monde. On comprend que ces prtendues conqutes, ces prtendues violences ont t luvre la plus organique et la plus lgitime que jamais lhistoire ait ralise, ctait tout bonnement une immense restauration qui saccomplissait. On comprendra aussi pourquoi on a vu successivement prir et sffacer sous sa main tout ce que la Russie a rencontr sur sa route de tendances anormales, de pouvoirs et dinstitutions infidles au grand principe quelle reprsentait pourquoi la Pologne a d prir non pas loriginalit de sa race polonaise, Dieu ne plaise, mais la fausse civilisation, la fausse nationalit, qui lui avaient t imputes. Cest aussi de ce point de vue que lon apprciera le mieux la vritable signification de ce quon appelle la question de lOrient, de cette question que lon affecte de proclamer insoluble, prcisment parce que tout le monde en a depuis longtemps prvu linvitable solution Il sagit en effet de savoir si lEurope orientale, dj aux trois quarts constitue, si ce vritable empire de lOrient, dont le premier, celui des csars de Byzance, des anciens empereurs orthodoxes, navait t quune faible et imparfaite bauche, si lEurope orientale recevra ou non son dernier, son plus indispensable complment, si elle lobtiendra par le progrs naturel des choses, ou si elle se verra force de le demander la fortune par les armes, au risque des plus grandes calamits pour le monde. Mais revenons notre sujet.
Voil, monsieur, quel tait le tiers dont larrive sur le thtre des vnements a brusquement dcid le duel sculaire de lOccident europen; la seule apparition de la Russie dans vos rangs y a ramen lunit, et lunit vous a donn la victoire.
Et maintenant, pour se rendre un compte vrai de la situation actuelle des choses, on ne saurait assez se pntrer dune vrit, cest que depuis cette intervention de lOrient constitu dans les affaires de lOccident, tout est chang en Europe: jusque-l vous y tiez deux, maintenant nous y sommes trois. Les longues luttes y sont devenues impossibles.
De ltat actuel des choses peuvent sortir les trois combinaisons suivantes, les seules possibles dsormais. LAllemagne, allie fidle de la Russie, gardera sa prpondrance au centre de lEurope; ou bien cette prpondrance passerait aux mains de la France. Or, savez-vous, monsieur, ce que serait pour vous la prpondrance aux mains de la France? Ce serait, sinon la mort subite, au moins dprissement certain de lAllemagne. Reste la troisime combinaison, celle qui sourirait peut-tre le plus certaines gens: lAllemagne allie la France contre la Russie Hlas, monsieur, cette combinaison a dj t essaye en 1812 et, comme vous savez, elle a eu peu de succs. Dailleurs je ne pense pas quaprs lissue des trente annes qui viennent de scouler, lAllemagne ft dhumeur accepter les conditions dexistence dune nouvelle confdration du Rhin: car toute alliance intime avec la France ne peut jamais tre que cela, pour lAllemagne, et savez-vous, monsieur, ce que la Russie a entendu faire, lorsque, intervenant dans cette lutte engage entre les deux principes, les deux grandes nationalits qui depuis des sicles se disputaient lOccident europen, elle la dcide au profit de lAllemagne, du principe germanique? Elle a voulu donner gain de cause une fois pour toutes au droit, la lgitimit historique, sur le procd rvolutionnaire. Et pourquoi a-t-elle voulu cela? Parce que le droit, la lgitimit historique, cest sa cause elle, sa cause propre, la cause de bon avenir, cest l le droit quelle rclame pour elle-mme et pour les siens. Il ny a que la plus aveugle ignorance, celle qui ferme volontairement les yeux la lumire, qui puisse encore mconnatre cette grande vrit, car enfin nest-ce pas au nom de ce droit, de cette lgitimit historique, que la Russie a relev toute une race, tout un monde de sa dchance, quelle la appel vivre de sa vie propre, quelle lui a rendu son autonomie, quelle la constitu? Et cest aussi au nom de ce mme droit quelle saura bien empcher que les faiseurs dexpriences politiques ne viennent arracher ou escamoter des populations entires leur centre dunit vivante, pour pouvoir ensuite plus aisment les tailler et les faonner comme des choses mortes, au gr de leurs mille fantaisies, quils ne viennent en un mot dtacher des membres vivants du corps auquel ils appartiennent, sous prtexte de leur assurer par l une plus grande libert de mouvement
Limmortel honneur du Souverain qui est maintenant sur le trne de Russie, cest de stre fait plus pleinement, plus nergiquement quaucun de ses devanciers le reprsentant intelligent et inflexible de ce droit, de cette lgitimit historique. Une fois que son choix a t fait, lEurope sait si depuis trente ans la Russie y est reste fidle. On peut affirmer, lhistoire la main, quil serait bien difficile de trouver dans les annales politiques du monde un second exemple dune alliance aussi profondment morale que celle qui unit depuis trente ans les souverains de lAllemagne la Russie, et cest ce grand caractre de moralit qui la fait durer, qui la aide rsoudre bien des difficults, surmonter bien des obstacles, et maintenant, aprs lpreuve des bons et des mauvais jours, cette alliance a triomph dune dernire preuve, la plus significative de toutes: linspiration qui lavait fonde sest transmise, sans choc et sans altration, des premiers fondateurs leurs hritiers.
Eh bien, monsieur, demandez vos gouvernements si depuis ces trente annes la sollicitude de la Russie pour les grands intrts politiques de lAllemagne sest dmentie un seul instant? Demandez aux hommes qui ont t dans les affaires si maintes fois et sur bien des questions cette sollicitude na pas devanc vos propres inspirations patriotiques? Vous voil depuis quelques annes vivement proccups en Allemagne de la grande question de lunit germanique. Il nen a pas toujours t ainsi, vous le savez. Moi qui depuis longtemps demeure parmi vous, je pourrais au besoin me rappeler lpoque prcise o cette question a commenc passionner les esprits; assurment il tait peu question de cette unit, au moins dans la presse, lpoque o il ny avait pas de feuille librale qui ne se crt oblige en conscience de saisir chaque occasion dadresser lAutriche et son gouvernement les mmes injures que lon prodigue maintenant la Russie Cest donc l une proccupation trs louable, trs lgitime coup sr, mais dune date assez rcente. La Russie, il est vrai, na jamais prch lunit de lAllemagne; mais depuis trente ans elle na cess dans toutes les occasions et sur tous les tons de recommander lAllemagne lunion, la concorde, la confiance rciproque, la subordination volontaire des intrts particuliers la grande cause de lintrt gnral, et ces conseils, ces exhortations, elle ne sest pas lasse de les reproduire, de les multiplier, avec toute cette nergique franchise dun zle qui se sait parfaitement dsintress.
Un livre qui a eu, il y a quelques annes, un grand retentissement en Allemagne et auquel on a bien faussement attribu une origine officielle, a sembl accrditer parmi vous lopinion que la Russie, une certaine poque, aurait eu pour systme de sattacher plus particulirement les Etats allemands de second ordre au prjudice de linfluence lgitime des deux grands Etats de la Confdration. Jamais la supposition na t plus gratuite, et mme, il faut le dire, plus contraire de tout point la ralit.
Consultez l-dessus les hommes comptents, ils vous diront ce qui en est; peut-tre vous diront-ils que dans sa constante proccupation dassurer avant tout lindpendance politique de lAllemagne, la diplomatie russe sest expose quelquefois froisser dexcusables susceptibilits, en recommandant avec trop dinsistance aux petites cours dAllemagne une adhsion toute preuve au systme des deux grandes puissances. Ce serait peut-tre ici le lieu dapprcier sa juste valeur une autre accusation mille fois reproduite contre la Russie et qui nen est pas plus vraie. Que na-t-on pas dit pour faire croire que cest son influence avant tout qui a contrari en Allemagne le dveloppement du rgime constitutionnel? En thse gnrale il est souverainement draisonnable de chercher transformer la Russie en adversaire systmatique de telle ou telle forme de gouvernement; et comment, grand Dieu, serait-elle devenue ce quelle est, comment exercerait-elle sur le monde linfluence qui lui appartient, avec une pareille troitesse de ses ides! Ensuite, dans le cas spcial dont il sagit, il est rigoureusement vrai de dire que la Russie sest toujours nergiquement prononce pour le maintien loyal des institutions tablies, pour le respect religieux des engagements contracts; aprs cela il est trs possible quelle ait pens quil ne serait pas prudent, dans lintrt le plus vital de lAllemagne (celui de son unit) de donner dans les Etats constitutionnels de la Confdration la prrogative parlementaire la mme extension quelle a, par exemple, en Angleterre, en France; que si, mme prsent, il ntait pas toujours facile dtablir entre les Etats cet accord, cette intelligence parfaite, que ncessite une action collective, le problme deviendrait tout bonnement insoluble dans une Allemagne domine, cest--dire divise par une demi-douzaine de tribunes parlementaires souveraines. Cest l une de ces vrits acceptes lheure quil est par tous les bons esprits en Allemagne. Le tort de la Russie serait de lavoir comprise une dizaine dannes plus tt.
Maintenant, si de ces questions de lintrieur nous passions la situation du dehors, vous parlerai-je, monsieur, de la rvolution de Juillet et des consquences probables quelle devait avoir pour votre patrie et quelle na pas eues? Ai-je besoin de vous dire que le principe de cette explosion, que lme mme de ce mouvement ctait avant tout le besoin dune revanche clatante contre lEurope, et principalement contre vous, ctait lirrsistible besoin de ressaisir cette prpondrance de lOccident, dont la France avait si longtemps joui et quelle voyait avec dpit fixe depuis trente ans dans vos mains? Je rends assurment toute justice au roi des Franais, jadmire son habilet, je souhaite une longue vie lui et son systme Mais que serait-il arriv, monsieur, si, chaque fois que le gouvernement franais a essay depuis 1835 de porter ses regards par-dessus lhorizon de lAllemagne, il navait pas constamment rencontr sur le trne de Russie la mme attitude ferme et dcide, la mme rserve, la mme froideur, et surtout la mme fidlit toute preuve, aux alliances tablies, aux engagements contracts? Sil avait pu surprendre un seul instant de doute, dhsitation, ne pensez-vous pas que le Napolon de la paix lui-mme se serait finalement lass de retenir toujours cette France, frmissante sous sa main, et quil laurait laisse aller?.. Et que serait-ce, sil avait pu compter sur de la connivence?..
Monsieur, je me trouvais en Allemagne lpoque o M. Thiers, cdant une impulsion pour ainsi dire instinctive, se disposait faire ce qui lui paraissait la chose du monde la plus simple et la plus naturelle, cest--dire se venger sur lAllemagne des checs de sa diplomatie en Orient; jai t tmoin de cette explosion, de la colre vraiment nationale que cette nave insolence avait provoque parmi vous, et je me flicite de lavoir vue; depuis jai toujours entendu avec beaucoup de plaisir chanter le Rheinlied . Mais, monsieur, comment se fait-il que votre presse politique qui sait tout, qui sait par exemple le chiffre exact de tous les coups de poing qui schangent sur la frontire de Prusse entre les douaniers russes et les contrebandiers prussiens, comment, dis-je, na-t-elle pas su ce qui sest pass cette poque entre les cours dAllemagne et la Russie? Comment na-t-elle pas su, ou ne vous a-t-elle pas inform qu la premire dmonstration dhostilit de la part de la France, 80 000 hommes de troupes russes devaient marcher au secours de votre indpendance menace, et que 200 000 hommes les auraient suivis dans les six semaines? Eh bien, monsieur, cette circonstance nest pas reste ignore Paris, et peut-tre penserez-vous comme moi, quel que soit dailleurs le cas que je fasse du Rheinlied , quelle na pas peu contribu dcider la vieille Marseillaise battre si promptement en retraite devant sa jeune rivale.
Jai nomm la presse. Ne croyez pas, monsieur, que jaie des prventions systmatiques contre la presse allemande, ou que je lui garde rancune de son inexprimable malveillance notre gard. Il nen est rien, je vous assure; je suis trs dispos lui faire honneur des bonnes qualits quelle a, et jaimerais bien pouvoir attribuer en partie au moins ses torts et ses aberrations au rgime exceptionnel sous lequel elle vit. Ce nest certes ni le talent, ni les ides, ni mme le patriotisme qui manquent votre presse priodique; beaucoup dgards elle est la fille lgitime de votre noble et grande littrature, de cette littrature qui a restaur parmi vous le sentiment de votre identit nationale. Ce qui manque votre presse, et cela un degr compromettant, cest le tact politique, lintelligence vive et sre de la situation donne, du milieu rel dans lequel elle vit. Aussi remarque-t-on, dans ses manifestations comme dans ses tendances, je ne sais quoi dimprvoyant, dinconsidr, en un mot de moralement irresponsable qui provient peut-tre de cet tat de minorit prolonge o on la retient.
Comment sexpliquer en effet, si ce nest par cette conscience de son irresponsabilit morale, cette hostilit ardente, aveugle, forcene, laquelle elle se livre depuis des annes lgard de la Russie? Pourquoi? Dans quel but? Au profit de quoi? A-t-elle lair davoir une seule fois srieusement examin, au point de vue de lintrt politique de lAllemagne, les consquences possibles, probables, de ce quelle faisait? Sest-elle une seule fois srieusement demand si, en sappliquant comme elle le fait, depuis des annes, avec cet incroyable acharnement, aigrir, envenimer, compromettre sans retour les dispositions rciproques des deux pays, elle ne travaillait pas ruiner par sa base le systme dalliance sur lequel repose la puissance relative de lAllemagne vis--vis de lEurope? Si, la combinaison politique la plus favorable que lhistoire et ralise jusqu prsent pour votre patrie, elle ne cherchait par tous les moyens en son pouvoir de substituer la combinaison la plus dcidment funeste? Cette ptulante imprvoyance ne vous rappelle-t-elle pas, monsieur, la gentillesse prs toutefois, une espiglerie de lenfance de votre grand Gthe, si gracieusement raconte dans ses mmoires? Vous vous souvenez de ce jour o le petit Wolfgang, rest seul dans la maison paternelle, na pas cru pouvoir mieux utiliser le loisir que labsence de ses parents lui avait fait, quen faisant passer successivement par la fentre tous les ustensiles du mnage de sa mre qui lui tombaient sous la main, samusant et se rjouissant beaucoup du bruit quils faisaient en tombant et en se brisant sur le pav? Il est vrai quil y avait dans la maison vis--vis un mchant voisin qui par ses encouragements provoquait lenfant continuer lingnieux passe-temps; mais vous, monsieur, vous navez pas mme lexcuse dune provocation semblable
Encore si dans tout ce dbordement de dclamation haineuse contre la Russie on pouvait dcouvrir un motif sens, un motif avouable pour justifier tant de haine! Je sais que je trouverai au besoin des fous qui viendront me dire le plus srieusement possible: Nous devons vous har; votre principe, le principe mme de votre civilisation, nous est antipathique nous autres Allemands, nous autres Occidentaux; vous navez eu ni Fodalit , ni Hirarchie Pontificale ; vous navez pass ni par les guerres du Sacerdoce et de lEmpire , ni par les guerres de Religion , ni mme par lInquisition ; vous navez pas pris part aux Croisades, vous navez pas connu la Chevalerie, vous tes arriv il y a quatre sicles lunit que nous cherchons encore, votre principe ne fait pas une part assez large la libert de lindividu, il nautorise pas assez la division, le morcellement. Tout cela est vrai; mais tout cela, soyez juste, nous a-t-il empch de vous aider bravement et loyalement dans loccasion, lorsquil sest agi de revendiquer, de reconqurir votre indpendance politique, votre nationalit, et maintenant nest-ce pas le moins que vous puissiez faire, que de nous pardonner la ntre? Parlons srieusement, car la chose en vaut la peine. La Russie ne demande pas mieux que de respecter votre lgitimit historique, la lgitimit historique des peuples de lOccident; elle sest dvoue avec vous, il y a trente ans peine, la relever de sa chute, la replacer sur sa base; elle est donc trs dispose la respecter non seulement dans son principe, mais mme dans ses consquences les plus extrmes, mme dans ses carts, mme dans ses dfaillances; mais vous aussi, apprenez votre tour nous respecter dans notre unit et dans notre force.
Viendrait-on me dire que ce sont les imperfections de notre rgime social, les vices de notre administration, la condition de nos classes infrieures, etc., etc., que cest tout cela qui irrite lopinion contre la Russie. Eh quoi, serait-ce vrai? Et moi qui croyais tout lheure avoir me plaindre dun excs de malveillance, me verrai-je oblig maintenant de protester contre une exagration de sympathie? Car enfin, nous ne sommes pas seuls au monde, et si vous avez en effet un fond aussi surabondant de sympathie humaine, et que vous ne trouviez pas le placer chez vous et au profit des vtres, ne serait-il pas juste au moins que vous le rpartissiez dune manire plus quitable entre les diffrents peuples de la terre? Tous, hlas, ont besoin quon les plaigne; voyez lAngleterre par exemple, quen dites-vous? Voyez sa population manufacturire; voyez lIrlande, et si vous tiez mme dtablir en parfaite connaissance le bilan respectif des deux pays, si vous pouviez peser dans des balances quitables les misres quentranent leur suite la barbarie russe et la civilisation anglaise, peut-tre trouveriez-vous plus de singularit que dexagration dans lassertion de cet homme qui, galement tranger aux deux pays, mais les connaissant tous deux fond, affirmait avec une conviction entire quil y avait dans le Royaume-Uni un million dhommes, au moins, qui gagneraient beaucoup tre envoys en Sibrie
Ah, monsieur, pourquoi faut-il que vous autres Allemands, qui avez sur vos voisins doutre-Rhin une supriorit morale incontestable tant dgards, pourquoi faut-il que vous ne puissiez pas leur emprunter un peu de ce bon sens pratique, de cette intelligence vive et sre de leurs intrts, qui les distinguent!.. Eux aussi ils ont une presse, des journaux, qui nous invectivent, qui nous dchirent qui mieux mieux, sans relche, sans mesure, sans pudeur Voyez par exemple cette hydre aux cent ttes de la presse parisienne, toutes lanant feu et flamme contre nous.
Quelles fureurs! Quels clats! Quel tapage!.. Eh bien, quon acquire aujourdhui mme la certitude, Paris, que ce rapprochement si ardemment convoit est en train de se faire, que les avances si souvent reproduites ont enfin t accueillies, et ds demain vous verrez tout ce bruit de haine tomber, toute cette brillante pyrotechnie dinjures svanouir, et de ces cratres teints, de ces bouches pacifies vont sortir, avec le dernier flocon de fume, des voix diversement modules, mais toutes galement mlodieuses, clbrant, lenvie lune de lautre, notre heureuse rconciliation.
Mais cette lettre est trop longue, il est temps de finir. Permettez-moi, monsieur, en finissant de rsumer en peu de mots ma pense.
Je me suis adress vous, sans autre mission que celle que je tiens de ma conviction libre et personnelle. Je ne suis aux ordres de personne, je ne suis lorgane de personne; ma pense ne relve que delle-mme. Mais jai certainement tout lieu de croire que si le contenu de cette lettre tait connu en Russie, lopinion publique nhsiterait pas lavouer. Lopinion russe jusqu prsent ne sest que mdiocrement mue de toutes ces clameurs de la presse allemande, non pas que lopinion, non pas que les sentiments de lAllemagne lui parussent une chose indiffrente, bien certainement non mais toutes ces violences de la parole, tous ces coups de fusil tirs en lair, lintention de la Russie, il lui rpugnait de prendre tout ce bruit au srieux; elle ny a vu tout au plus quun divertissement de mauvais got Lopinion russe se refuse dcidment admettre quune nation grave, srieuse, loyale, profondment quitable, telle enfin que le monde a connu lAllemagne toutes les poques de son histoire, que cette nation, dis-je, ira dpouiller sa nature pour en rvler une autre faite limage de quelques esprits fantasques ou brouillons, de quelques dclamateurs passionns ou de mauvaise foi, que, reniant le pass, mconnaissant le prsent et compromettant lavenir, lAllemagne consentira accueillir, nourrir un mauvais sentiment, un sentiment indigne delle, simplement pour avoir le plaisir de faire une grande bvue politique. Non, cest impossible.
Je me suis adress a vous, monsieur, parce que, ainsi que je lai reconnu, la Gazette Universelle est plus quun journal pour lAllemagne; cest un pouvoir, et un pouvoir qui, je le dclare bien volontiers, runit un haut degr le sentiment national et lintelligence politique: cest au nom de cette double autorit que j ai essay de vous parler.
La disposition desprit que lon a cre, que lon cherche propager en Allemagne lgard de la Russie, nest pas encore un danger; mais elle est bien prs de le devenir Cette disposition desprit ne changera rien, jen ai la conviction, aux rapports actuellement existants entre les gouvernements allemands et la Russie; mais elle tend fausser de plus en plus la conscience publique sur une des questions les plus graves quil y ait pour une nation, sur la question de ses alliances Elle tend en prsentant sous les couleurs les plus mensongres la politique la plus nationale que lAllemagne ait jamais suivie, jeter la division dans les esprits, pousser les plus ardents, les plus inconsidrs dans des voies pleines de pril, dans des voies o la fortune de lAllemagne sest dj fourvoye plus dune fois Quune crise clate en Europe, que la querelle sculaire, dcide il y a trente ans en votre faveur, vienne se rallumer, la Russie certainement ne manquera pas vos souverains, pas plus que ceux-ci ne manqueront la Russie; mais cest alors aussi quon aura probablement rcolter ce que lon sme aujourdhui: la division des esprits aura port ses fruits, et ces fruits pourraient tre amers pour lAllemagne; ce seraient, je le crains bien, de nouvelles dfections et des dchirements nouveaux. Et alors, monsieur, vous auriez trop cruellement expi le tort davoir t un moment injustes envers nous.
Voil, monsieur, ce que javais vous dire. Vous ferez de ma parole lusage qui vous paratra le plus convenable.
Agrez, etc.
1844

3*

En allant au fond de cette malveillance qui se manifeste contre nous en Europe et si lon met de ct les dclamations, les lieux communs de la polmique quotidienne, on y trouve cette ide:
La Russie tient une place norme dans le monde et cependant elle ne reprsente que la force matrielle, rien que cela.
Voil le vritable grief, tous les autres sont accessoires ou imaginaires.
Comment est ne cette ide et quelle en est la valeur?
Elle est le produit dune double ignorance: de celle de lEurope et de la notre propre. Lune est la consquence de lautre. Dans lordre moral, une socit, une civilisation qui a son principe en elle-mme, ne saurait tre comprise des autres quautant quelle se comprend elle-mme: la Russie est un monde qui commence peine avoir la conscience de son principe. Or, cest la conscience de son principe qui constitue pour un pays sa lgitimit historique. Le jour o la Russie aura pleinement reconnu le sien, elle laura de fait impos au monde. En effet de quoi sagit-il entre lOccident et nous? Est-ce de bonne foi que lOccident a lair de se mprendre sur ce que nous sommes? Est-ce srieusement quil prtend ignorer nos titres historiques?
Avant que lEurope occidentale ne se ft constitue, nous existions dj et certes nous existions glorieusement. Toute la diffrence cest qualors on nous appelait lEmpire dOrient, lEglise dOrient; ce que nous tions alors, nous le sommes encore.
Quest-ce que lEmpire dOrient? Cest la transmission lgitime et directe du pouvoir suprme du pouvoir des Csars. Cest la souverainet pleine et entire, ne relevant pas, nmanant pas, comme les pouvoirs de lOccident, dune autorit extrieure quelle quelle puisse tre, portant son principe dautorit en elle-mme, mais rgle, contenue et sanctifie par le Christianisme.
Quest-ce que lEglise dOrient? Cest lEglise universelle.
Voil les deux seules questions sur lesquelles doit rouler toute polmique srieuse entre lOccident et nous. Tout le reste nest que du verbiage. Plus nous nous serons pntrs de ces deux questions et plus nous serons forts vis--vis de notre adversaire. Plus nous serons nous-mmes. A bien considrer les choses, la lutte entre lOccident et nous na jamais cess. Il ny a pas mme eu de trve, il ny a eu que des intermittences de combat. Maintenant, quoi bon se le dissimuler? Cette lutte est sur le point de se rallumer plus ardente que jamais et cette fois encore comme autrefois, comme toujours, cest lEglise de Rome, lEglise latine qui est lavant-garde de lennemi.
Eh bien, acceptons le combat, franchement, rsolument. Quen face de Rome lEglise dOrient noublie pas un seul instant quelle est lhritire lgitime de lEglise universelle.
A toutes les attaques de Rome, toutes ses hostilits, nous navons quune arme opposer, mais elle est terrible: cest son histoire, cest lhistoire de son pass. Qua fait Rome? Comment a-t-elle acquis le pouvoir quelle sest arrog? Par une usurpation flagrante des droits, des attributions de lEglise universelle.
Comment a-t-elle cherch justifier cette usurpation? Par la ncessit de maintenir lunit de la foi. Et pour arriver ce rsultat, elle ne sest refus aucun moyen, ni la violence, ni la ruse, ni les bchers, ni les Jsuites. Pour maintenir lunit de la foi elle na pas craint de dnaturer le Christianisme. Eh bien, o en est depuis trois sicles lunit de la foi dans lEglise occidentale? Rome il y a trois sicles a livr la moiti de lEurope lhrsie et lhrsie la livre lincrdulit. Tel est le fruit que le monde chrtien a recueilli de cette dictature de plusieurs sicles que le sige de Rome sest arroge sur lEglise au mpris des conciles. Il na pas craint de se mettre en rbellion contre lEglise universelle; dautres nont pas hsit se rvolter contre lui. Ceci nest que de la justice Providentielle qui est au fond de toutes les choses du monde.
Voil pour la question purement religieuse dans ces diffrends avec Rome. Maintenant si on en venait apprcier laction politique que Rome a exerce sur les diffrents tats de lEurope
Occidentale, bien quelle nous toucht de moins prs, quelle terrible accusation naurait-on pas faire peser sur elle!
Nest-ce pas Rome, nest-ce pas la politique ultramontaine qui a dsorganis, dchir lAllemagne, qui a tu lItalie? LAllemagne, elle la dsorganise en y minant le pouvoir imprial; elle la dchire en y provoquant la rformation. Quant lItalie, la politique de Rome la tue en empchant par tous les moyens et toutes les poques ltablissement dans ce pays dune autorit souveraine, lgitime et nationale. Ce fait a dj t signal il y a plus de trois sicles par le plus grand des historiens de lItalie moderne.
Et en France, pour ne parler que des temps les plus rapprochs de nous, nest-ce pas linfluence ultramontaine qui a cras, qui a teint ce quil y avait de plus pur, de plus vraiment chrtien dans lEglise gallicane? Nest-ce pas Rome qui a dtruit le Port-Royal et qui aprs avoir dsarm le Christianisme de ses plus nobles dfenseurs, la pour ainsi dire livr par les mains des Jsuites aux attaques de la Philosophie du dix-huitime sicle? Tout ceci, hlas, cest de lHistoire, et de lHistoire contemporaine.
Maintenant pour ce qui nous concerne personnellement, lors mme que nous passerions sous silence nos propres injures, lhistoire de nos malheurs au dix-septime sicle, comment pouvons-nous taire ce que la politique de cette cour a t, pour ces peuples quune fraternit de race et de langue rattache la Russie et que la fatalit en a spars. On peut dire avec toute justice que si lEglise latine par ses abus et ses excs a t funeste dautres pays, elle a t par principe lennemie personnelle de la race Slave. La conqute allemande elle-mme na t quune arme, quun glaive docile entre ses mains. Cest Rome qui en a dirig et assur les coups. Partout o Rome a mis le pied parmi les peuples slaves, elle a engag une guerre mort contre leur nationalit. Elle la anantie ou elle la dnature. Elle a dnationalis la Bohme et dmoralis la Pologne; elle en aurait fait autant de toute la race si elle navait pas rencontr la Russie sur son chemin. De l la haine implacable quelle nous a voue. Rome comprend que dans tout pays slave o la nationalit de la race nest pas encore tout fait morte, la Russie par sa seule prsence, par le seul fait de son existence politique lempchera de mourir et que partout o cette nationalit tendrait renatre, elle ferait courir de terribles chances ltablissement Romain. Voil o nous en sommes vis--vis de la cour de Rome. Voil le bilan exact de notre situation respective. Eh bien, est-ce avec de pareils antcdents historiques que nous craindrions daccepter le dfi quelle pourrait nous jeter? Comme Eglise nous avons lui demander compte au nom de lEglise universelle de ce dpt de la foi, dont elle a cherch sattribuer la possession exclusive mme au prix dun schisme. Comme puissance politique, nous avons pour allie contre elle lhistoire de son pass, les rancunes de la moiti de lEurope et les trop justes griefs de notre propre race.
Quelques-uns simaginent que la raction religieuse dont lEurope est en ce moment travaille pouvait tourner au profit exclusif de lEglise latine; cest selon moi une grande illusion. Il y aura, je le sais bien, dans lEglise Protestante beaucoup de conversions partielles, jamais une conversion gnrale. Ce qui a survcu du principe catholique dans lEglise latine, attirera toujours tous ceux parmi les protestants qui, fatigus des fluctuations de la rforme, aspirent rentrer au port, se replacer sous la loi de lautorit catholique, mais les souvenirs de la cour de la Rome, mais lultramontanisme enfin, les repoussent ternellement.
Le mot historiquement si vrai sur lEglise latine est aussi le mot de la situation actuelle.
Le catholicisme a de tout temps fait toute la force du Papisme, comme le Papisme fait toute la faiblesse du catholicisme.
La force sans faiblesse nest que dans lEglise universelle. Quelle se montre, quelle intervienne dans le dbat et lon verra de nos jours ce quon a dj vu dans les tous premiers jours de la rformation, alors que les chefs de ce mouvement religieux qui avaient dj rompu avec le sige de Rome, mais qui hsitaient encore rompre avec les traditions de lEglise Catholique, en appelaient unanimement lEglise dOrient. Maintenant comme alors la rconciliation religieuse ne peut venir que delle; elle porte dans son sein lavenir chrtien.
Telle est la premire, la plus haute question que nous ayons dbattre avec lEurope Occidentale, cest la question vitale par excellence.
Il y en a une autre bien grave aussi; cest celle que lon appelle communment la question dOrient; cest la question de lEmpire.
Ici, il ne sagit pas de diplomatie; on sait trop bien que tant que durera le Statu quo, la Russie plus quaucune autre puissance respectera les traits. Mais les traits, mais la diplomatie ne rglent aprs tout que les choses du jour. Les intrts permanents, les rapports ternels cest lhistoire seule qui en connat. Or que nous dit lhistoire?
Elle nous dit que lOrient orthodoxe, tout ce monde immense qui relve de la croix grecque, est un dans son principe, troitement solidaire dans toutes ses parties, vivant de sa vie propre, originale, indestructible. Il peut tre matriellement fractionn, moralement il sera toujours un et indivisible. Il a subi momentanment la domination latine, il a subi pendant des sicles linvasion des races asiatiques, il na jamais accept ni lune ni lautre.
Il y a parmi les Chrtiens de lOrient un dicton populaire qui exprime navement ce fait; ils ont lhabitude de dire, que tout dans la cration de Dieu est bien fait, bien ordonn, deux choses exceptes, et ces deux choses sont: le Pape et le Turc.
Mais Dieu, ont-ils soin dajouter, a voulu dans sa sagesse infinie rectifier ces deux erreurs et cest pour cela quil cre le Czar moscovite.
Nul trait, nulle combinaison politique ne prvaudra jamais contre ce simple dicton populaire. Cest le rsum de tout le pass et la rvlation de tout un avenir.
En effet, quoiquon fasse ou quon simagine, pourvu que la Russie reste ce quelle est, lempereur de Russie sera ncessairement, irrsistiblement le seul souverain lgitime de lOrient orthodoxe, sous quelque forme dailleurs quil juge convenable dexercer cette souverainet. Faites ce que vous voudrez, mais encore une fois, moins que vous nayez dtruit la Russie, vous nempcherez jamais ce fait de se produire.
Qui ne voit que lOccident avec toute sa philantropie, avec son prtendu respect pour le droit des nationalits et tout en se dchanant contre lambition insatiable de la Russie, ne voit dans
les populations qui habitent la Turquie quune seule chose: une proie dpecer.
Il voudrait tout bonnement recommencer au dix-neuvime sicle ce qu il avait essay de faire au treizime et ce qui dj alors lui avait si mal russi. Cest la mme tentative sous dautres noms et au moyen de procds un peu diffrents. Cest toujours cette ancienne, cette incurable prtention de fonder dans lOrient orthodoxe un Empire latin, de faire de ces pays une annexe, une dpendance de lEurope occidentale.
Il est vrai que pour arriver ce rsultat, il faudrait commencer par teindre dans ces populations tout ce qui jusqu prsent a constitu leur vie morale, par dtruire en elles ce que les Turcs eux-mmes ont pargn. Mais ce nest pas l une considration qui pouvait arrter un seul instant le proslitisme occidental, persuad quil est que toute socit qui nest pas exactement faite limage de celle de lOccident nest pas digne de vivre, et fort de cette conviction il se mettrait bravement luvre pour dlivrer ces populations de leur nationalit comme dun reste de barbarie.
Mais cette Providence historique qui est au fond des choses humaines y a heureusement pourvu. Dj au treizime sicle lEmpire dOrient, tout mutil, tout nerv quil tait, a trouv en lui-mme assez de vie pour rejeter de son sein la domination latine aprs soixante et quelques annes dune existence conteste; et certes il faut convenir que depuis lors le vritable Empire dOrient, lEmpire orthodoxe, sest grandement relev de sa dchance.
Cest ici une question sur laquelle la science occidentale malgr ses prtentions linfaillibilit a toujours t en dfaut. LEmpire dOrient est constamment rest une nigme pour elle; elle a bien pu le calomnier, elle ne la jamais compris. Elle a trait lEmpire dOrient comme Monsieur de Custine vient de traiter la Russie, aprs lavoir tudi travers sa haine double de son ignorance. On na su jusqu prsent se rendre un compte vrai ni du principe de vie qui a assur lEmpire dOrient ses mille ans dexistence, ni de la circonstance fatale qui a fait que cette vie si tenace a toujours t conteste et quelques gards si dbile.
Ici, pour rendre ma pense avec une prcision suffisante, je devrais entrer dans des dveloppements historiques que ne comportent point les bornes de cette notice. Mais telle est lanalogie relle, telle est laffinit intime et profonde qui rattache la Russie ce glorieux antcdent de lEmpire dOrient, qu dfaut dtudes historiques assez approfondies il suffit chacun de nous de consulter ses impressions les plus habituelles et pour ainsi dire les plus lmentaires, pour comprendre dinstinct ce que ctait que ce principe de vie, cette me puissante qui pendant mille ans a fait vivre et durer ce corps si frle de lEmpire dOrient. Cette me, ce principe, ctait le Christianisme, ctait llment Chrtien tel que lavait formul lEglise dOrient, combin ou pour mieux dire identifi non seulement avec llment national de ltat, mais encore avec la vie intime de la socit. Des combinaisons analogues ont t tentes, ont t accomplies ailleurs, mais elles nont eu nulle part ce caractre profond et original. Ici, ce ntait pas simplement une Eglise se faisant nationale dans lacception ordinaire du mot comme cela sest vu ailleurs, ctait lEglise se faisant la forme essentielle, lexpression suprme dune nationalit dtermine, de la nationalit de toute une race, de tout un monde. Voil aussi, soit dit en passant, comment il a pu se faire que plus tard cette mme Eglise dOrient est devenue comme le synonyme de la Russie, lautre nom, le nom sacr de lEmpire, triomphante partout o elle rgne, militante partout o la Russie na pas encore fait pleinement reconnatre sa domination. En un mot si intimement associe ses destines quil est vrai de dire qu des degrs divers il y a de la Russie partout o se rencontre lEglise orthodoxe.
Quant lancien, ce premier Empire dOrient, la circonstance fatale qui a pes sur ses destines, cest quil na jamais pu mettre en uvre quune portion minime de la race sur laquelle il aurait d principalement sappuyer. Il na occup que la lisire du monde que la Providence tenait en rserve pour lui; cest le corps cette fois qui a manqu lme. Voil pourquoi cet Empire, malgr la grandeur de son principe, est constamment rest ltat de lbauche, pourquoi il na pu opposer la longue une rsistance efficace aux ennemis qui lenveloppaient de toutes parts. Son assiette territoriale a toujours manqu de base et de profondeur, ctait, pour tout dire, une tte spare de son tronc. Aussi, par une de ces combinaisons Providentielles qui sont en mme temps profondment naturelles et historiques, cest le lendemain du jour o lEmpire dOrient a paru dfinitivement succomber sous les coups de la destine quil a en ralit pris possession de son existence dfinitive. Constantinople tombait aux mains des Turcs en 1453 et neuf ans aprs, en 1462, le grand Ivan III arrivait au trne de Moscou.
Quon ne sffarouche pas de grce de toutes ces gnralits historiques quelquhasardes quelles puissent paratre la premire vue. Quon se dise bien que ces prtendues abstractions, cest nous-mme, cest notre pass, notre prsent, notre avenir. Nos ennemis le savent bien, tchons de le savoir comme eux. Cest parce quils le savent, cest parce quils ont compris que tous ces pays, toutes ces populations quils voudraient conqurir au systme occidental, tiennent la Russie historiquement parlant comme des membres vivants tiennent au corps dont ils font partie, quils travaillent relcher, rompre sil est possible, le lien organique qui les rattache nous.
Ils ont compris que tant que ce lien subsiste, tous leurs efforts pour teindre dans ces populations la vie qui leur est propre resteraient ternellement striles. Encore une fois le bt quon se propose est le mme quau treizime sicle, mais les moyens diffrents. A cette poque lEglise latine voulait brutalement se substituer dans tout lOrient Chrtien lEglise orthodoxe; maintenant on cherchera ruiner les fondements de cette Eglise par la prdication philosophique.
Au treizime sicle la domination de lOccident prtendait sapproprier ces pays directement et les gouverner en son propre nom; maintenant faute de mieux on cherchera y provoquer, y favoriser ltablissement de petites nationalits btardes, de petites existences politiques, soi-disant indpendantes, vains simulacres bien mensongers, bien hypocrites, bons, tout au plus, masquer la ralit, et cette ralit ce serait maintenant comme alors: la domination de lOccident.
Ce qui vient dtre tent en Grce est une grande rvlation et devrait servir denseignement tout le monde. Il est vrai que jusqu prsent la tentative ne parat gure avoir profit ceux qui en ont t les instigateurs. Larme a rpercut contre la main qui sen est servie. Et cette rvolution qui aprs avoir annul un pouvoir dorigine trangre parat avoir restitu linitiative des influences plus nationales, pourrait fort bien en dfinitive aboutir resserrer le lien qui rattache ce petit pays au grand tout, dont il nest quune fraction.
Il faut se dire dailleurs que tout ce qui se passe ou se passerait en Grce ne sera jamais quun pisode, un dtail de la grande lutte entre lOccident et nous. Ce nest pas l-bas, aux extrmits que limmense question sera dcide. Cest ici, parmi nous, au centre, au cur mme de ce monde de lOrient Chrtien, de lOrient Europen que nous reprsentons, de ce monde qui est nous-mme. Ses destines dfinitives qui sont aussi les ntres, ne dpendent que de nous; elles dpendent avant tout du sentiment plus ou moins nergique qui nous lie, qui nous identifie lun lautre.
Rptons-le donc et ne nous lassons pas de le redire: lEglise dOrient est lEmpire orthodoxe, lEglise dOrient hritire lgitime de lEglise universelle, lEmpire orthodoxe identique dans son principe, troitement solidaire dans toutes ses parties. Est-ce l ce que nous sommes? ce que nous voulons tre? Est-ce l ce que lon prtend nous contester?
Voil, pour qui sait voir, toute la question entre nous et la propagande occidentale; cest le fond mme du dbat. Tout ce qui nest pas cela, tout ce qui dans la polmique de la presse trangre ne se rattache pas cette grande question plus ou moins directement comme une consquence son principe, ne mrite pas un instant doccuper notre attention. Cest de la dclamation pure.
Pour nous, nous ne saurions nous pntrer assez intimement de ce double principe historique de notre existence nationale. Cest le seul moyen de tenir tte lesprit de lOccident, de mettre un frein ses prtentions comme ses hostilits.
Jusqu prsent, avouons-le, dans les rares occasions o nous avons pris la parole pour nous dfendre contre ses attaques, nous lavons fait, une ou deux exceptions prs, dune manire trop peu digne de nous. Nous avions trop lair dcoliers cherchant par de gauches apologies dsarmer la mauvaise humeur de leur matre.
Quand nous saurons mieux qui nous sommes, nous ne nous aviserons plus de faire amende honorable qui que ce soit dtre ce que nous sommes.
Et que lon ne simagine pas quen proclamant hautement nos titres nous ajouterions lhostilit de lopinion trangre notre gard. Ce serait bien peu connatre ltat actuel des esprits en Europe.
Encore une fois ce qui fait le fond de cette hostilit, ce qui vient en aide la malveillance quils exploitent contre nous, cest cette opinion absurde et pourtant si gnrale que tout en reconnaissant, en sexagrant peut-tre nos forces matrielles, on en est encore se demander si toute cette puissance est anime dune vie morale, dune vie historique qui soit propre. Or, lhomme est ainsi fait, surtout lhomme de notre poque, quil ne se rsigne la puissance physique quen raison de la grandeur morale quil y voit attach.
Chose bizarre en effet, et qui dans quelques annes paratra inexplicable. Voil un Empire qui par une rencontre sans exemple peut-tre dans lhistoire du monde, se trouve lui seul reprsenter deux choses immenses: les destines dune race toute entire et la meilleure, la plus saine moiti de lEglise Chrtienne.
Et il y a encore des gens qui se demandent srieusement quels sont les titres de cet Empire, quelle est sa place lgitime dans le monde!.. Serait-ce que la gnration contemporaine est encore tellement perdue dans lombre de la montagne quelle a de la peine en apercevoir le sommet?..
Il ne faut pas loublier dailleurs: pendant des sicles lOccident Europen a t en droit de croire que moralement parlant il tait seul au monde, qu lui seul il lait lEurope toute entire. Il a grandi, il a vcu, il a vieilli dans cette ide, et voil quil saperoit maintenant quil stait tromp, quil y avait ct de lui une autre Europe, sa sur cadette peut-tre, mais en tout cas sa sur bien lgitime, quen un mot il ntait lui que la moiti du grand tout. Une pareille dcouverte est une rvolution tout entire entranant aprs elle le plus grand dplacement dides qui se soit jamais accompli dans le monde des intelligences.
Est-il tonnant que de vieilles convictions luttent de tout leur pouvoir contre une vidence qui les branle, qui les supprime? et ne serait-ce pas nous de venir en aide cette vidence, la rendre invincible, invitable? Que faudrait-il faire pour cela?
Ici je touche lobjet mme de cette courte notice. Je conois que le gouvernement Imprial ait de trs bonnes raisons pour ne pas dsirer qu lintrieur, dans la presse indigne, lopinion sanime trop sur des questions bien graves, bien dlicates en effet, sur des questions qui touchent aux racines mmes de lexistence nationale; mais au dehors, mais dans la presse trangre, quelles raisons aurions-nous pour nous imposer la mme rserve? Quels mnagements avons-nous encore garder vis--vis dune opinion ennemie qui, se prvalant de notre silence, sempare tout son aise de ces questions et les rsout lune aprs lautre, sans contrle, sans appel, et toujours dans le sens le plus hostile, le plus contraire nos intrts. Ne nous devons-nous pas nous-mme de faire cesser un pareil tat de choses? Pouvons-nous encore nous en dissimuler les grands inconvnients? et quest-il ncessaire de rappeler le dplorable scandale dapostasie rcente tant politique que religieuse et ces apostasies auraient-elles t possibles si nous navions pas bnvolement, gratuitement livr lopinion ennemie le monopole de la discussion?
Je prvois lobjection que lon va me faire. On est, je le sais, trop dispos chez nous sexagrer linsuffisance de nos moyens, se persuader que nous ne sommes pas de force engager avec succs la lutte sur un pareil terrain. Je crois que lon se trompe; je suis persuad que nos ressources sont plus grandes quon ne se limagine; mais mme en laissant de ct nos ressources indignes, ce qui est certain, cest que lon ne connat pas assez chez nous les forces auxiliaires que nous pourrions trouver au dehors. En effet, quelque soit la malveillance apparente et souvent trop relle de lopinion trangre notre gard, nous napprcions pas assez ce que dans ltat de fractionnement o sont tombs en Europe les opinions aussi bien que les intrts, une grande, une importante unit comme lest la ntre, peut exercer dascendant et de prestige sur des esprits que ce fractionnement pouss lextrme a rduit au dernier degr de lassitude.
Nous ne savons pas assez combien on y est avide de tout ce qui offre des garanties de dure et des promesses davenir comme on y prouve le besoin de se rallier ou mme de se convertir ce qui est grand et fort. Dans ltat actuel des esprits en Europe, lopinion publique, toute indiscipline, toute indpendante quelle paraisse, ne demande pas mieux au fond que dtre violente avec grandeur. Je le dis avec une conviction profonde: lessentiel, le plus difficile pour nous, cest davoir foi en nous-mme; doser nous avouer nous-mme toute la porte de nos destines, doser laccepter tout entire. Ayons cette foi, ce courage. Ayons le courage darborer notre vritable drapeau dans la mle des opinions qui se disputent lEurope, et il nous fera trouver des auxiliaires l mme o jusqu prsent nous navions rencontr que des adversaires. Et nous verrons se raliser une magnifique parole, dite dans une circonstance mmorable. Nous verrons ceux-l mme qui jusqu prsent se dchanaient contre la Russie ou cabalaient en secret contre elle, se sentir heureux et fiers de se rallier elle, de lui appartenir.
Ce que je dis l nest pas une simple supposition. Plus dune fois des hommes minents par leur talents aussi que par lautorit que ce talent leur avait acquise sur lopinion, mont donn des tmoignages non quivoques de leur bonne volont, de leurs bonnes dispositions notre gard. Leurs offres de service taient telles quelles navaient rien de compromettant ni pour ceux qui les faisaient, ni pour celui qui les aurait acceptes. Ces hommes assurment nentendaient pas se vendre nous, mais ils nauraient pas mieux demand que de nous savoir chacun dans la ligne et dans la mesure de son opinion. Lessentiel et t de coordonner ces efforts, de les diriger tous vers un but dtermin, de faire concourir ces diverses opinions, ces diverses tendances au service des intrts permanents de la Russie, tout en conservant leur langage cette franchise dassaut sans laquelle on ne fait pas dimpression sur les esprits.
Il va sans dire quil ne saurait tre question dengager avec la presse trangre une polmique quotidienne minutieuse portant sur des petits faits, sur des petits dtails; mais ce qui serait vraiment utile, ce serait par exemple de prendre pied dans le journal le plus accrdit de lAllemagne, dy avoir des organes graves, srieux, sachant se faire couter du public et tendant par des voies diffrentes, mais avec un certain ensemble vers un but dtermin.
Mais quelles conditions russirait-on imprimer ce concours de forces individuelles et jusqu un certain point indpendantes une direction commune et salutaire? A la condition davoir sur les lieux un homme intelligent, dou dnergiques sentiments de nationalit, profondment dvou au service de lEmpereur et qui par une longue exprience de la presse aurait acquis une connaissance suffisante du terrain sur lequel il serait appel agir.
Quant aux dpenses que ncessiterait ltablissement dune presse russe ltranger, elles seraient minimes comparativement au rsultat quon pourrait en attendre.
Si cette ide tait agre, je mestimerais trop heureux de mettre aux pieds de lEmpereur tout ce quun homme peut offrir et promettre: la propret de lintention et le zle du dvouement le plus absolu.

La Russie et la Rvolution*

Pour comprendre de quoi il sagit dans la crise suprme o lEurope vient dentrer, voici ce quil faudrait se dire. Depuis longtemps il ny a plus en Europe que deux puissances relles: la Rvolution et la Russie. Ces deux puissances sont maintenant en prsence, et demain peut-tre elles seront aux prises. Entre lune et lautre il ny a ni trait, ni transaction possibles. La vie de lune est la mort de lautre. De lissue de la lutte engage entre elles, la plus grande des luttes dont le monde ait t tmoin, dpend pour des sicles tout lavenir politique et religieux de lhumanit.
Le fait de cet antagonisme clate maintenant tous les yeux, et cependant, telle est lintelligence dun sicle hbt par le raisonnement, que tout en vivant en prsence de ce fait immense, la gnration actuelle est bien loin den avoir saisi le vritable caractre et apprci les raisons.
Jusqu prsent cest dans une sphre dides purement politiques quon en a cherch lexplication; cest par des diffrences de principes dordre purement humain quon avait essay de sen rendre compte. Non, certes, la querelle qui divise la Rvolution et la Russie tient des raisons bien autrement profondes; elles peuvent se rsumer en deux mots.
La Russie est avant tout lempire chrtien; le peuple russe est chrtien non seulement par lorthodoxie de ses croyances, mais encore par quelque chose de plus intime encore que la croyance. Il lest par cette facult de renoncement et de sacrifice qui fait comme le fond de sa nature morale. La Rvolution est avant tout anti-chrtienne. Lesprit anti-chrtien est lme de la Rvolution; cest l son caractre propre, essentiel. Les formes quelle a successivement revtues, les mots dordre quelle a tour tour adopts, tout, jusqu ses violences et ses crimes, na t quaccessoire ou accidentel; mais ce qui ne lest pas, cest le principe anti-chrtien
qui lanime, et cest lui aussi (il faut bien le dire) qui lui a valu sa terrible puissance sur le monde. Quiconque ne comprend pas cela, assiste en aveugle depuis soixante ans au spectacle que le monde lui offre.
Le moi humain, ne voulant relever que de lui-mme, ne reconnaissant, nacceptant dautre loi que celle de son bon plaisir, le moi humain, en un mot, se substituant Dieu, ce nest certainement pas l une chose nouvelle parmi les hommes; mais ce qui ltait, cest cet absolutisme du moi humain rig en droit politique et social et aspirant ce titre prendre possession de la socit. Cest cette nouveaut-l qui en 1789 sest appele la Rvolution Franaise.
Depuis lors, et travers toutes ses mtamorphoses, la Rvolution est reste consquente sa nature, et peut-tre aucun moment de sa dure ne sest-elle sentie plus elle-mme, plus intimement anti-chrtienne que dans le moment actuel, o elle vient dadopter le mot dordre du christianisme: la fraternit. Cest mme l ce qui pourrait faire croire quelle touche son apoge. En effet, entendre toutes ces dclamations navement blasphmatoires qui sont devenues comme la langue officielle de lpoque, qui ne croirait que la nouvelle Rpublique Franaise na t unie au monde que pour accomplir la loi de lEvangile? Cest bien l aussi la mission que les pouvoirs quelle a crs se sont solennellement attribue, sauf toutefois un amendement que la Rvolution sest rserv dy introduire, cest qu lesprit dhumilit et de renoncement soi-mme qui est tout le fond du christianisme, elle entend substituer lesprit dorgueil et de prpotence, la charit libre et volontaire, la charit force, et qu la place dune fraternit prche et accepte au nom de Dieu, elle prtend tablir une fraternit impose par la crainte du peuple-souverain. A ces diffrences prs, son rgne promet en effet dtre celui du Christ.
Et quon ne se laisse pas induire en erreur par cette espce de bienveillance ddaigneuse que les nouveaux pouvoirs ont jusquici tmoigne lEglise catholique et ses ministres. Ceci est peut-tre le symptme le plus grave de la situation et lindice le plus certain de la toute-puissance que la Rvolution a obtenue. Pourquoi, en effet, la Rvolution se montrerait-elle rbarbative envers un clerg, envers des prtres chrtiens qui, non contents de la subir, lacceptent et ladoptent, qui pour la conjurer glorifient toutes ses violences et qui, sans y croire, sassocient tous ses mensonges? Si dans une pareille conduite il ny avait que du calcul, ce calcul dj serait de lapostasie; mais sil y entre de la conviction, cen est une bien plus grande encore.
Et cependant il est prvoir que les perscutions ne manqueront pas; car le jour o la limite des concessions sera atteinte, le jour o lEglise catholique croira devoir rsister, on verra quelle ne pourra le faire quen rtrogradant jusquau martyre. On peut sen fier la Rvolution: elle se montrera en toutes choses fidle elle-mme et consquente jusquau bout.
Lexplosion de Fvrier a rendu ce grand service au monde, cest quelle a fait crouler jusqu terre tout lchafaudage des illusions dont on avait masqu la realit. Les moins intelligents doivent avoir compris maintenant que lhistoire de lEurope depuis trente-trois ans na t quune longue mystification. En effet, de quelle lumire inexorable tout ce pass, si rcent et dj si loin de nous, ne sest-il pas tout coup illumin? Qui, par exemple, ne comprend pas maintenant tout ce quil y avait de ridicule prtention dans cette sagesse du sicle qui stait batement persuade quelle avait russi dompter la Rvolution par lexorcisme constitutionnel, lier sa terrible nergie par une formule de lgalit? Qui pourrait douter encore, aprs ce qui sest pass, que du moment o le principe rvolutionnaire est entr dans le sang dune socit, tous ses procds, toutes ses formules de transactions ne sont plus que des narcotiques qui peuvent bien momentanment endormir le malade, mais qui nempchent pas le mal de poursuive son cours?
Et voil pourquoi, aprs avoir dvor la Restauration qui lui tait personnellement odieuse comme un dernier dbris de lautorit lgitime en France, la Rvolution na pas mieux support cet autre pouvoir, n delle-mme, quelle avait bien accept en 1830 pour lui servir de compre vis--vis de lEurope, mais quelle a bris le jour o, au lieu de la servir, ce pouvoir sest avis de se croire son matre.
A cette occasion, quil me soit permis de faire une rflexion. Comment ce fait-il que parmi tous les souverains de lEurope, aussi bien que parmi les hommes politiques qui lont dirige dans ces derniers temps, il ny en a eu quun seul qui de prime abord ait reconnu et signal la grande illusion de 1830 et qui depuis, seul en Europe, seul peut-tre au milieu de son entourage, ait constamment refus sen laisser envahir? Cest que cette fois-ci il y avait heureusement sur le trne de Russie un Souverain en qui la pense russe sest incarne, et que dans ltat actuel du monde la pense russe est la seule qui soit place assez en dehors du milieu rvolutionnaire pour pouvoir apprcier sainement les faits qui sy produisent.
Ce que lEmpereur avait prvu ds 1830, la Rvolution na pas manqu de le raliser de point en point. Toutes les concessions, tous les sacrifices des principes faits par lEurope monarchique ltablissement de Juillet dans lintrt dun simulacre de statu quo , la Rvolution sen empara pour les utiliser au profit du bouleversement quelle mditait, et tandis que les pouvoirs lgitimes faisaient de la diplomatie plus ou moins habile avec de la quasi-lgitimit et que les hommes dEtat et les diplomates de toute lEurope assistaient en amateurs curieux et bienveillants aux jotes parlementaires de Paris, le parti rvolutionnaire, sans presque se cacher, travaillait sans relche miner le terrain sous leurs pieds.
On peut dire que la grande tche du parti, durant ces dernires dix-huit annes, a t de rvolutionner de fond en comble lAllemagne, et lon peut juger maintenant si cette tche a t bien remplie.
LAllemagne assurment est le pays sur lequel on sest fait le plus longtemps les plus tranges illusions. On le croyait un pays dordre, parce quil tait tranquille, et on ne voulait pas voir lpouvantable anarchie qui y avait envahi et qui y ravageait les intelligences.
Soixante ans dune philosophie destructive y avaient compltement dissous toutes les croyances chrtiennes et dvelopp, dans ce nant de toute foi, le sentiment rvolutionnaire par excellence: lorgueil de lesprit, si bien qu lheure quil est, nulle part peut-tre cette plaie du sicle nest plus profonde et plus envenime quen Allemagne. Par une consquence ncessaire, mesure que lAllemagne se rvolutionnait, elle sentait grandir sa haine contre la Russie. En effet, sous le coup des bienfaits quelle en avait reus, une Allemagne rvolutionnaire ne pouvait avoir pour la Russie quune haine implacable. Dans le moment actuel, ce paroxysme de haine parat avoir atteint son point culminant; car il a triomph en elle, je ne dis pas de toute raison, mais mme du sentiment de sa propre conservation.
Si une aussi triste haine pouvait inspirer autre chose que de la piti, la Russie certes se trouverait suffisamment venge par le spectacle que lAllemagne vient de donner au monde la suite de la rvolution de Fvrier. Car cest peut-tre un fait sans prcdent dans lhistoire que de voir tout un peuple se faisant le plagiaire dun autre au moment mme o il se livre la violence la plus effrne.
Et quon ne dise pas, pour justifier tous ces mouvements si videmment factices qui viennent de bouleverser tout lordre politique de lAllemagne et de compromettre jusqu lexistence de lordre social lui-mme, quils ont t inspirs par un sentiment sincre gnralement prouv, par le besoin de lunit allemande. Ce sentiment est sincre, soit; ce vu est celui de la grande majorit, je le veux bien; mais quest-ce que cela prouve?.. Cest encore l une des plus folles illusions de notre poque que de simaginer quil suffise quune chose soit vivement, ardemment convoite par le grand nombre, pour quelle devienne par cela seul ncessairement ralisable. Dailleurs, il faut bien le reconnatre, il ny a pas dans la socit de nos jours ni vu, ni besoin (quelque sincre, quelque lgitime quil soit) que la Rvolution en sen emparant ne dnature et ne convertisse en mensonge, et cest prcisment ce qui est arriv avec la question de lunit allemande: car pour qui na pas abdiqu toute facult de reconnatre lvidence, il doit tre clair ds prsent que dans la voie o lAllemagne vient de sengager la recherche de la solution du problme, ce nest pas lunit quelle aboutira, mais bien un effroyable dchirement, quelque catastrophe suprme et irrparable.
Oui, certes, on ne tardera pas reconnatre que la seule unit qui ft possible, non pas pour lAllemagne telle que les journaux la font, mais pour lAllemagne relle que son histoire la faite, la seule chance dunit srieuse et pratique pour ce pays tait indissolublement lie au systme politique quil vient de briser.
Si, pendant ces dernires trente-trois annes, les plus heureuses peut-tre de toute son histoire, lAllemagne a form un corps politique hirarchiquement constitu et fonctionnant dune manire rgulire, quelles conditions un pareil rsultat a-t-il pu tre obtenu et assur? Ctait videmment la condition dune entente sincre entre les deux grandes puissances qui reprsentent en Allemagne les deux principes qui se disputent ce pays depuis plus de trois sicles. Mais cet accord lui-mme, si lent stablir, si difficile conserver, croit-on quil et t possible, quil et pu durer aussi longtemps, si lAutriche et la Prusse, lissue des grandes guerres contre la France, ne se fussent intimement rallies la Russie, fortement appuyes sur elle? Voil la combinaison politique qui, en ralisant pour lAllemagne le seul systme dunit qui lui ft applicable, lui a valu cette trve de trente-trois ans quelle vient de rompre.
Il ny a ni haine, ni mensonge qui pourront jamais prvaloir contre ce fait-l. Dans un accs de folie, lAllemagne a bien pu briser une alliance qui, sans lui imposer aucun sacrifice, assurait et protgeait son indpendance nationale, mais par l mme elle sest prive jamais de toute base solide et durable.
Voyez plutt la dmonstration de cette vrit par la contre-preuve des vnements, dans ce terrible moment o les vnements marchent presque aussi vite que la parole humaine. Il y a peine deux mois que la Rvolution en Allemagne sest mise la besogne, et dj il faut lui rendre cette justice, luvre de la dmolition dans ce pays est plus avance quelle ne ltait sous la main de Napolon aprs dix de ses foudroyantes campagnes.
Voyez lAutriche plus compromise, plus abattue, plus dmantele quen 1809. Voyez la Prusse voue au suicide par sa connivence fatale et force avec le parti polonais. Voyez les bords du Rhin, o, en dpit des chansons et des phrases, la confdration Rhnane naspire qu renatre. Lanarchie partout, lautorit nulle part, et tout cela sous le coup dune France o bout une rvolution sociale qui ne demande qu dborder dans la rvolution politique qui travaille lAllemagne.
Ds prsent, pour tout homme sens la question de lunit allemande est une question juge. Il faudrait avoir ce genre dineptie propre aux idologues allemands pour se demander srieusement si ce tas de journalistes, davocats et de professeurs qui se sont runis Francfort, en se donnant la mission de recommencer Charlemagne, ont quelque chance apprciable de russir dans luvre quils ont entreprise, si sur ce sol qui tremble ils auront la main assez puissante et assez habile pour relever la pyramide renverse en la faisant tenir sur la pointe.
La question nest plus l; il ne sagit plus de savoir si lAllemagne sera une, mais si de ces dchirements intrieurs compliqus probablement dune guerre trangre elle parviendra sauver un lambeau quelconque de son existence nationale.
Les partis qui vont dchirer ce pays commencent dj se dessiner. Dj sur diffrents points la Rpublique a pris pied en Allemagne, et lon peut compter quelle ne se retirera pas sans avoir combattu, car elle a pour elle la logique et derrire elle la France. Aux yeux de ce parti la question de nationalit na ni sens, ni valeur. Dans lintrt de sa cause il nhsitera pas un instant immoler lindpendance de son pays, et il enrlerait lAllemagne tout entire plutt aujourdhui que demain sous le drapeau de la France, ft-ce mme sous le drapeau rouge. Ses auxiliaires sont partout; il trouve aide et appui dans les hommes comme dans les choses, aussi bien dans les instincts anarchiques des masses que dans les institutions anarchiques que viennent dtre semes avec tant de profusion travers toute lAllemagne. Mais ses meilleurs, ses plus puissants auxiliaires sont prcisment les hommes qui dun moment lautre peuvent tre appels la combattre: tant les hommes se trouvent lis elle par la solidarit des principes. Maintenant, toute la question est de savoir si la lutte clatera avant que les prtendus conservateurs aient eu le temps de compromettre par leurs divisions et leurs folies tous les lments de force et de rsistance dont lAllemagne dispose encore; si, en un mot, attaqus par le parti rpublicain, ils se dcident voir en lui ce quil est en effet lavant-garde de linvasion franaise, et retrouvent, dans le sentiment du danger dont lindpendance nationale srait menace, assez dnergie pour combattre la rpublique toute outrance; ou bien si pour spargner la lutte ils aimeront mieux accepter quelque faux semblant de transaction qui ne serait au fond de leur part quune capitulation dguise. Dans le cas o cette dernire supposition viendrait se raliser, alors (il faut le reconnatre) lventualit dune croisade contre la Russie, de cette croisade qui a toujours t le rve chri de la Rvolution et qui maintenant est devenu son cri de guerre cette ventualit se convertirait en une presque certitude; le jour de la lutte dcisive serait presque arriv, et cest la Pologne qui servirait de champ de bataille. Voil du moins la chance que caressent avec amour les rvolutionnaires de tous les pays; mais il y a toutefois un lment de la question dont ils ne tiennent pas assez compte, et cette omission pourrait singulirement dranger leurs calculs.
Le parti rvolutionnaire, en Allemagne surtout, parat stre persuad que puisque lui-mme faisait si bon march de llment national, il en serait de mme dans tous les pays soumis son action et que partout et toujours la question de principe primerait la question de nationalit. Dj les vnements de la Lombardie ont d faire faire de singulires rflexions aux tudiants rformateurs de Vienne, qui staient imagin quil suffisait de chasser le prince de Metternich et de proclamer la libert de la presse pour rsoudre les formidables difficults qui psent sur la monarchie autrichienne. Les Italiens nen persistent pas moins ne voir en eux que des Tedeschi et des Barbari , tout comme sils ne staient pas rgnrs dans les eaux lustrales de lmeute. Mais lAllemagne rvolutionnaire ne tardera pas recevoir cet gard une leon plus significative et plus svre encore, car elle lui sera administre de plus prs. En effet, on na pas pens quen brisant ou en affaiblissant tous les anciens pouvoirs, quen remuant jusque dans ses profondeurs tout lordre politique de ce pays, on allait y rveiller la plus redoutable des complications, une question de vie et de mort pour son avenir la question des races. On avait oubli quau cur mme de cette Allemagne, dont on rve
lunit, il y avait dans le bassin de la Bohme et dans les pays slaves qui lentourent six sept millions dhommes pour qui, de gnrations en gnrations, lAllemand depuis des sicles na pas cess dtre un seul instant quelque chose de pis quun tranger, pour qui lAllemand est toujours un Il ne sagit pas ici bien entendu du patriotisme littraire de quelques savants de Prague, tout honorable quil puisse tre; ces hommes ont rendu sans doute de grands services la cause de leur pays et ils lui en rendront encore; mais la vie de la Bohme nest pas l. La vie dun peuple nest jamais dans les livres que lon imprime pour lui, moins toutefois que ce ne soit le peuple allemand; la vie dun peuple est dans ses instincts et dans ses croyances, et les livres, il faut lavouer, sont bien plus puissants pour les nerver et les fltrir que pour les ranimer et les faire vivre. Tout ce qui reste donc la Bohme de vraie vie nationale est dans ses croyances Hussites , dans cette protestation toujours vivante de sa nationalit slave opprime contre lusurpation de lEglise romaine, aussi bien que contre la domination allemande. Cest l le lien qui lunit tout son pass de luttes et de gloire, et cest l aussi le chanon qui pourra rattacher un jour le de la Bohme ses frres dOrient. On ne saurait assez insister sur ce point, car ce sont prcisment ces rminiscences sympathiques de lEglise dOrient, ce sont ces retours vers la vieille foi dont le hussitisme dans son temps na t quune expression imparfaite et dfigure, qui tablissent une diffrence profonde entre la Pologne et la Bohme: entre la Bohme ne subissant que malgr elle le joug de la communaut occidentale, et cette Pologne factieusement catholique side fanatique de lOccident et toujours tratre vis--vis des siens.
Je sais que pour le moment la vritable question en Bohme ne sest pas encore pose et que ce qui sagite et se remue la surface du pays, cest du libralisme le plus vulgaire ml de communisme dans les villes et probablement dun peu de jacquerie dans les campagnes. Mais toute cette ivresse tombera bientt, et au train dont vont les choses le fond de la situation ne tardera pas paratre. Alors la question pour la Bohme sera celle-ci: une fois lEmpire dAutriche dissous par la perte de la Lombardie et par lmancipation maintenant complte de la Hongrie, que fera la Bohme avec ces peuples qui lentourent, Moraves, Slovaques, cest--dire sept huit millions dhommes de mme langue et de mme race quelle? Aspirera-t-elle se constituer dune manire indpendante, ou se prtera-t-elle entrer dans le cadre ridicule de cette future Unit Germanique qui ne sera jamais que lUnit du Chaos? Il est peu probable que ce dernier parti la tente beaucoup. Ds lors elle se trouvera infailliblement en butte toutes sortes dhostilits et dagressions, et pour y rsister ce nest certes pas sur la Hongrie quelle pourra sappuyer. Pour savoir donc quelle est la puissance vers laquelle la Bohme, en dpit des ides qui dominent aujourdhui et des institutions qui la rgiront demain, se trouvera forcment entrane, je nai besoin de me rappeler que ce que me disait en 1841 Prague le plus national des patriotes de ce pays. La Bohme, me disait Hancka, ne sera libre et indpendante, ne sera rellement en possession delle-mme que le jour o la Russie sera rentre en possession de la Gallicie. En gnral cest une chose digne de remarque que cette faveur persvrante que la Russie, le nom russe, sa gloire, son avenir, nont cess de rencontrer parmi les hommes nationaux de Prague; et cela au moment mme o notre fidle allie lAllemagne se faisait avec plus de dsintressement que dquit la doublure de lmigration polonaise, pour ameuter contre nous lopinion publique de lEurope entire. Tout Russe qui a visit Prague dans le courant de ces dernires annes pourra certifier que le seul grief quil y ait entendu exprimer contre nous, ctait de voir la rserve et la tideur avec lesquelles les sympathies nationales de la Bohme taient accueillies parmi nous. De hautes, de gnreuses considrations nous imposaient alors cette conduite; maintenant assurment ce ne serait plus quun contresens: car les sacrifices que nous faisions alors la cause de lordre, nous ne pourrions les faire dsormais quau profit de la Rvolution.
Mais sil est vrai de dire que la Russie dans les circonstances actuelles a moins que jamais le droit de dcourager les sympathies qui viendraient elle, il est juste de reconnatre dautre part une loi historique qui jusqu prsent a providentiellement rgi ses destines: cest que ce sont toujours ses ennemis les plus acharns qui ont travaill avec le plus de succs au dveloppement de sa grandeur. Cette loi providentielle vient de lui en susciter un qui certainement jouera un grand rle dans les destines de son avenir et qui ne contribuera pas mdiocrement en hter laccomplissement. Cet ennemi cest la Hongrie, jentends la Hongrie magyare. De tous les ennemis de la Russie cest peut-tre celui qui la hait de la haine la plus furieuse. Le peuple magyar, en qui la ferveur rvolutionnaire vient de sassocier par la plus trange des combinaisons la brutalit dune horde asiatique et dont on pourrait dire, avec tout autant de justice que des Turcs, quil ne fait que camper en Europe, vit entour de peuples slaves qui lui sont tous galement odieux. Ennemi personnel de cette race, dont il a pendant si longtemps abm les destines, il se retrouve aprs des sicles dagitations et de turbulence toujours encore emprisonn au milieu delle. Tous ces peuples qui lentourent: Serbes, Croates, Slovaques, Transylvaniens et jusquaux Petits-Russiens des Carpathes, sont les anneaux dune chane quil croyait tout jamais brise. Et maintenant il sent au-dessus de lui une main qui pourra, quand il lui plaira, rejoindre ces anneaux et resserrer la chane volont. De l sa haine instinctive contre la Russie. Dautre part, sur la foi du journalisme tranger, les meneurs actuels du parti se sont srieusement persuads que le peuple magyare avait une grande mission remplir dans lOrient Orthodoxe; que ctait lui, en un mot, tenir en chec les destines de la Russie Jusqu prsent lautorit modratrice de lAutriche avait tant bien que mal contenu toute cette turbulence et cette draison; mais maintenant que le dernier lien a t bris et que cest le pauvre vieux pre, tomb en enfance, qui a t mis en tutelle, il est prvoir que le Magyarisme compltement mancip va donner libre cours toutes ces excentricits et courir les aventures les plus folles. Dj il a t question de lincorporation dfinitive de la Transylvanie. On parle de faire revivre danciens droits sur les principauts du Danube et sur la Serbie. On va redoubler de propagande dans tous ces pays-l pour les ameuter contre la Russie, et quand on y aura mis la confusion partout, on compte bien un beau jour sy prsenter en armes pour revendiquer, au nom de lOccident ls dans ses droits, la possession des bouches du Danube et dire la Russie dune voix imprieuse: Tu niras pas plus loin. Voil certainement quelques articles du programme qui slabore maintenant Presbourg. Lanne dernire tout cela ntait encore que phrases de journal, maintenant cela peut, dun moment lautre, se traduire par des tentatives trs srieuses et trs compromettantes. Ce qui parat nanmoins le plus imminent, cest un conflit entre la Hongrie et les deux royaumes slaves qui en dpendent. En effet, la Croatie et la Slavonie, ayant prvu que laffaiblissement de lautorit lgitime Vienne allait les livrer infailliblement la discrtion du Magyarisme, ont, ce quil parat, obtenu du gouvernement autrichien la promesse dune organisation spare pour elles, en y joignant la Dalmatie et la frontire militaire. Cette attitude que ces pays ainsi groups essaient de prendre vis--vis de la Hongrie ne manquera pas dexasprer tous les anciens diffrends et ne tardera pas y faire clater une franche guerre civile, et comme lautorit du gouvernement autrichien se trouvera probablement trop dbile pour sinterposer avec quelque chance de succs entre les combattants, les Slaves de la Hongrie qui sont les plus faibles succomberaient probablement dans la lutte sans une circonstance qui doit tt ou tard leur venir ncessairement en aide: cest que lennemi quils ont combattre est avant tout lennemi de la Russie, et cest quaussi sur toute cette frontire militaire, compose aux trois quarts de Serbes orthodoxes, il ny a pas une cabane de colon (au dire mme des voyageurs autrichiens) o, ct du portrait de lempereur dAutriche, lon ne dcouvre le portrait dun autre Empereur que ces races fidles sobstinent considrer comme le seul lgitime. Dailleurs (pourquoi se le dissimuler) il est peu probable que toutes ces secousses de tremblement de terre qui bouleversent lOccident sarrtent au seuil des pays dOrient; et comment pourrait-il se faire que dans cette guerre outrance, dans cette croisade dimpit que la Rvolution, dj matresse des trois quarts de lEurope Occidentale, prpare la Russie, lOrient Chrtien, lOrient Slave-Orthodoxe, lui dont la vie est indissolublement lie la ntre, ne se trouvt entran dans la lutte notre suite, et cest peut-tre mme par lui que la guerre commencera: car il est prvoir que toutes ces propagandes qui le travaillaient dj, propagande catholique, propagande rvolutionnaire, etc., etc toutes opposes entre elles, mais runies dans un sentiment de haine commune contre la Russie, vont maintenant se mettre luvre avec plus dardeur que jamais. On peut tre certain quelles ne reculeront devant rien pour arriver leurs fins Et quel serait, juste Ciel! le sort de toutes ces populations chrtiennes comme nous, si, en butte, comme elles le sont dj toutes ces influences abominables, si la seule autorit quelles invoquent dans leurs prires venait leur faire dfaut, dans un pareil moment? En un mot, quelle ne serait pas lhorrible confusion o tomberaient ces pays dOrient aux prises avec la Rvolution, si le lgitime Souverain, si lEmpereur Orthodoxe dOrient tardait encore longtemps y apparatre!
Non, cest impossible. Des pressentiments de mille ans ne trompent point. La Russie, pays de foi, ne manquera pas de foi dans le moment suprme. Elle ne seffraiera pas de la grandeur de ses destines et ne reculera pas devant sa mission.
Et quand donc cette mission a-t-elle t plus claire et plus vidente? On peut dire que Dieu lcrit en traits de feu sur ce Ciel tout noir de temptes. LOccident sen va, tout croule, tout sabme dans une conflagration gnrale, lEurope de Charlemagne aussi bien que lEurope des traits de 1815; la papaut de Rome et toutes les royauts de lOccident; le Catholicisme et le Protestantisme; la foi depuis longtemps perdue et la raison rduite labsurde; lordre dsormais impossible, la libert dsormais impossible, et sur toutes ces ruines amonceles par elle, la civilisation se suicidant de ses propres mains
Et lorsque au-dessus de cet immense naufrage nous voyons comme une Arche Sainte surnager cet Empire plus immense encore, qui donc pourrait douter de sa mission, et serait-ce nous, ses enfants, nous montrer sceptiques et pusillanimes?..
12 avril 1848

La question Romaine*

Si, parmi les questions du jour ou plutt du sicle, il en est une qui rsume et concentre comme dans un foyer toutes les anomalies, toutes les contradictions et toutes les impossibilits contre lesquelles se dbat lEurope Occidentale, cest assurment la question romaine.
Et il nen pouvait tre autrement, grce cette inexorable logique que Dieu a mise, comme une justice cache, dans les vnements de ce monde. La profonde et irrconciliable scission qui travaille depuis des sicles lOccident, devait trouver enfin son expression suprme, elle devait pntrer jusqu la racine de larbre. Or, cest un titre de gloire que personne ne contestera Rome: elle est encore de nos jours, comme elle la toujours t, la racine du monde occidental. Il est douteux toutefois, malgr la vive proccupation que cette question suscite, quon se soit rendu un compte exact de tout ce quelle contient.
Ce qui contribue probablement donner le change sur la nature et sur la porte de la question telle quelle vient de se poser, cest dabord la fausse analogie de ce que nous avons vu arriver Rome avec certains antcdents de ses rvolutions antrieures; cest aussi la solidarit trs relle qui rattache le mouvement actuel de Rome au mouvement gnral de la rvolution europenne. Toutes ces circonstances accessoires, qui paraissent expliquer au premier abord la question romaine, ne servent en ralit qu en dissimuler la profondeur.
Non, certes, ce nest pas l une question comme une autre car non seulement elle touche tout dans lOccident, mais on peut mme dire quelle le dborde.
On ne serait assurment pas accus de soutenir un paradoxe ou davancer une calomnie en affirmant qu lheure quil est, tout ce qui reste encore de Christianisme positif lOccident, se rattache, soit explicitement, soit par des affinits plus ou moins avoues, au Catholicisme Romain dont la Papaut, telle que les sicles lont faite, est videmment la clef de vote et la condition dexistence.
Le Protestantisme avec ses nombreuses ramifications, aprs avoir fourni peine une carrire de trois sicles, se meurt de dcrpitude dans tous les pays o il avait regn jusqu prsent, lAngleterre seule excepte; ou sil rvle encore quelques lments de vie, ces lments aspirent rejoindre Rome. Quant aux doctrines religieuses qui se produisent en dehors de toute communaut avec lun ou lautre de ces deux symboles, ce ne sont videmment que des opinions individuelles.
En un mot: la Papaut telle est la colonne unique qui soutient tant bien que mal en Occident tout ce pan de ldifice chrtien rest debout aprs la grande ruine du seizime sicle et les croulements successifs qui ont eu lieu depuis. Maintenant cest cette colonne que lon se dispose attaquer par sa base.
Nous connaissons fort bien toutes les banalits, tant de la presse quotidienne que du langage officiel de certains gouvernements, dont on a lhabitude de se servir pour masquer la ralit: on ne veut pas toucher linstitution religieuse de la Papaut, on est genoux devant elle, on la respecte, on la maintiendra, on ne conteste mme pas la Papaut son autorit temporelle, on prtend seulement en modifier lexercice. On ne lui demandera que des concessions reconnues indispensables et on ne lui imposera que des rformes parfaitement lgitimes. Il y a dans tout ceci passablement de mauvaise foi et surabondamment dillusions.
Il y a certainement de la mauvaise foi, mme de la part des plus candides, faire semblant de croire que des rformes srieuses et sincres, introduites dans le rgime actuel de lEtat Romain, puissent ne pas aboutir dans un temps donn une scularisation complte de cet Etat.
Mais la question nest mme pas l: la vritable question est de savoir au profit de qui se ferait cette scularisation, cest--dire quels seront: la nature, lesprit et les tendances du pouvoir auquel vous remettriez lautorit temporelle aprs en avoir dpouill la Papaut? Car, vous ne sauriez vous le dissimuler, cest sous la tutelle de ce nouveau pouvoir que la Papaut serait dsormais appele vivre.
Et cest ici que les illusions abondent. Nous connaissons le ftichisme des Occidentaux pour tout ce qui est forme, formule et mcanisme politique. Ce ftichisme est devenu comme une dernire religion de lOccident; mais, moins davoir les yeux et lesprit compltement ferms et scells a toute exprience comme toute vidence, comment, aprs ce qui vient de se passer, parviendrait-on encore se persuader que dans ltat actuel de lEurope, de lItalie, de Rome, les institutions librales ou semi-librales que vous aurez imposes au Pape resteraient longtemps aux mains de cette opinion moyenne, modre, mitige, telle que vous vous plaisez la rver dans lintrt de votre thse, quelles ne seraient point promptement envahies par la rvolution et transformes aussitt en machines de guerre pour battre en brche, non pas seulement la souverainet temporelle du Pape, mais bien linstitution religieuse elle-mme. Car vous auriez beau recommander au principe rvolutionnaire, comme lEternel Satan, de ne molester que le corps du fidle Job sans toucher son me, soyez bien convaincus que la rvolution, moins scrupuleuse que lange des tnbres, ne tendrait nul compte de vos injonctions.
Toute illusion, toute mprise cet gard sont impossibles pour qui a bien rellement compris ce qui fait le fond du dbat qui sagite en Occident ce qui en est devenu depuis des sicles la vie mme; vie anormale mais relle, maladie qui ne date pas dhier et qui est toujours encore en voie de progrs. Et sil se rencontre si peu dhommes qui ont le sentiment de cette situation, cela prouve seulement que la maladie est dj bien avance.
Nul doute, quant la question romaine, que la plupart des intrts qui rclament des rformes et des concessions de la part du Pape sont des intrts honntes, lgitimes et sans arrire-pense; quune satisfaction leur est due et que mme elle ne saurait leur tre plus longtemps refuse. Mais telle est lincroyable fatalit de la situation, que ces intrts dune nature toute locale et dune valeur comparativement mdiocre dominent et compromettent une question immense. Ce sont de modestes et inoffensives habitations de particuliers situes de telle sorte quelles commandent une place de guerre et, malheureusement, lennemi est aux portes.
Car encore une fois la scularisation de lEtat romain est au bout de toute rforme sincre et srieuse quon voudrait y introduire, et dautre part la scularisation dans les circonstances prsentes ne serait quun dsarmement devant lennemi une capitulation
Eh bien, quest-ce dire? que la question romaine pose dans ces termes est tout bonnement un labyrinthe sans issue; que linstitution papale par le dveloppement dun vice cach en est arrive aprs une dure de quelques sicles cette priode de lexistence o la vie, comme on la dit, ne se faisait plus sentir que par une difficult dtre? Que Rome qui a fait lOccident son image se trouve comme lui accule une impossibilit? Nous ne disons pas le contraire
Et cest ici quclate visible comme le soleil cette logique providentielle qui rgit comme une loi intrieure les vnements de ce monde.
Huit sicles seront bientt rvolus depuis le jour o Rome a bris le dernier lien qui la rattachait la tradition orthodoxe de lEglise universelle. Ce jour-l Rome en se faisant une destine part a dcid pour des sicles de celle de lOccident.
On connat gnralement les diffrences dogmatiques qui sparent Rome de lEglise orthodoxe. Au point de vue de la raison humaine cette diffrence, tout en motivant la sparation, nexplique pas suffisamment labme qui cest creus non pas entre les deux Eglises puisque lEglise est Une et Universelle mais entre les deux mondes, les deux humanits pour ainsi dire qui ont suivi ces deux drapeaux diffrents.
Elle nexplique pas suffisamment comment ce qui a dvi alors, a d de toute ncessit aboutir au terme o nous le voyons arriver aujourdhui.
Jsus-Christ avait dit: Mon Royaume nest pas de ce monde; eh bien, il sagit de comprendre comment Rome, aprs stre spare de lUnit, sest crue en droit, dans un intrt quelle a identifi avec lintrt mme du christianisme, dorganiser un Royaume du Christ comme un royaume du monde.
Il est trs difficile, nous le savons bien, dans les ides de lOccident de donner cette parole sa signification lgitime; on sera toujours tenter de lexpliquer, non pas dans le sens orthodoxe, mais dans un sens protestant. Or, il y a entre ces deux sens la distance, qui spare ce qui est divin de ce qui est humain. Mais pour tre spare par cette incommensurable distance, la doctrine orthodoxe, il faut le reconnatre, nest gure plus rapproche de celle de Rome et voici pourquoi:
Rome, il est vrai, na pas fait comme le Protestantisme, elle na point supprim le centre chrtien qui est lEglise, au profit du moi humain mais elle la absorb dans le moi romain. Elle na point ni la tradition, elle sest contente de la confisquer son profit. Mais usurper sur ce qui est divin nest-ce pas aussi le nier?.. Et voil ce qui tablit cette redoutable, mais incontestable solidarit qui rattache travers les temps lorigine du Protestantisme aux usurpations de Rome. Car lusurpation a cela de particulier que non-seulement elle suscite la rvolte, mais cre encore son profit une apparence de droit.
Aussi lcole rvolutionnaire moderne ne sy est-elle pas trompe. La rvolution, qui nest que lapothose de ce mme moi humain arriv son entier et plein panouissement, na pas manqu de reconnatre pour siens et de saluer comme ses deux glorieux matres Luther aussi bien que Grgoire VII. La voix du sang lui a parl et elle a adopt lun en dpit de ses croyances chrtiennes comme elle a presque canonis lautre, tout pape quil tait.
Mais si le rapport vident qui lie les trois termes de cette srie est le fond mme de la vie historique de lOccident, il est tout aussi incontestable quon ne saurait lui assigner dautre point de dpart que cette altration profonde que Rome a fait subir au principe chrtien par lorganisation quelle lui a impose.
Pendant des sicles lEglise dOccident, sous les auspices de Rome, avait presque entirement perdu le caractre que la loi de son origine lui assignait. Elle avait cess dtre au milieu de la grande socit humaine une socit de fidles librement runie en esprit et en vrit sous la loi du Christ. Elle tait devenue une institution, une puissance politique un Etat dans lEtat. A vrai dire, pendant la dure du moyen-ge, lEglise en Occident ntait autre chose quune colonie romaine tablie dans un pays conquis.
Cest cette organisation qui, en rattachant lEglise la glbe des intrts terrestres, lui avait fait, pour ainsi dire, des destines mortelles. En incarnant llment divin dans un corps infirme et prissable, elle lui a fait contracter toutes les infirmits comme tous les apptits de la chair. De cette organisation est sortie pour lEglise romaine, par une fatalit providentielle, la ncessit de la guerre, de la guerre matrielle, ncessit qui, pour une institution comme lEglise, quivalait une condamnation absolue. De cette organisation sont ns ce conflit de prtentions et cette rivalit dintrts qui devaient forcment aboutir une lutte acharne entre le Sacerdoce et lEmpire ce duel vraiment impie et sacrilge qui en se prolongeant travers tout le moyen-ge a bless mort en Occident le principe mme de lautorit.
De l tant dexcs, de violences, dnormits accumuls pendant des sicles pour tayer ce pouvoir matriel dont Rome ne croyait pas pouvoir se passer pour sauvegarder lUnit de lEglise et qui nanmoins ont fini, comme ils devaient finir, par briser en clats cette Unit prtendue. Car, on ne saurait le nier, lexplosion de la Rforme au seizime sicle na t dans son origine que la raction du sentiment chrtien trop longtemps froiss, contre lautorit dune Eglise qui sous beaucoup de rapports ne ltait plus que de nom. Mais comme depuis des sicles Rome stait soigneusement interpose entre lEglise universelle et lOccident, les chefs de la Rforme, au lieu de porter leurs griefs au tribunal de lautorit lgitime et comptente, aimrent mieux en appeler au jugement de la conscience individuelle cest--dire quils se firent juges dans leur propre cause.
Voil lcueil sur lequel la rforme du seizime sicle est venue chouer. Telle est, nen dplaise la sagesse des docteurs de lOccident, la vritable et la seule cause qui a fait dvier ce mouvement de la rforme chrtien son origine, jusqu la faire aboutir la ngation de lautorit de lEglise et, par suite, du principe mme de toute autorit. Et cest par cette brche, que le
Protestantisme a ouverte pour ainsi dire son insu, que le principe anti-chrtien a fait plus tard irruption dans la socit de lOccident.
Ce rsultat tait invitable, car le moi humain livr lui-mme est anti-chrtien par essence. La rvolte, lusurpation du moi ne datent pas assurment des trois derniers sicles, mais ce qui alors tait nouveau, ce qui se produisait pour la premire fois dans lhistoire de lhumanit, ctait de voir cette rvolte, cette usurpation leves la dignit dun principe et sexerant titre dun droit essentiellement inhrent la personnalit humaine.
II ne fallait pas moins que la venue au monde du Christianisme pour inspirer lhomme des prtentions aussi altires, comme il ne fallait pas moins que la prsence du souverain lgitime pour rendre la rvolte complte et lusurpation flagrante.
Depuis ces trois derniers sicles la vie historique de lOccident na donc t, et na pu tre, quune guerre incessante, un assaut continuel livr tout ce quil y avait dlments chrtiens dans la composition de lancienne socit occidentale. Ce travail de dmolition a t long, car avant de pouvoir sattaquer aux institutions il avait fallu dtruire ce qui en faisait le ciment: cest--dire les croyances.
Ce qui fait de la premire rvolution franaise une date jamais mmorable dans lhistoire du monde, cest quelle a inaugur pour ainsi dire lavnement de lide anti-chrtienne aux gouvernements de la socit politique.
Que cette ide est le caractre propre et comme lme elle-mme de la Rvolution, il suffit, pour sen convaincre, dexaminer quel est son dogme essentiel, le dogme nouveau quelle a apport au monde. Cest videmment le dogme de la souverainet du peuple. Or, quest-ce que la souverainet du peuple, sinon celle du moi humain multipli par le nombre cest--dire appuy sur la force? Tout ce qui nest pas ce principe nest plus la rvolution et ne saurait avoir quune valeur purement relative et contingente. Voil pourquoi, soit dit en passant, rien nest plus niais, ou plus perfide que dattribuer aux institutions politiques que la Rvolution a cres, une autre valeur que celle-l. Ce sont des machines de guerre admirablement appropries lusage pour lequel elles ont t faites, mais qui en dehors de cette destination ne sauraient jamais, dans une socit rgulire, trouver demploi convenable.
La Rvolution dailleurs a pris soin elle-mme de ne nous laisser aucun doute sur sa vritable nature en formulant ainsi ses rapports vis--vis du christianisme: lEtat comme tel na point de religion. Car tel est le Credo de lEtat moderne.
Voil, vrai dire, la grande nouveaut que la Rvolution a apporte au monde. Voil son oeuvre propre, essentielle un fait sans antcdents dans lhistoire des socits humaines.
Ctait la premire fois quune socit politique acceptait pour la rgir un Etat parfaitement tranger toute sanction suprieure lhomme; un Etat qui dclarait quil navait point dme ou que sil en avait une, cette me ntait point religieuse. Car, qui ne sait que mme dans lantiquit paenne, dans tout ce monde de lautre ct de la croix, plac sous lempire de la tradition universelle que le paganisme a bien pu dfigurer mais sans linterrompre, la cit, lEtat, taient avant tout une institution religieuse. Ctait comme un fragment dtach de la tradition universelle qui en sincarnant dans une socit particulire se constituait comme un centre indpendant. Ctait pour ainsi dire de la religion localise, matrialise.
Nous savons fort bien que cette prtendue neutralit en matire religieuse nest pas une chose srieuse de la part de la Rvolution. Elle-mme connat trop bien la nature de son adversaire pour ne pas savoir que vis--vis de lui la neutralit est impossible: Qui nest pas pour moi est contre moi. En effet, pour offrir la neutralit au christianisme il faut dj avoir cess dtre chrtien. Le sophisme de la doctrine moderne choue ici contre la nature toute-puissante des choses. Pour que cette prtendue neutralit et un sens, pour quelle ft autre chose quun mensonge et un pige, il faudrait de toute ncessit que lEtat moderne consentt se dpouiller de tout caractre dautorit morale, quil se rsignt ntre quune simple institution de police, un simple fait matriel, incapable par nature dexprimer une ide morale quelconque. Soutiendra-t-on srieusement que la Rvolution accepte pour lEtat quelle a cr et qui la reprsente une condition semblable, non seulement humble, mais impossible?.. Elle laccepte si peu que daprs sa doctrine bien connue elle ne fait driver lincomptence de la loi moderne en matire religieuse que de la conviction o elle est que la morale, dpouille de toute sanction surnaturelle, suffit aux destines de la socit humaine. Cette proposition peut tre vraie ou fausse, mais cette proposition, on lavouera, est toute une doctrine, et, pour tout homme de bonne foi, une doctrine qui quivaut la ngation la plus complte de la vrit chrtienne.
Aussi, en dpit de cette prtendue incomptence et de sa neutralit constitutionnelle en matire de religion, nous voyons que partout o lEtat moderne sest tabli, il na pas manqu de rclamer et dexercer vis--vis de lEglise la mme autorit et les mmes droits que ceux qui avaient appartenu aux anciens pouvoirs. Ainsi en France, par exemple, dans ce pays de logique par excellence, la loi a beau dclarer que lEtat comme tel na point de religion, celui-ci, dans ses rapports lgard de lEglise catholique, nen persiste pas moins se considrer comme lhritier parfaitement lgitime du Roi trs chrtien, du fils an de cette Eglise.
Rtablissons donc la vrit des faits. LEtat moderne ne proscrit les religions dEtat que parce quil a la sienne et cette religion cest la Rvolution. Maintenant, pour en revenir la question romaine, on comprendra sans peine la position impossible que lon prtend faire la Papaut en lobligeant accepter pour sa souverainet temporelle les conditions de lEtat moderne. La Papaut sait fort bien quelle est la nature du principe dont il relve. Elle le comprend dinstinct, la conscience chrtienne du prtre dans le Pape len avertirait au besoin. Entre la Papaut et ce principe il ny a point de transaction possible; car ici une transaction ne serait pas une pure concession de pouvoir, ce serait tout bonnement une apostasie. Mais, dira-t-on, pourquoi le Pape naccepterait-il pas les institutions sans le principe? Cest encore l une des illusions de cette opinion soi-disant modre, qui se croit minemment raisonnable et qui nest quinintelligente. Comme si des institutions pouvaient se sparer du principe qui les a cres et qui les fait vivre Comme si le matriel dinstitutions prives de leur me tait autre chose quun attirail mort et sans utilit un vritable encombrement. Dailleurs les institutions politiques ont toujours en dfinitive la signification que leur attribuent, non pas ceux qui les donnent, mais ceux qui les obtiennent surtout quand ils vous les imposent.
Si le Pape net t que prtre, cest--dire si la Papaut ft reste fidle son origine, la Rvolution naurait eu aucune prise sur elle, car la perscution nen est pas une. Mais cest llment mortel et prissable quelle sest identifi qui la rend maintenant accessible ses coups. Cest l le gage que depuis des sicles la Papaut romaine a donn par avance la Rvolution.
Et cest ici, comme nous lavons dit, que la logique souveraine de laction providentielle sest manifeste avec clat. De toutes les institutions que la Papaut a enfantes depuis sa sparation davec lEglise Orthodoxe, celle qui a le plus profondment marqu cette sparation, qui la le plus aggrave, le plus consolide, cest sans nul doute la souverainet temporelle du Pape. Et cest prcisment contre cette institution que nous voyons la Papaut venir se heurter aujourdhui.
Depuis longtemps assurment le monde navait rien eu de comparable au spectacle qua offert la malheureuse Italie pendant les derniers temps qui ont prcd ses nouveaux dsastres. Depuis longtemps nulle situation, nul fait historique navaient eu cette physionomie trange. Il arrive parfois que des individus la veille de quelque grand malheur se trouvent, sans motif apparent, subitement pris dun accs de gaiet frntique, dhilarit furieuse eh bien, ici cest un peuple tout entier qui a t tout coup saisi dun accs de cette nature. Et cette fivre, ce dlire sest soutenu, sest propag pendant des mois. Il y a eu un moment o il avait enlac comme dune chane lectrique toutes les classes, toutes les conditions de la socit et ce dlire si intense, si gnral, avait adopt pour mot dordre le nom dun Pape!..
Que de fois le pauvre prtre chrtien au fond de sa retraite na-t-il pas d frmir au bruit de cette orgie dont on le faisait le dieu! Que de fois ces vocifrations damour, ces convulsions denthousiasme nont-elles pas d porter la consternation et le doute dans lme de ce chrtien livr en proie cette effrayante popularit!
Ce qui surtout devait le consterner, lui, le Pape, cest quau fond de cette popularit immense, travers toute cette exaltation des masses, quelque effrne quelle ft, il ne pouvait mconnatre un calcul et une arrire-pense.
Ctait la premire fois que lon affectait dadorer le Pape en le sparant de la Papaut. Ce nest pas assez dire: tous ces hommages, toutes ces adorations ne sadressaient lhomme que parce que lon esprait trouver en lui un complice contre linstitution. En un mot, on voulait fter le Pape en faisant un feu de joie de la Papaut. Et ce quil y avait de particulirement redoutable dans cette situation, cest que ce calcul, cette arrire-pense ntaient pas seulement dans lintention des partis, ils se retrouvaient aussi dans le sentiment instinctif des masses. Et rien assurment ne pouvait mieux mettre nu toute la fausset et toute lhypocrisie de la situation que de voir lapothose dcerne au chef de lEglise Catholique, au moment mme o la perscution se dchanait plus ardente que jamais contre lordre des Jsuites.
Linstitution des Jsuites sera toujours un problme pour lOccident. Cest encore l une de ces nigmes dont la clef est ailleurs. On peut dire avec vrit que la question des Jsuites tient de trop prs la conscience religieuse de lOccident pour quil puisse jamais la rsoudre dune manire entirement satisfaisante.
En parlant des jsuites, en cherchant les soumettre une apprciation quitable, il faut commencer par mettre hors de cause tous ceux (et leur nom est lgion) pour qui le mot de jsuite nest plus quun mot de passe, un cri de guerre. Certes, de toutes les apologies que lon a essayes en faveur de cet ordre, il nen est pas de plus loquente, de plus convaincante que la haine, cette haine furieuse et implacable que lui ont voue tous les ennemis de la Religion Chrtienne. Mais, ceci admis, on ne saurait se dissimuler que bien des catholiques romains les plus sincres, les plus dvous leur Eglise, depuis Pascal jusqu nos jours, nont cess de gnration en gnration de nourrir une antipathie dclare insurmontable contre cette institution. Cette disposition desprit dans une fraction considrable du monde catholique constitue peut-tre une des situations les plus rellement saisissantes et les plus tragiques o il soit donn lme humaine de se trouver place.
En effet, que peut-on imaginer de plus profondment tragique que le combat qui doit se livrer dans le cur de lhomme, lorsque, partag entre le sentiment de la vnration religieuse, de ce sentiment de pit plus que filiale, et une odieuse vidence, il sefforce de rcuser, de refouler le tmoignage de sa propre conscience plutt que de savouer: la solidarit relle et incontestable qui lie lobjet de son culte celui de son aversion. Et cependant telle est la situation de tout catholique fidle qui, aveugl par son inimiti contre les jsuites, cherche se dissimuler un fait dune clatante vidence, savoir: la profonde, lintime solidarit qui lie cet ordre, ses tendances, ses doctrines, ses destines, aux tendances, aux doctrines, aux destines de lEglise romaine et limpossibilit absolue de les sparer lun de lautre, sans quil en rsulte une lsion organique et une mutilation vidente. Car si, en se dgageant de toute prvention, de toute proccupation de parti, de secte et mme de nationalit, lesprit appliqu limpartialit la plus absolue et le cur rempli de charit chrtienne, on se place en prsence de lhistoire et de la ralit et que, aprs les avoir interroges lune et lautre, on se pose de bonne foi cette question: Quest-ce que les jsuites? voici, nous pensons, la rponse que lon se fera: les jsuites sont des hommes pleins dun zle ardent, infatigable, souvent hroque, pour la cause chrtienne et qui pourtant se sont rendus coupables dun bien grand crime vis--vis du christianisme; cest que, domins par le moi humain, non pas comme individus mais comme ordre, ils ont cru la cause chrtienne tellement lie la leur propre ils ont dans lardeur de la poursuite et dans lmotion du combat si compltement oubli cette parole du Matre: Que Ta volont soit faite et non pas la mienne! quils ont fini par rechercher la victoire de Dieu tout prix, sauf celui de leur satisfaction personnelle. Or, cette erreur, qui a sa racine dans la corruption originelle de lhomme et qui a t dune porte incalculable dans ses consquences pour les intrts du christianisme, nest pas, tant sen faut, un fait particulier la Socit de Jsus. Cette erreur, cette tendance, lui est si bien commune avec lEglise de Rome elle-mme que lon pourrait bon droit dire que cest elle qui les rattache lune lautre par une affinit vraiment organique, par un vritable lien du sang. Cest cette communaut, cette identit de tendances qui fait de lInstitut des jsuites lexpression concentre mais littralement fidle du catholicisme romain; qui fait pour tout dire que cest le catholicisme romain lui-mme, mais ltat daction, ltat militant.
Et voil pourquoi cet ordre: ballott dge en ge travers les perscutions et le triomphe, loutrage et lapothose, na jamais trouv, et ne saurait trouver, en Occident, ni des convictions religieuses suffisamment dsintresses dans sa cause pour pouvoir lapprcier, ni une autorit religieuse comptente pour le juger. Une fraction de la socit occidentale, celle qui a rsolument rompu avec le principe chrtien, ne sattaque aux jsuites que pour pouvoir couvert de leur impopularit mieux assurer les coups quelle adresse son vritable ennemi. Quant ceux des catholiques rests fidles Rome qui se sont faits les adversaires de cet ordre, bien quindividuellement parlant ils puissent comme chrtiens tre dans le vrai, toutefois comme catholiques romains ils sont sans armes contre lui, car en lattaquant ils sexposeraient toujours au danger de blesser lEglise romaine elle-mme.
Mais ce nest pas seulement contre les jsuites, cette force vive du catholicisme, quon a cherch exploiter la popularit moiti factice, moiti sincre dont on avait envelopp le pape Pie IX. Un autre parti encore comptait aussi sur lui une autre mission lui tait rserve.
Les partisans de lindpendance nationale espraient que, scularisant tout fait la Papaut au profit de leur cause, celui qui avant tout est prtre, consentirait se faire le gonfalonier de la libert italienne. Cest ainsi que les deux sentiments les plus vivaces et les plus imprieux de lItalie contemporaine: lantipathie pour la domination sculire du clerg et la haine traditionnelle de ltranger, du barbare, de lAllemand, revendiquaient tous deux, au profit de leur cause, la coopration du Pape. Tout le monde le glorifiait, le difiait mme, mais la condition quil se ferait le serviteur de tout le monde, et cela dans un sens qui ntait nullement celui de lhumilit chrtienne.
Parmi les opinions ou les influences politiques qui venaient ainsi briguer son patronage en lui offrant leur concours, il y en avait une qui avait jet prcdemment quelque clat parce quelle avait eu pour interprtes et pour aptres quelques hommes dun talent littraire peu commun. A en croire les doctrines navement ambitieuses de ces thoriciens politiques, lItalie contemporaine allait sous les auspices du Pontificat romain rcuprer la primaut universelle et ressaisir pour la troisime fois le sceptre du monde. Cest--dire quau moment o ltablissement papal tait secou jusque dans ses fondements, ils proposaient srieusement au Pape de renchrir encore sur les donnes du moyen-ge et lui offraient quelque chose comme un Califat chrtien la condition, bien entendu, que cette thocratie nouvelle sexercerait avant tout dans lintrt de la nationalit italienne.
On ne saurait, en vrit, assez smerveiller de cette tendance vers le chimrique et limpossible qui domine les esprits de nos jours et qui est un des traits distinctifs de lpoque. Il faut quil y ait une affinit relle entre lutopie et la Rvolution, car chaque fois que celle-ci, un moment infidle ses habitudes, veut crer au lieu de dtruire, elle tombe infailliblement dans lutopie. Il est juste de dire que celle laquelle nous venons de faire allusion est encore une des plus inoffensives.
Enfin vint un moment dans la situation donne o, lquivoque ntant plus possible, la Papaut, pour ressaisir son droit, se vit oblige de rompre en visire aux prtendus amis du Pape. Cest alors que la Rvolution jeta son tour le masque et apparut au monde sous les traits de la rpublique romaine.
Quant ce parti on le connat maintenant, on la vu luvre. Cest le vritable, le lgitime reprsentant de la Rvolution en Italie. Ce parti-l considre la Papaut comme son ennemi personnel cause de llment chrtien quil dcouvre en elle. Aussi nen veut-il aucun prix, pas mme pour lexploiter. Il voudrait tout simplement la supprimer et cest par un motif semblable quil voudrait aussi supprimer tout le pass de lItalie, toutes les conditions historiques de son existence comme entaches et infectes de catholicisme, se rservant de rattacher, par une pure abstraction rvolutionnaire, lexistence du rgime quil prtend fonder, aux antcdents rpublicains de lancienne Rome.
Eh bien, ce quil y a de particulier dans cette brutale utopie, cest que, quel que soit le caractre profondment anti-historique dont elle est empreinte, elle aussi a sa tradition bien connue dans lhistoire de la civilisation italienne. Elle nest aprs tout que la rminiscence classique de lancien monde paen, de la civilisation paenne, tradition qui a jou un grand rle dans lhistoire de lItalie, qui sest perptue travers tout le pass de ce pays, qui a eu ses reprsentants, ses hros et mme ses martyrs et qui, non contente de dominer presque exclusivement ses arts et sa littrature, a tent plusieurs reprises de se constituer politiquement pour semparer de la socit tout entire. Et, chose remarquable, chaque fois que cette tradition, celle tendance a essay de renatre, elle est toujours apparue la manire des revenants, invariablement attache la mme localit celle de Rome.
Arrive jusqu nos jours, le principe rvolutionnaire ne pouvait gure manquer de laccueillir et de se lapproprier cause de la pense anti-chrtienne qui tait en elle. Maintenant ce parti vient dtre abattu et lautorit du Pape en apparence restaure. Mais si quelque chose, il faut en convenir, pouvait encore grossir le trsor de fatalits que cette question romaine renferme, ctait de voir ce double rsultat obtenu par une intervention de la France.
Le lieu commun de lopinion courante au sujet de cette intervention cest de ny voir, comme on le fait assez gnralement, quun coup de tte ou une maladresse du gouvernement franais. Ce quil y a de vrai dire, ce sujet, cest que si le gouvernement franais, en sengageant dans cette question insoluble en elle-mme, sest dissimul quelle tait plus insoluble pour lui que pour tout autre, cela prouverait seulement de sa part une complte inintelligence tant de sa propre position que de celle de la France ce qui dailleurs est fort possible, nous en convenons.
En gnral on sest trop habitu en Europe, dans ces derniers temps, rsumer lapprciation que lon fait des actes ou plutt des vellits daction de la politique franaise par une phrase devenue proverbiale: La France ne sait ce quelle veut. Cela peut tre vrai, mais pour tre parfaitement juste on devrait ajouter que la France ne peut pas savoir ce quelle veut. Car pour y russir il faut avant tout avoir Une volont et la France depuis soixante ans est condamne en avoir deux.
Et ici il ne sagit pas de ce dsaccord, de cette divergence dopinions politiques ou autres qui se rencontrent dans tous les pays o la socit par la fatalit des circonstances se trouve livre au gouvernement des partis. II sagit dun fait bien autrement grave; il sagit dun antagonisme permanent, essentiel et tout jamais insoluble, qui depuis soixante ans constitue, pour ainsi dire, le fond mme de la conscience nationale en France. Cest lme de la France qui est divise.
La Rvolution, depuis quelle sest empare de ce pays, a bien pu le bouleverser, le modifier, laltrer profondment, mais elle na pu, ni ne pourra jamais se lassimiler entirement. Elle aura beau faire, il y a des lments, des principes dans la vie morale de la France qui rsisteront toujours ou du moins aussi longtemps quil y aura une France au monde; tels sont: lEglise catholique avec ses croyances et son enseignement; le mariage chrtien et la famille, et mme la proprit. Dautre part, comme il est prvoir que la Rvolution, qui est entre non-seulement dans le sang, mais dans lme mme de cette socit, ne se dcidera jamais lcher prise volontairement, et comme dans lhistoire du monde nous ne connaissons pas une formule dexorcisme applicable une nation tout entire, il est fort craindre que ltat de lutte, mais dune lutte intime et incessante, de scission permanente et pour ainsi dire organique, ne soit devenu pour bien longtemps la condition normale de la nouvelle socit franaise.
Et voil pourquoi dans ce pays, o nous voyons depuis soixante ans se raliser cette combinaison dun Etat rvolutionnaire par principe tranant la remorque une socit qui nest que rvolutionne, le gouvernement, le pouvoir qui tient ncessairement des deux sans parvenir les concilier, sy trouve fatalement condamn une position fausse, prcaire, entoure de prils et frappe dimpuissance. Aussi avons-nous vu que depuis cette poque tous les gouvernements en France moins un, celui de la Convention pendant la Terreur, quelque ft la diversit de leur origine, de leurs doctrines et de leurs tendances, ont eu ceci en commun: cest que tous, sans excepter mme celui du lendemain de Fvrier, ils ont subi la Rvolution bien plus quils ne lont reprsente. Et il nen pouvait tre autrement. Car ce nest qu la condition de lutter contre elle, tout en la subissant, quils ont pu vivre. Mais il est vrai de dire que, jusqu prsent du moins, ils ont tous pri la tche.
Comment donc un pouvoir ainsi fait, aussi peu sr de son droit, dune nature aussi indcise, aurait-il eu quelque chance de succs en intervenant dans une question comme lest cette question romaine? En se prsentant comme mdiateur ou comme arbitre entre la Rvolution et le Pape, il ne pouvait gure esprer de concilier ce qui est inconciliable par nature. Et dautre part il ne pouvait donner gain de cause lune des parties adverses sans se blesser lui-mme, sans renier pour ainsi dire une moiti de lui-mme. Ce quil pouvait donc obtenir par cette intervention double tranchant, quelque mouss quil ft, ctait dembrouiller encore davantage ce qui dj tait inextricable, denvenimer la plaie en lirritant. Cest quoi il a parfaitement russi.
Maintenant quelle est au vrai la situation du Pape lgard de ses sujets? Et quel est le sort probable rserv aux nouvelles institutions quil vient de leur accorder? Ici malheureusement les plus tristes prvisions sont seules de droit. Cest le doute qui ne lest pas.
La situation, cest lancien tat des choses, celui antrieur au rgne actuel, celui qui ds lors croulait dj sous le poids de son impossibilit, mais dmesurment aggrav par tout ce qui est arriv depuis. Au moral, par dimmenses dceptions et dimmenses trahisons; au matriel, par toutes les ruines accumules.
On connat ce cercle vicieux o depuis quarante ans nous avons vu rouler et se dbattre tant de peuples et tant de gouvernements. Des gouverns nacceptant les concessions que leur faisait le pouvoir, que comme un faible acompte pay contrecur par un dbiteur de mauvaise foi. Des gouvernements qui ne voyaient dans les demandes quon leur adressait que les embches dun ennemi hypocrite. Eh bien, cette situation, cette rciprocit de mauvais sentiments, dtestable et dmoralisante partout et toujours, est encore grandement envenime ici par le caractre particulirement sacr du pouvoir et par la nature tout exceptionnelle de ses rapports avec ses sujets. Car, encore une fois, dans la situation donne et sur la pente o lon se trouve plac, non seulement par la passion des hommes, mais par la force mme des choses, toute concession, toute rforme, pour peu quelle soit sincre et srieuse, pousse infailliblement lEtat romain vers une scularisation complte. La scularisation, nul nen doute, est le dernier mot de la situation. Et cependant le Pape, sans droit pour laccorder mme dans les temps ordinaires, puisque la souverainet temporelle nest pas son bien, mais celui de lEglise de Rome, pourrait bien moins encore y consentir maintenant quil a la certitude que cette scularisation, lors mme quelle serait accorde des ncessits relles, tournerait en dfinitive au profit des ennemis jurs, non pas de son pouvoir seulement, mais de lEglise elle-mme. Y consentir, ce serait se rendre coupable dapostasie et de trahison tout la fois. Voici pour le Pouvoir. Pour ce qui est des sujets, il est clair que cette antipathie invtre contre la domination des prtres, qui constitue tout lesprit public de la population romaine, naura pas diminu par suite des derniers vnements.
Et si dune part une semblable disposition des esprits suffit elle seule pour faire avorter les rformes les plus gnreuses et les plus loyales, dautre part linsuccs de ces rformes ne peut quajouter infiniment lirritation gnrale, confirmer lopinion dans sa haine pour lautorit rtablie et recruter pour lennemi .
Voil certes une situation parfaitement dplorable et qui a tous les caractres dun chtiment providentiel. Car pour un prtre chrtien quel plus grand malheur peut-on imaginer que celui de se voir ainsi fatalement investi dun pouvoir quil ne peut exercer quau dtriment des mes et pour la ruine de la Religion!.. Non, en vrit, cette situation est trop violente, trop contre nature pour pouvoir se prolonger. Chtiment ou preuve, il est impossible que la Papaut romaine reste longtemps encore enferme dans ce cercle de feu sans que Dieu dans Sa misricorde lui vienne en aide et lui ouvre une voie, une issue merveilleuse, clatante, inattendue ou, disons mieux, attendue depuis des sicles.
Peut-tre en est-elle spare encore, elle la Papaut et lEglise soumise ses lois, par bien des tribulations et bien des dsastres; peut-tre nest-elle encore qu lentre de ces temps calamiteux. Car ce ne sera pas une petite flamme, ce ne sera pas un incendie de quelques heures que celui qui, en dvorant et rduisant en cendres des sicles entiers de proccupations mondaines et dinimitis anti-chrtiennes, fera enfin crouler devant elle cette fatale barrire qui lui cachait lissue dsire.
Et comment la vue de ce qui se passe, en prsence de cette organisation nouvelle du principe du mal, la plus savante et la plus formidable que les hommes aient jamais vue, en prsence de ce monde du mal tout constitu et tout arm, avec son glise dirrligion et son gouvernement de rvolte, comment, disons-nous, serait-il interdit aux chrtiens desprer que Dieu daignera proportionner les forces de Son Eglise Lui, la nouvelle tche quIl lui assigne? Qu la veille des combats qui se prparent Il daignera lui restituer la plnitude de ses forces, et qu cet effet Lui-mme, son heure, viendra, de Sa main misricordieuse, gurir au flanc de Son Eglise la plaie que la main des hommes y a faite cette plaie ouverte qui saigne depuis huit cents ans!..
LEglise Orthodoxe na jamais dsespr de cette gurison. Elle lattend elle y compte non pas avec confiance, mais avec certitude. Comment ce qui est Un par principe, ce qui est Un dans lEternit, ne triompherait-il pas de la dsunion dans le temps? En dpit de la sparation de plusieurs sicles et travers toutes les prventions humaines elle na cess de reconnatre que le principe chrtien na jamais pri dans lEglise de Rome; quil a toujours t plus fort en elle que lerreur et la passion des hommes, et voil pourquoi elle a la conviction intime quil sera plus fort que tous ses ennemis. Elle sait, de plus, qu lheure quil est, comme depuis des sicles, les destines chrtiennes de lOccident sont toujours encore entre les mains de lEglise de
Rome et elle espre quau jour de la grande runion elle lui restituera intact ce dpt sacr.
Quil nous soit permis de rappeler, en finissant, un incident qui se rattache la visite que lEmpereur de Russie a faite Rome en 1846. On sy souviendra peut-tre encore de lmotion gnrale qui la accueilli son apparition dans lglise de Saint-Pierre lapparition de lEmpereur orthodoxe revenu Rome aprs plusieurs sicles dabsence! et du mouvement lectrique qui a parcouru la foule, lorsquon la vu aller prier au tombeau des Aptres. Cette motion tait juste et lgitime. LEmpereur prostern ny tait pas seul. Toute la Russie tait l prosterne avec lui. Esprons quil naura pas pri en vain devant les saintes reliques.

La Russie et l'Occident*


< I>
<1>
LA SITUATION EN 1849

Le mouvement de Fvrier, en bonne logique, aurait d aboutir une croisade de tout lOccident rvolutionn contre la Russie Si cela na pas eu lieu, cest la preuve que la Rvolution na pas la vitalit ncessaire, ne ft-ce mme que pour organiser la destruction en grand. En dautres termes, la Rvolution est la maladie qui dvore lOccident. Elle nest pas lme qui fait mouvement.
De l la possibilit de la raction, comme celle inaugure par les journes de juin de lanne dernire. Cest la raction des parties non encore entames de lorganisme souffrant contre lenvahissement progressif de la maladie. Cette rsistance de Juin et toutes celles quelle a dtermines sa suite sont un grand fait, une grande Rvlation. Il est clair maintenant que la Rvolution ne peut plus esprer nulle part de se faire gouvernement . Et sempart-elle momentanment du Pouvoir, elle ne ferait que dterminer une guerre civile, une guerre intestine. Cest--d <ire> elle minera et dsorganisera la socit, mais elle ne pourra ni la possder en propre, ni la gouverner en son nom. Voil un rsultat acquis, et il est immense. Car ce nest pas seulement limpuissance de la Rvolution, cest aussi limpuissance de lOccident. Toute action au-dehors lui est interdite. Il est radicalement scind.
Pour le moment la Rvolution est matriellement dsarme.
La rpression de juin 1848 lui a paralys les bras, la victoire de la Russie en Hongrie lui a fait tomber les armes des mains. Il va sans dire que pour tre dsarme la Rvolution nen est pas moins pleine de vie et de vigueur. Elle se retire pour le moment du champ de bataille, elle labandonne ses vainqueurs. Que vont-ils faire de leur victoire?..
Et dabord, o en sont maintenant les Pouvoirs rguliers en Occident? Car pour prjuger quels peuvent tre lavenir leurs rapports vis--vis de la Rvolution, il faudrait dterminer au pralable quelles sont les conditions morales de leur existence eux-mmes. En un mot, quel est le symbole de foi quils ont opposer au symbole de la Rvolution?
Quant au symbole rvolutionnaire, nous le connaissons, et prcisment, parce que nous le connaissons, nous nous expliquons fort bien do lui vient son ascendant irrsistible sur lOccident, les mprises ne sont plus possibles, toute quivoque volontaire ou involontaire serait hors de saison.
La Rvolution, la considrer dans son principe le plus essentiel, le plus lmentaire, est le produit net, le dernier mot, le mot suprme de ce que lon est convenu dappeler depuis 3 sicles la civilisation de lOccident. Cest la pense moderne toute entire depuis sa rupture avec lEglise.
Cette pense est celle-ci: lhomme, en dfinitive, ne relve que de lui-mme, tant pour la direction de sa raison que pour celle de sa volont. Tout pouvoir vient de lhomme, tout autorit qui se rclame dun titre suprieur lhomme nest quune illusion ou une dception. En un mot, cest lapothose du moi humain dans le sens le plus littral du mot.
Tel est qui lignore, le credo de lcole rvolutionnaire; mais, srieusement parlant, la socit de lOccident, la civilisation de lOccident en a-t-elle un autre?..
Et les Pouvoirs publics de cette socit, eux, qui depuis des gnrations nont eu pour y vivre dautre milieu intellectuel que celui-l, comment feront-ils maintenant pour en sortir? Et comment, sans en sortir, trouveront-ils le point dArchimde dont ils ont besoin pour y placer leur levier?
M-r Guizot lui-mme a beau tonner maintenant contre la dmocratie europenne, a beau lui reprocher, comme le principe de toutes ses erreurs et de tous ses mfaits, son idoltrie pour elle-mme: la dmocratie occidentale, en se prenant pour lobjet de son culte, na fait, il faut bien le reconnatre, que suivre aveuglement les instincts que vous-mme et vos propres doctrines ont contribu, autant que quoi que soit, dvelopper en elle? En effet, qui donc, plus que vous et votre cole a rclam, a revendiqu pour la raison de lhomme les droits de lautonomie; qui nous a enseign voir dans la rformation religieuse du 16-ime sicle moins encore un mouvement de raction contre les abus et les prtentions illgitimes du catholicisme romain quune re de lmancipation dfinitive de la raison humaine, salu dans la philosophie moderne la formule scientifique de cette mancipation et glorifi dans le mouvement rvolutionnaire de 1789 lavnement au pouvoir, la prise de possession de la socit moderne, par cette raison de lhomme, ainsi mancip et ne relevant plus que delle-mme? Aprs de pareils enseignements comment voulez-vous que le moi humain, cette molcule constitutive de la dmocratie moderne, ne se prendrait-il pour lobjet de son idoltrie, et puisque, de compte fait, il nest tenu reconnatre dautre autorit que la sienne et qui prtendez-vous quil adore si ce nest lui-mme? Sil ne le faisait pas, ce serait, ma foi, <.> modestie de sa part.
Reconnaissons-le donc, la Rvolution, varie linfini dans ses degrs et ses manifestations, est une et identique dans son principe, et cest de ce principe, il faut bien lavouer, quest sortie la civilisation actuelle de lOccident.
Nous ne nous dissimulons pas limmense porte de cet aveu. Nous savons fort bien que cest le fait que nous venons dnoncer qui imprime la dernire catastrophe europenne le cachet dune poque tragique entre toutes les poques de lhistoire du monde. Nous assistons, trs probablement, la banqueroute dune civilisation toute entire
En effet, voil depuis mainte et mainte gnrations que nous vous voyons, hommes de lOccident, tous occups, peuples et gouvernements, riches et pauvres, les doctes et les ignorants, les philosophes et les gens du monde, tous occups lire en commun dans le mme livre, dans le livre de la raison humaine mancipe, lorsquen fvrier de lanne 1848 une fantaisie subite est venue quelques-uns dentre vous, les plus impatients, les plus aventureux, de retourner la dernire page du livre et dy lire la terrible rvlation que vous savez Maintenant on a beau se rcrier, se gendarmer contre les tmraires. Comment faire, hlas, que ce qui a t lu, nait pas t lu Russira-t-on sceller cette formidable dernire page? L est le problme.
Je sais bien que dans les socits humaines tout nest pas doctrine ou principe, quindpendamment des uns et des autres il y a les intrts matriels qui suffisent ou peu prs, dans les temps ordinaires, assurer leur marche, il y a, comme dans tout organisme vivant, linstinct de la conservation, qui peut pendant quelque temps lutter nergiquement contre une destruction imminente. Mais linstinct de la conservation qui na jamais pu sauver une arme battue, pourrait-il la longue protger efficacement une socit en droute?
Pour cette fois encore les Pouvoirs publics et la socit leur suite ont repouss, il est vrai, le dernier assaut que leur a livr la Rvolution. Mais est-ce bien avec ses propres forces, est-ce bien avec ses armes lgitimes que la civilisation moderne, que la civilisation librale de lOccident, sest protge et dfendue contre ses agresseurs?
Certes, sil y a eu un fait grandement significatif dans lhistoire de ces derniers temps, cest coup sr celui-ci: le lendemain du jour o la socit europ<enne> avait proclam le suffrage universel comme larbitre suprme de ses destines, cest la force arme, cest la discipline militaire quelle a t oblige de sadresser pour sauver la civilisation. Or, la force arme, la discipline militaire, quest-ce autre chose quun legs, un dbris, si lon veut, du vieux monde, dun monde depuis longtemps submerg. Et cest pourtant en saccrochant ce dbris-l que la socit contemporaine est parvenue se sauver du nouveau dluge qui allait lengloutir son tour.
Mais si la rpression militaire, qui dans le systme tabli nest quune anomalie, quun heureux accident, a pu, dans un moment donn, sauver la socit menace, suffit-elle pour en assurer les destines? En un mot, ltat de sige pourra-t-il jamais devenir un systme de gouvernement?..
Et puis, encore une fois, la Rvolution nest pas seulement un ennemi en chair et en os. Cest <.> plus quun Principe. Cest un Esprit, une Intelligence, et pour le vaincre il faudrait savoir le conjurer.
Je sais bien que les derniers vnements ont jet dans tous les esprits dimmenses doutes et dimmenses dsenchantements et que bien des enfants de la gnration actuelle ont rvoqu en doute la sagesse rvolutionnaire de leurs pres. On a touch au doigt linanit des rsultats obtenus. Mais si des illusions, quon pourrait dj qualifier de sculaires ont t emportes par la dernire tempte, nulle foi ne les a remplaces Le doute sest creus, et voil tout. Car la pense moderne peut bien batailler contre la Rvolution sur telle ou telle autre de ses consquences, le socialisme, le communisme, voire mme lathisme, mais pour en rsoudre le Principe il faudrait quelle se renit elle-mme. Et voil pourquoi aussi la socit occidentale, qui est lexpression de cette pense, en se voyant accule labme par la catastrophe de Fvrier, a bien pu se rejeter en arrire par un mouvement instinctif, mais il lui faudrait des ailes pour franchir le prcipice ou un miracle, sans prcdent dans lhistoire des Socits humaines, pour revenir sur ses pas.
Telle est la situation actuelle du monde. Elle est, certainement, claire pour la divine Providence, mais elle est insoluble pour la raison contemporaine.
Cest sous lempire de pareilles circonstances que les Pouvoirs publics de lOccident sont appels rgir la Socit, la raffermir, la rasseoir sur ses bases, et ils sont tenus travailler cette uvre avec les instruments quils ont reus des mains de la Rvolution et qui ont t fabriqus pour son usage.
Mais indpendamment de cette tche de pacification gnrale, qui est commune tous les gouvernements, il y a dans chacun des grands Etats de lOccident des questions spciales, qui sont le produit et comme le rsum de leur histoire particulire et qui, ayant t, pour ainsi dire, mises lordre du jour par la Providence historique, rclament une solution imminente.
Cest ces questions que sest attaque dans les diffrents pays la Rvolution europenne, mais elle na su y trouver quun champ de bataille contre le Pouvoir et la Socit. Maintenant quelle a honteusement chou dans tous ses efforts et dans toutes ses tentatives et quau lieu de rsoudre les questions elle na fait que les envenimer, cest aux gouvernements sy essayer, leur tour, en travaillant leur solution en prsence mme et, p<our> ainsi dire, sous le contrle de lennemie quils ont vaincue.
Mais avant tout passons en revue les diffrentes questions.

<2>

Pour qui observe, en tmoin intelligent, mais du dehors , le mouvement de lEurope Occidentale, il ny a assurment rien de plus remarquable et de plus instructif que, dune part, le dsaccord constant, la contradiction manifeste et continue entre les ides qui y ont prvalu, entre ce quil faut bien appeler lopinion du sicle, lopinion publique, lopinion librale et la ralit des faits, le cours des vnements, et, dautre part, le peu dimpression que ce dsaccord, cette contradiction si flagrante, parat faire sur les esprits.
Pour nous, qui regardons du dehors , rien nest plus facile, assurment que de distinguer dans lEurope Occidentale le monde des faits, des ralits historiques, davec ce mirage immense et persistant, dont lopinion rvolutionnaire, arme de la presse priodique, <.> comme recouvert la Ralit. Et cest dans ce mirage que vit et se meut, comme dans son lment naturel, depuis 30 40 ans, cette puissance aussi fantastique que relle que lon appelle lOpinion publique
Cest une trange chose, aprs tout, que cette fraction de la <socit> le Public. Cest l, proprement parler, la vie <du> peuple, le peuple lu de la Rvolution. Cest cette minorit de la socit occidentale qui (sur le continent au moins), grce la direction nouvelle, a rompu avec la vie historique des masses et a secou toutes les croyances positives Ce peuple anonyme est le mme dans tous les pays. Cest le peuple de lindividualisme, de la ngation. Il y a cependant en lui un lment qui, tout ngatif quil est, lui sert de lien et lui fait comme une sorte de religion. Cest la haine de lautorit sous toutes les formes et tous ses degrs, la haine de lautorit comme principe. Cet lment parfaitement ngatif, ds quil sagit ddifier et de conserver, devient terriblement positif, ds quil est question de renverser et de dtruire. Et cest l, soit dit en passant, ce qui explique les destines du gouvernement reprsentatif sur le continent. Car ce que les institutions nouvelles ont appel jusqu prsent la reprsentation, ce nest pas, quoi quon en dise, la socit elle-mme, la socit relle avec ses intrts et ses croyances, mais cest ce quelque chose dabstrait et de rvolutionnaire qui sappelle le public, reprsentant des opinions et rien de plus. Aussi ces institutions ont bien pu fomenter sachant lopposition, mais nulle part jusqu prsent elles nont <.> fond un gouvernement
Le monde rel, toutefois, le monde de la ralit historique, mme sous le mirage nen est pas moins rest ce quil est et nen a pas moins poursuivi son chemin tout ct de ce monde de lopinion publique qui, grce lacquiescement gnral, avait aussi acquis une sorte de ralit.

<3>

Aprs que le parti rvolutionnaire nous a donn le spectacle de son impuissance, vient maintenant le tour des gouvernements qui ne tarderont pas prouver que sils sont encore assez forts pour sopposer une destruction complte, ils ne le sont plus assez pour rien rdifier. Ils sont comme ces malades qui russissent triompher de la maladie, mais aprs que la maladie a profondment altr leur constitution, et dont la vie dsormais nest plus quune lente agonie. Lanne 1848 a t un tremblement de terre qui na pas renvers de fond en comble tous les difices quelle a branls, mais ceux mme qui sont rests debout ont tellement t lzards par la secousse, que leur chute dfinitive est toujours imminente.
En Allemagne la guerre civile est le fond mme de sa situation politique. Cest plus que jamais lAllemagne de la guerre de Trente ans, le Nord contre le Midi, les souverainets locales contre le Pouvoir unitaire, mais tout cela dmesurment accru et renforc par laction du principe rvolutionnaire. En Italie ce nest pas seulement comme autrefois la rivalit de lAllemagne et de la France ou la haine de lItalie contre le Barbare ultramontain. Il y a de plus encore la guerre mort dclare par la Rvolution arme du sentiment de la nationalit italienne contre le catholicisme compromis la suite de la papaut romaine. Quant la France qui ne peut plus vivre sans renier chaque pas ce qui, depuis 60 ans, est devenu son principe de vie, la Rvolution, cest un pays, logiquement et fatalement condamn limpuissance. Cest une socit condamne par linstinct de sa conservation ne se servir dun de ses bras que pour enchaner lautre.
Telle est selon nous la situation actuelle de lOccident. La Rvolution, consquence logique et rsum dfinitif de la civilisation moderne, de la civilisation que le rationalisme anti-chrtien a conquise sur lEglise romaine, la Rvolution, convaincue par le fait dune impuissance absolue comme organisation, mais dune puissance presque aussi grande comme dissolvant, dautre part, ce qui restait lEurope des lments de lancienne socit, assez vivants encore, pour refouler, au besoin, sur un point donn laction matrielle de la Rvolution, mais tellement eux aussi, pntrs, saturs et altrs par le principe rvolutionnaire, quils en sont devenus comme impuissants produire quelque chose, qui ft gnralement accept par la socit europenne, comme une autorit lgitime, tel est le dilemme, qui se pose en ce moment dans toute son immense gravit. La part dincertitude que lavenir se rserve ne porte que sur un seul point: cest de savoir combien de temps il faudra une situation semblable, pour produire toutes ces consquences. Quant la nature de ces consquences, on ne saurait les pressentir quen sortant compltement du point de vue occidental et en se rsignant comprendre cette vrit vulgaire: cest que lOccident europen nest que la moiti dun grand tout organique et que les difficults en apparence insolubles qui la travaillent ne trouveront leur solution que dans lautre moiti

< Ļ>
< >

<1>
<2>
LA RUSSIE ET LOCCIDENT
I. Situation gnrale
I. La Situation en 1849
II. Question Romaine
II. La Question Romaine
III. LItalie
III. LItalie
IV. LUnit Allemande
IV. LUnit Allemande
V. LAutriche
V. LAutriche
VI. La Russie
VI. La Russie
VII. La Russie et Napolon
VII. La Russie et Napolon
VIII. LAvenir
VIII. La Russie et la Rvolution
IX. LAvenir

< III>
<1>
LITALIE

Que veut lItalie? Le vrai, le factice.
Le vrai: lindpendance, la souverainet municipale avec un lien fdral lexpulsion de ltranger, de lAllemand.
Le faux: lutopie classique: lItalie unitaire. Rome la tte. Restauration romaine.
Do vient cette utopie? Son origine son rle dans le pass et jusqu nos jours.
Deux Italies. Celle du peuple, des masses, de la ralit. LItalie des lettrs, savants, rvolutionnaires, depuis Petrarca jusqu Mazzini.
Rle tout particulier de cette tendance des lettrs en Italie. Sa signification: cest une tradition de lancienne Rome, de la Rome payenne. Pourquoi ce simulacre a plus de ralit en Italie quailleurs.
LItalie romaine tait une Italie conquise. Voil pourquoi lunit de lItalie, telle que ces m<e>ss<ieu>rs lentendent, est un fait romain et nullement italien.
LItalie, alors, tait la chose de Rome, parce que Rome avait lEmpire .
Ce que cest que lEmpire . Cest une dlgation, les droits quelle confre.
On les perd, ces droits, quand la dlgation est rvoque on les perd avec lEmpire. Cest ce qui est arriv avec Rome. Mais le sige de lEmpire ntant plus en Italie, il ny a plus lieu cette unit factice. Elle recouvre de plein droit son indpendance et ses autonomies locales.
Retrait de lEmpire Rome et son transfert lOrient. Cest la donne chrtienne que la donne payenne cherche nier.
Et voil pourquoi elle mconnat la vritable situation de lItalie.
Une Italie rendue la libert de ses mouvements, mais dpouille de lEmpire, une Italie, dpouille de lEmpire, mais ne pouvant se passer de lautorit impriale.
Lautorit impriale: cest le lien du faisceau.
Pourquoi cette autorit na jamais tenu toute la place qui lui revient la Papaut la paralyse.
Lutte de la Papaut et de lEmpire ses consquences pour lItalie.
Papaut romaine et Empire germanique. Tous deux usurpateurs vis--vis <de> lOrient dabord complices , puis ennemis . LItalie la proie quils se disputent. De l tous ses malheurs.
Coup dil rapide sur cette lamentable histoire.
Tous les deux appellent en Italie ltranger qui sy tablit demeure. La Papaut, bien que diminue, garde touj <ours> Rome, centre du monde. LEmpire, en croulant, lgue lItalie la domination autrichienne. La dernire lutte: lAutriche plus trangre que jamais. LItalie plus dchire que jamais. La Papaut se rapprochant de lAutriche. La cause de lIndpendance sidentifiant de plus en plus la cause rvolutionnaire. Immense gravit de la situation.
Une intervention franaise, au profit de la Rvolution, ne pouvant que laggraver. Dchirement. Lutte intrieure de tous les lments entreux. Situation sans issue.
Seule issue possible.
LEmpire rtabli. La Papaut scularise

<2>
LITALIE

II y a deux choses galement et gnralement dtestes en Italie: les tedeschi et les preti .
Maintenant, quelle est la puissance qui serait en mesure de dlivrer lItalie des uns et des autres, sans donner gain de cause la Rvolution et sans ruiner lEglise. Cette puissance, si elle existe, est la protectrice ne de lItalie.

<3>

Le Pape vis--vis de la Rforme.
La question romaine dans les temps actuels est insoluble. Elle ne pourrait tre rsolue que par un retour de lEglise romaine vers lOrthodoxie.
Il ny a quun pouvoir temporel, appuy sur lEglise universelle qui serait en mesure de rformer la Papaut, sans ruiner lEglise.
Ce pouvoir na jamais exist, ni put exister dans lOccident. Voil pourquoi tous les pouvoirs temporels de lOccident, depuis les Hohenstauffen jusqu Napolon, dans leurs dmls avec les Papes ont fini par accepter, pour auxiliaire, le principe anti-chrtien tout comme les soi-disant rformateurs, et p<ar> le mme motif.

< IV>
<1>
LUNIT ALLEMANDE

Quest-ce que le parlement de Francfort? Lexplosion de lAllemagne idologue. LAllemagne idologue son histoire.
Lide unitaire est son uvre propre. Elle ne vient pas des masses, de lhistoire. Ce qui le prouve, cest lutopie, le manque du sens de la ralit, qui ne manque jamais aux masses, mais presque touj <ours> aux lettrs.
Lunit allemande = prdominance europenne, mais o en sont les conditions?
Qutait lancien Empire germanique aux temps de sa puissance? Ctait un Empire, dont lme tait romaine et le corps slave (conquis sur les Slaves). Ce quil y avait dAllemand p<our ainsi> d<ire> ne contient pas ltoffe ncessaire pour un Empire.
Entre la France qui pse sur le Rhin et lEurope Orientale, gravitant vers la Russie, il y a place pour de lindpendance, mais non pour de la suprmatie.
Or, une pareille condition politique, honnte, mais non prpondrante, appelle la fdration et se refuse lunit.
Car lunit, le systme unitaire suppose une Mission, et lAllemagne nen a plus
Mais mme, dans les troites limites, lunit organique est-elle possible pour lAllemagne?
Le dualisme inhrent lAllemagne.
LEmpire avait t la formule, destine le conjurer. Cette formule sest trouve insuffisante. LEmpire, ralis demi; le dualisme persistant travers lEmpire.
LEmpire, ce qui en tait lme, bris par la Rforme, et, par contre, le dualisme consacr par elle.
La guerre de 30 ans la organis. Le dualisme devenu ltat normal de lAllemagne. Autriche, Prusse.
Cela a dur ainsi jusqu nos jours. La Russie, le vritable Empire, en les ralliant elle a endormi lantagonisme, mais ne la pas supprim.
La Russie carte, la guerre recommence.
Lunit impossible par principe, parce que avec lAutriche point dunit. Sans lAutriche pas dAllemagne. LAllemagne ne peut pas devenir Prusse, parce que la Prusse ne peut pas devenir Empire.
Empire suppose lgitimit. La Prusse est illgitime.
LEmpire est ailleurs.
Provisoirement il y aura deux Allemagnes. Cest leur tat de nature lunit leur viendra du dehors.

<2>
UNIT DALLEMAGNE

Toute la question de lunit dAllemagne se rduit maintenant savoir si lAllemagne voudra se rsigner devenir Prusse.
Il faudrait, bien entendu, que lAllemagne le voult volontairement . Car la Prusse est hors dtat de ly forcer. Pour ly forcer, il ny a que deux moyens. La Rvolution moyen impossible pour un gouv<ernemen>t rgulier; la conqute impossible cause des voisins.
Dautre part, le roi de Prusse, par la nature mme de son origine, ne peut jamais tre empereur dAllemagne. Pourquoi cela? Par la mme raison qui fait que Luther naurait jamais pu devenir Pape.
La Prusse ntant autre chose que la ngation de lEmpire dAllemagne.
Une ngation russie
Le principe dunit pour lAllemagne nest plus en Allemagne

< V>
<1>
LAUTRICHE

Quelle tait la signification de lAutriche dans le pass? Elle exprimait le fait de la prdominance dune race sur une autre, de la race allemande sur la race slave.
Comment ce fait a-t-il t possible? quelle condition?.. lexplication historique de la chose (seulement dynastique).
Ce fait de la prdominance allemande sur les Slaves infirm par la Russie.
Aboli par les derniers vnements.
Quest-ce que lAutriche est maintenant et que prtend -elle tre?
LAutriche, devenue constitutionnelle, a proclam la Gleichberechtigung , lgalit du droit pour les diffrentes nationalits. Quelle en est la signification?
Est-ce un systme de neutralit gnrale? une pure ngation?
Mais lexistence dun grand Empire, base sur une ngation, est-elle possible?
La loi constitutionnelle est la loi de la majorit. Or, la majorit en Autriche tant slave, lAutriche devrait devenir slave. Cela est-il probable? ou mme possible?
LAutriche peut-elle cesser dtre allemande sans cesser dtre?
Rapports entre ces deux races politiques et psychologiques (v<oir> Fallmereyer).
Loppression allemande nest pas seulement une oppression politique, elle est cent fois pire. Car elle dcoule de cette ide de lAllemand que sa prdominance sur le Slave est de droit naturel. De l un malentendu insoluble et une haine ternelle.
P<ar> c<onsquent> limpossibilit dune sincre galit de droit. Mais lAllemand plie devant le fait accompli comme en Russie. Ainsi la Gleichberechtigung , proclame par lAutriche, nest quun leurre.
Elle est allemande et restera allemande.
Quen rsultera-t-il? Une guerre civile permanente des diverses nationalits non-allemandes contre les Allemands de Vienne, aussi bien que de ces nationalits entrelles, au moyen de la lgalit constitutionnelle.
Et cest ainsi que la domination autrichienne au lieu dtre une garantie dordre ne sera quun ferment de Rvolution.
Populations slaves obliges de se faire rvolutionnaires pour maintenir leur nationalit contre un pouvoir allemand.
La Hongrie qui, dans un Empire slave, aurait tout naturellement accept la place subordonne, que sa position lui fait. Acceptera-t-elle, vis--vis de lAutriche, la condition que celle-ci prtend lui faire?..
Graves inconvnients, dangers et finalement impossibilit rsultant de tout ceci pour la Russie.
Aprs cela lAutriche est-elle possible? et pourquoi existerait-elle?
Une dernire rflexion .
LAutriche aux yeux de lOccident na dautre valeur que
dtre une conception antirusse, et cependant elle ne saurait exister sans laide de la Russie.
Est-ce l une combinaison viable?..
La question pour les Slaves de lAutriche se rduit ceci: ou rester Slaves en devenant Russes, ou devenir Allemands en restant Autrichiens.

<2>

LAutriche na plus de raison dtre. On a dit: si lAutriche nexistait pas, il faudrait linventer et pourquoi?
Pour sen faire une arme contre la Russie, et lvnement vient de prouver que lassistance, lamiti, la protection de la Russie est une condition de vie pour lAutriche.

< VI>
LA RUSSIE

Les Occidentaux jugeant la Russie, cest un peu comme les Chinois jugeant lEurope ou plutt les Grecs (Greculi) jugeant Rome . Ceci parat tre une loi de lhistoire: jamais une socit, une civilisation na compris celle qui devait lui succder.
Ce qui les induit en erreur encore davantage, cest la colonie occidentale des Russes civiliss, qui leur renvoie leur propre voix. La moquerie de lcho .
LOccident, ne voyant jusqu prsent dans la Russie quun fait matriel, une force matrielle.
Pour lui la Russie est un effet sans cause.
C<est >--d<ire> quidalistes , ils mconnaissent lide .
Savants et philosophes, ils ont supprim, dans leurs aperus historiques, toute une moiti du monde europen.
Et cependant, en prsence de cette force purement matrielle, do leur vient ce quelque chose entre le respect et la crainte, le sentiment de lawe , quon na que pour lautorit?..
Ici encore linstinct plus intelligent que la science. Quest-ce donc la Russie? Que reprsente-t-elle? Deux choses: la race slave, lEmpire Orthodoxe .
1) La race.
Le panslavisme, tomb dans le domaine de la phrasologie rvolutionnaire. Abus quon a fait de la nationalit. Costume de masque pour la Rvolution. Les panslaves littraires sont des idologues allemands tout comme les autres.
Le panslavisme rel est dans les masses. Il se rvle au contact du soldat russe et du premier paysan slave venu, slovaque, serbe, bulgare etc., mme magyar. Ils sont tous solidaires vis--vis du . Le panslavisme est encore ceci:
Pas de nationalit politique possible pour les Slaves en dehors de la Russie.
Ici vient se placer la question polonaise (voir larticle de St. Priest. Rev <ue> des D<eux> M<ondes> 1-er ).
2) LEmpire.
La question de race nest que secondaire ou plutt ce nest pas un principe. Cest un lment. Le principe plastique cest la tradition orthodoxe.
La Russie est orthodoxe plus encore que slave. Cest comme orthodoxe quelle est dpositaire de lEmpire .
Ce que cest que lEmpire ? Doctrine de lEmpire. LEmpire ne meurt pas. Il se transmet. Ralit de cette transmission. Les 4 Empires passs. Le 5-ime dfinitif.
Cette tradition nie par lcole rvolutionnaire au mme titre que la tradition dans lEglise.
Cest lindividualisme niant lhistoire.
Et cependant lide de lEmpire a t lme de toute lhistoire de lOccident.
Charlemagne. Charles V. Louis XIV. Napolon.
La Rvolution la tue, ce qui a commenc la dissolution de lOccident. Mais lEmpire, en Occident, na jamais t quune usurpation.
Cest une dpouille que les Papes ont partage avec les Csars dAllemagne (de l leurs discordes).
LEmpire lgitime est rest attach la succession de Constantin. Montrer et dmontrer la ralit historique de tout ceci.
Ce que ctait que lEmpire dOrient (fausses vues de la
science occidentale sur lEmpire dOrient) transmis la Russie.
Cest comme Empereur dOrient que le est Empereur de Russie.
, , disaient les Petits-Russes et disent tous les orthodoxes dOrient, slaves et autres.
Quant aux Turcs, ils ont occup lOrient orthodoxe pour le mettre couvert des Occidentaux pendant que lEmpire lgitime sorganisait.
LEmpire est un:
lEglise orthodoxe en est lme, la race slave en est le corps. Si la Russie naboutissait pas lEmpire, elle avorterait.
LEmpire dOrient: cest la Russie dfinitive.

< VII>
<1>
LA RUSSIE ET NAPOLON

On a fait de la rhtorique avec Napolon . On en a mconnu la ralit historique, et voil pourquoi on en a manqu la Posie.
Cest un centaure moiti Rvolution, moiti mais il tenait la Rvolution par les entrailles.
Lhistoire de son sacre est le symbole de toute son histoire. Il a, dans sa personne, essay de faire sacrer la Rvolution. Cest ce qui a fait de son rgne une parodie srieuse. La Rvolution avait tu Charlemagne, lui a voulu le refaire. Mais depuis lapparition de la Russie Charlemagne ntait plus possible
De l le conflit invitable entre la Russie et lui. Ses sentiments contradictoires lgard de la Russie, attrait et rpulsion.
II aurait voulu partager lEmpire quil ne laurait pas pu. LEmpire est un principe. Il ne se partage pas.
(Si lhistoire dErfurt est vraie, cest le moment de la plus grande aberration dans les directions de la Russie.)
Chose remarquable: lennemi personnel de Napolon est
lAngleterre. Et cependant cest contre la Russie quil sest <.>. Cest que ctait l son vritable adversaire la lutte entre lui et elle, ctait la lutte entre lEmpire lgitime et la Rvolution couronne.
Lui-mme la manire antique a prophtis sur elle: La fatalit lentrane. Que ses destines saccomplissent .

,

:

:

, , ,



<2>

Napolon, cest la parodie srieuse de Charlemagne Nayant pas le sentiment de son droit, il a toujours jou un rle, et cest ce quelque chose de mondain qui te toute grandeur sa grandeur. Sa tentative de recommencer Charlemagne ntait pas seulement un anachronisme comme pour Louis XIV, pour Charles V, ses devanciers, mais ctait un scandaleux contresens. Car elle se faisait au nom dun Pouvoir, la Rvolution, qui stait donn pour mission essentielle dessuyer jusquaux derniers vestiges de luvre de Charlemagne.

< IX>
<1>

1. Quest-ce que le lieu commun sur la Monarchie universelle? Do vient-il?..
2. Lquilibre politique est, dans lhistoire, le pendant de la division des pouvoirs, dans le droit public. Lun et lautre consquences, du point de vue rvolutionnaire , ngation du point de vue organique.
3. La Monarchie universelle cest lEmpire . Or lEmpire a toujours exist. Seulement il a chang de mains.
4. Les 4 Empires: Assyrie, Perse, Macdoine, Rome. A Constantin commence le 5-ime, lEmpire dfinitif, lEmpire chrtien.
5. On ne peut nier lEmpire chrtien sans nier lEglise chrtienne. Lun et lautre sont corrlatifs. Dans les deux cas cest nier la tradition .
6. LEglise, en consacrant lEmpire, se lest associ p<ar> cons<quen>t la rendu dfinitif.
De l vient que tout ce qui nie le Christianisme est souvent trs puissant comme destruction , mais toujours nul comme organisation parce que cest une rvolte contre lEmpire.
7. Mais cet Empire qui, en principe, est indfectible a pu, en ralit, avoir ses dfaillances, ses intermittences, ses clipses.
8. Quest-ce que lhistoire de lOccident commenant Charlemagne et qui sachve sous nos yeux?
Cest lhistoire de lEmpire usurp .
9. Le Pape, en rvolte contre lEglise universelle, a usurp les droits de lEmpire quil a partag, comme une dpouille, avec le soi-disant Empereur dOccident.
10. De l ce qui arrive ordinairement entre complices. La longue lutte entre la Papaut de Rome, schismatique , et lEmpire dOccident, usurp , aboutissant, pour lune, la Rformation, cest--d<ire> la ngation de lEglise, et pour lautre la Rvolution, cest--d<ire> la ngation de lEmpire.

<2>

Nous touchons la Monarchie universelle, cest--d<ire> au rtablissement de lEmpire lgitime.
La Rvolution de 1789 ctait la dissolution de lOccident. Elle a dtruit lautonomie de lOccident.
La Rvolution a tu, en Occident, le Pouvoir intrieur, indigne, et la, par cons<> qu<ent> assujetti un Pouvoir tranger, extrieur. Car nulle socit ne saurait vivre sans Pouvoir. Et voil pourquoi toute socit, qui ne peut le tirer de
ses propres entrailles, est condamne, par linstinct de sa conservation, laller emprunter du dehors.
Napolon a marqu la dernire tentative dsespre de lOccident de se crer un Pouvoir indigne, elle a chou ncessairement. Car on ne saurait tirer le Pouvoir du Principe Rvolutionnaire. Or, Napolon ntait pas et ne pouvait tre autre chose.
Ainsi, depuis 1815, lEmpire de lOccident nest plus dans lOccident. LEmpire sest tout entier retir et concentr l o de tout temps a t la tradition lgitime de lEmpire. Lanne 1848 en a commenc linauguration dfinitive Il faut toutefois quelle saide de deux grands faits qui sont en voie de saccomplir.
Dans lordre temporel lorganisation de lEmpire Grco-Slave. Dans lordre spirituel la runion des deux Eglises.
Le premier de ces faits a dcidment commenc le jour o lAutriche, pour sauver un simulacre dexistence, a eu recours lassistance de la Russie. Car une Autriche, sauve par la Russie, est de toute ncessit une Autriche absorbe par la Russie (un peu plus tt , <un peu> plus tard).
Or labsorption de lAutriche nest pas seulement le complment ncessaire de la Russie comme Empire slave, cest encore la soumission celle-ci de lAllemagne et de lItalie, les deux pays dEmpire .
Lautre fait, prlude de la runion des Eglises, cest le Pape de Rome dpouill de son pouvoir temporel.

*

13 septembre 1849
Au point o nous sommes parvenus, on peut sans trop de prsomption entrevoir dans lavenir deux grands faits providentiels qui doivent dans un temps donn venir clore pour lOccident linterrgne rvolutionnaire des 3 derniers sicles et inaugurer pour lEurope une re nouvelle.
Ces deux faits sont ceux-ci:
1) la Constitution dfinitive du grand Empire Orthodoxe, de lEmpire lgitime dOrient en un mot de la Russie venir: accomplie par labsorption de lAutriche et la reprise de Constantinople.
2) la Runion des deux Eglises dOrient et dOccident.
Ces deux faits, vrai dire, nen forment quun seul qui peut se rsumer ainsi:
Un Empereur orthodoxe Constantinople, Matre et Protecteur de lItalie et de Rome.
Un Pape orthodoxe Rome, sujet de lEmpereur.

Lettre sur la censure en Russie*

Je profite de lautorisation que vous avez bien voulu me donner, pour vous soumettre quelques rflexions, qui se rattachent lobjet de notre dernier entretien. Je nai assurment pas besoin de vous exprimer encore une fois ma sympathique adhsion lide que vous avez eu la bont de me communiquer et, dans le cas o on tenterait de la raliser, de vous assurer de ma srieuse bonne volont de la servir de tous mes moyens. Mais cest prcisment pour tre mieux mme de le faire que je crois devoir, avant toute chose, mexpliquer franchement vis--vis de vous sur ma manire denvisager la question. Il ne sagit pas ici, bien entendu, de faire une profession de foi politique. Ce serait une purilit: de nos jours, en fait dopinions politiques, tous les gens raisonnables sont peu prs du mme avis; on ne diffre les uns des autres que par le plus ou le moins dintelligence que lon apporte bien reconnatre ce qui est et bien apprcier ce qui devrait tre. Cest sur le plus ou le moins de vrit qui se trouve dans ces apprciations quil sagirait avant tout de sentendre. Car sil est vrai (comme vous lavez dit, mon prince) quun esprit pratique ne saurait vouloir dans une situation donne que ce qui est ralisable en gard aux personnes, il est tout aussi vrai quil serait peu digne dun esprit rellement pratique de vouloir une chose quelconque en dehors des conditions naturelles de son existence. Mais, venons au fait. Sil est une vrit, parmi beaucoup dautres, qui soit sortie, entoure dune grande vidence, de la svre exprience des dernires annes, cest assurment celle-ci: il nous a t rudement prouv quon ne saurait imposer aux intelligences une contrainte, une compression trop absolue, trop prolonge, sans quil en rsulte des dommages graves pour lorganisme social tout entier. Il parat que tout affaiblissement, toute diminution notable de la vie intellectuelle dans une socit tourne ncessairement au profit des apptits matriels et des instincts sordidement gostes. Le Pouvoir lui-mme nchappe pas la longue aux inconvnients dun pareil rgime. Un dsert, un vide intellectuel immense se fait autour de la sphre o il rside, et la pense dirigeante, ne trouvant en dehors delle-mme ni contrle, ni indication, ni un point dappui quelconque, finit par se troubler et par saffaisser sous son propre poids, avant mme que de succomber sous la fatalit des vnements. Heureusement, cette rude leon na pas t perdue. Le sens droit et la nature bienveillante de lEmpereur rgnant ont compris quil y avait lieu se relcher de la rigueur excessive du systme prcdent et rendre aux intelligences lair qui leur manquait
Eh bien (je le dis avec une entire conviction), pour qui a suivi depuis lors dans son ensemble le travail des esprits, tel quil sest produit dans le mouvement littraire du pays, il est impossible de ne pas se fliciter des heureux effets de ce changement de systme. Je ne me dissimule pas plus quun autre les cts faibles et parfois mme les carts de la littrature du jour; mais il y a un mrite quon ne saurait lui refuser sans injustice, et ce mrite-l est bien rel: cest que du jour o la libert de la parole lui a t rendue dans une certaine mesure, elle cest constamment applique exprimer de son mieux et le plus fidlement possible la pense mme du pays. A un sentiment trs vif de la ralit contemporaine et un talent souvent fort remarquable de la reproduire, elle a joint une sollicitude non moins vive pour tous les besoins rels, pour tous les intrts, pour toutes les plaies de la socit russe. Comme le pays lui-mme, en fait damliorations accomplir, elle ne sest proccupe que de celles qui taient possibles, pratiques et clairement indiques, sans se laisser envahir par lutopie, cette maladie si minemment littraire. Si dans la guerre quelle a faite aux abus elle sest laisse parfois entraner dvidentes exagrations, on peut dire, en son honneur, que dans son zle
les combattre elle na jamais spar dans sa pense les intrts de lAutorit Suprme davec ceux du pays: tant elle tait pntre de cette srieuse et loyale conviction, que faire la guerre aux abus, ctait la faire aux ennemis personnels de lEmpereur Souvent, de nos jours, pareils dehors de zle ont, je le sais bien, recouvert de trs mauvais sentiments et servi dissimuler des tendances qui ntaient rien moins que loyales; mais, grce lexprience que les hommes de notre ge doivent avoir ncessairement acquise, rien de plus facile que de reconnatre, la premire vue, ces ruses du mtier, et le faux dans ce genre ne trompe plus personne.
On peut affirmer qu lheure quil est, en Russie il y a deux sentiments dominants et qui se retrouvent presque toujours troitement associs lun lautre: cest lirritation et le dgot que soulve la persistance des abus, et une religieuse confiance dans les intentions pures, droites et bienveillantes du Souverain.
On est gnralement convaincu que personne plus que Lui ne souffre de ces plaies de la Russie et nen dsire plus nergiquement la gurison; mais nulle part peut-tre cette conviction nest aussi vive et aussi entire que prcisment dans la classe des hommes de lettres, et cest remplir le devoir dun homme dhonneur, que de saisir toutes les occasions pour proclamer bien haut quil ny a pas peut-tre en ce moment de classe de la socit qui soit plus pieusement dvoue que celle-ci la Personne de lEmpereur.
Ces apprciations (je ne le cache pas) pourraient bien rencontrer plus dun incrdule dans quelques rgions de notre monde officiel. Cest que de tout temps il y a eu dans ce monde-l comme un parti pris de dfiance et de mauvaise humeur, et cela sexplique fort bien par la spcialit du point de vue. Il y a des hommes qui ne connaissent de la littrature que ce que la police des grandes villes connat du peuple quelle surveille, cest--dire des incongruits et les dsordres auxquels le bon peuple se laisse parfois entraner.
Non, quoi quon en dise, le gouvernement jusqu prsent na pas eu lieu de se repentir davoir mitig en faveur de la presse les rigueurs du rgime qui pesait sur elle. Mais dans cette question de la presse, tait-ce l tout ce quil y avait faire, et en prsence de ce travail des esprits plus libre et mesure que le mouvement littraire ira grandissant, lutilit et la ncessit dune direction suprieure ne se fera-t-elle pas sentir tous les jours davantage? La censure elle seule, de quelque manire quelle sexerce, est loin de suffire aux exigences de cette situation nouvelle. La censure est une borne et nest pas une direction. Or, chez nous, en littrature comme en toute chose, il sagit bien moins de rprimer que de diriger. La direction, une direction forte, intelligente, sre delle-mme, voil le cri du pays, voil le mot dordre de notre situation tout entire.
On se plaint souvent de lesprit dindocilit et dinsubordination qui caractrise les hommes de la gnration nouvelle. Il y a beaucoup de malentendu dans cette accusation. Ce qui est certain cest qu aucune autre poque il ny a eu autant dintelligences actives ltat de disponibilit et rongeant comme un frein linertie qui leur est impose. Mais ces mmes intelligences, parmi lesquelles se recrutent les ennemis du Pouvoir, bien souvent ne demandent pas mieux que de le suivre, du moment quil veut bien se prter les associer son action et marcher rsolument leur tte. Cest cette vrit dexprience, enfin reconnue, qui, depuis les dernires crises rvolutionnaires en Europe, a beaucoup contribu dans les diffrents pays modifier sensiblement les rapports du Pouvoir avec la presse. Et ici, mon prince, je me permettrai de rappeler, lappui de ma thse, le tmoignage de vos propres souvenirs.
Vous, qui avez connu comme moi lAllemagne davant 1848, vous devez vous rappeler quelle tait lattitude de la presse dalors vis--vis des gouvernements allemands, quelle aigreur, quelle hostilit caractrisait ses rapports avec eux, que de tracas et de soucis elle leur suscitait.
Eh bien, comment se fait-il que maintenant ces dispositions haineuses aient en grande partie disparu et aient fait place des dispositions essentiellement diffrentes?
Cest quaujourdhui ces mmes gouvernements, qui considraient la presse comme un mal ncessaire quils taient obligs de subir tout en le dtestant, ont pris ce parti de chercher en elle une force auxiliaire et de sen servir comme dun instrument appropri leur usage. Je ne cite cet exemple que pour prouver que dans des pays dj fortement entams par la rvolution, une direction intelligente et nergique trouve toujours des esprits disposs laccepter et la suivre. Car, dailleurs, autant que qui que ce soit je hais, quand il sagit de nos intrts, toutes ces prtendues analogies que lon va chercher ltranger: presque toujours comprises demi, elles nous ont fait trop de mal pour que je sois dispos invoquer leur autorit.
Chez nous, grce au Ciel, ce ne sont pas absolument les mmes instincts, les mmes exigences quil sagirait de satisfaire; ce sont dautres convictions, des convictions moins entames et plus dsintresses qui rpondraient lappel du Pouvoir.
En effet, malgr les infirmits qui nous affligent et les vices qui nous dforment, il y a encore chez nous dans les mes (on ne saurait assez le redire) des trsors de bonne volont intelligente et dactivit desprit dvoue qui nattendent, pour se livrer, que des mains sympathiques, qui sachent les reconnatre et les recueillir. En un mot, sil est vrai, comme on la si souvent dit, que lEtat a charge dmes aussi bien que lEglise, nulle part cette vrit nest plus vidente quen Russie, et nulle part aussi (il faut bien le reconnatre) cette mission de lEtat na t plus facile exercer et accomplir. Cest donc avec une satisfaction, une adhsion unanimes, que lon verrait chez nous le Pouvoir, dans ses rapports avec la presse, assumer sur lui la direction de lesprit public, srieusement et loyalement comprise, et revendiquer comme son droit le gouvernement des intelligences.
Mais, mon prince, comme ce nest pas un article semi-officiel que jcris en ce moment, et que, dans une lettre toute de confiance et de sincrit, rien ne serait plus ridiculement dplac que les circonlocutions et les rticences, je tcherai dexpliquer de mon mieux quelles seraient mon avis les conditions auxquelles le Pouvoir pourrait prtendre exercer une pareille action sur les esprits.
Dabord, il faut prendre le pays tel quil est dans le moment donn, livr de trs pnibles, de trs lgitimes proccupations desprit, entre un pass rempli denseignements (il est vrai), mais aussi de bien dcourageantes expriences, et un avenir tout rempli de problmes.
Il faudrait ensuite, par rapport ce pays, se dcider reconnatre ce que les parents, qui voient leurs enfants grandir sous leurs yeux, ont tant de peine savouer, cest quil vient un ge o la pense aussi est adulte et veut tre traite comme telle. Or, pour conqurir, sur des intelligences arrives lge de raison, cet ascendant moral, sans lequel on ne saurait prtendre les diriger, il faudrait avant tout leur donner la certitude que sur toutes les grandes questions, qui proccupent et passionnent le pays en ce moment, il y a dans les hautes rgions du Pouvoir, sinon des solutions toutes prtes, au moins des convictions fortement arrtes et un corps de doctrine li dans toutes ses parties et consquent lui-mme.
Non, certes, il ne sagit pas dautoriser le public intervenir dans les dlibrations du conseil de lEmpire, ou darrter de compte demie avec la presse le programme des mesures du gouvernement. Mais ce qui serait bien essentiel, cest que le Pouvoir ft lui-mme assez convaincu de ses propres ides, assez pntr de ses propres convictions pour quil prouvt le besoin den rpandre linfluence au dehors, et de la faire pntrer, comme un lment de rgnration, comme une vie nouvelle, dans lintimit de la conscience nationale. Ce qui serait essentiel en prsence des crasantes difficults qui psent sur nous, cest quil comprt que sans cette communication intime avec lme mme du pays, sans le rveil plein et entier de toutes ces nergies morales et intellectuelles, sans leur concours spontan et unanime luvre commune, le gouvernement, rduit ses propres forces, ne peut rien, pas plus au dehors quau dedans, pas plus pour son salut que pour le ntre.
En un mot, il faudrait que tous, public et gouvernement, nous ne cessassions de nous dire et de nous rpter que les destines de la Russie sont comme un vaisseau chou, que tous les efforts de lquipage ne russiront jamais dgager et que seule la mare montante de la vie nationale parviendra soulever et mettre flot.
Voil, selon moi, au nom de quel principe et de quel sentiment le Pouvoir pourrait en ce moment avoir prise sur les mes et sur les intelligences, quil pourrait pour ainsi dire les mettre dans sa main et les emporter o bon lui semblerait. Cette bannire-l, elles la suivraient partout.
Inutile de dire que je ne prtends nullement pour cela riger le gouvernement en prdicateur, le faire monter en chaire et lui faire dbiter des sermons devant une assistance silencieuse. Cest son esprit et non sa parole quil devrait mettre dans la propagande loyale qui se ferait sous ses auspices.
Et mme, comme la premire condition de succs, ds quon veut persuader les gens, cest de se faire couter deux, il est bien entendu que cette propagande de salut, pour se faire accueillir, bien loin de limiter la libert de discussion, la suppose au contraire aussi franche et aussi srieuse que les circonstances du pays peuvent la permettre.
Car est-il ncessaire dinsister pour la millime fois sur un fait dune vidence aussi flagrante que celui-ci: cest que de nos jours, partout o la libert de discussion nexiste pas dans une mesure suffisante, l rien nest possible, mais absolument rien, moralement et intellectuellement parlant. Je sais combien dans ces matires il est difficile (pour ne pas dire impossible) de donner sa pense le degr de prcision ncessaire. Comment dfinir par exemple ce que lon entend par une mesure suffisante de libert en matire de discussion? Cette mesure, essentiellement flottante et arbitraire, nest bien souvent dtermine que par ce quil y a de plus intime et de plus individuel dans nos convictions, et il faudrait pour ainsi dire connatre lhomme pour savoir au juste le sens quil attache aux mots en parlant sur ces questions. Pour ma part, jai depuis plus de trente ans suivi, comme tant dautres, cette insoluble question de la presse dans toutes les vicissitudes de sa destine, et vous me rendrez la justice de croire, mon prince, quaprs un aussi long temps dtudes et dobservations cette question ne saurait tre pour moi que lobjet de la plus impartiale et de la plus froide apprciation. Je nai donc ni parti pris, ni prventions sur rien de ce qui y a rapport; je nai pas mme danimosit exagre contre la censure, bien que dans ces dernires annes elle ait pes sur la Russie comme une vritable calamit publique. Tout en admettant son opportunit et son utilit relative, mon principal grief contre elle, cest quelle est selon moi profondment insuffisante dans le moment actuel dans le sens de nos vrais besoins et de nos vrais intrts. Au reste la question nest pas l, elle nest pas dans la lettre morte des rglements et des instructions qui nont de valeur que par lesprit qui les anime. La question est tout entire dans la manire dont le gouvernement lui-mme dans son for intrieur considre ses rapports avec la presse; elle est, pour tout dire, dans la part plus ou moins grande de lgitimit quil reconnat au droit de la pense individuelle.
Et maintenant, pour sortir une bonne fois des gnralits et pour serrer de plus prs la situation du moment, permettez-moi, mon prince, de vous dire, avec toute la franchise dune lettre entirement confidentielle, que tant que le gouvernement chez nous naura pas, dans les habitudes de sa pense, essentiellement modifi sa manire denvisager les rapports de la presse vis--vis de lui, tant quil naura pas, pour ainsi dire, coup court tout cela, rien de srieux, rien de rellement efficace ne saurait tre tent avec quelque chance de succs; et lespoir dacqurir de lascendant sur les esprits, au moyen dune presse ainsi administre, ne serait jamais quune illusion.
Et cependant il faudrait avoir le courage denvisager la question telle quelle est, telle que les circonstances lont faite. Il est impossible que le gouvernement ne se proccupe trs srieusement dun fait qui sest produit depuis quelques annes et qui tend prendre des dveloppements dont personne ne saurait ds prsent prvoir la porte et les consquences. Vous comprenez, mon prince, que je veux parler de ltablissement des presses russes ltranger, hors de tout contrle de notre gouvernement. Le fait assurment est grave, et trs grave, et mrite la plus srieuse attention. Il serait inutile de chercher dissimuler les progrs dj raliss par cette propagande littraire. Nous savons qu lheure quil est la Russie est inonde de ces publications, quelles sont avidement recherches, quelles passent de main en main, avec une grande facilit de circulation, et quelles ont dj pntr, sinon dans les masses qui ne lisent pas, au moins dans les couches trs infrieures de la socit. Dautre part, il faut bien savouer qu moins davoir recours des mesures positivement vexatoires et tyranniques, il sera bien difficile dentraver efficacement, soit limportation et le dbit de ces imprims, soit lenvoi ltranger des manuscrits destins les alimenter. Eh bien, ayons le courage de reconnatre la vraie porte, la vraie signification de ce fait; cest tout bonnement la suppression de la censure, mais la suppression de la censure au profit dune influence mauvaise et ennemie; et pour tre plus en mesure de la combattre, tchons de nous rendre compte de ce qui fait sa force et de ce qui lui vaut ses succs.
Jusqu prsent, en fait de presse russe ltranger, il ne peut, comme de raison, tre question que du journal de Herzen. Quelle est donc la signification de Herzen pour la Russie? Qui le lit? Sont-ce par hasard ses utopies socialistes et ses menes rvolutionnaires qui le recommandent son attention? Mais parmi les hommes de quelque valeur intellectuelle qui le lisent, croit-on quil y en ait 2 sur 100 qui prennent au srieux ses doctrines et ne les considrent comme une monomanie plus ou moins involontaire, dont il sest laiss envahir? Il ma mme t assur, ces jours-ci, que des hommes qui sintressent son succs lavaient trs srieusement exhort rejeter loin de lui toute cette dfroque rvolutionnaire, pour ne pas affaiblir linfluence quils voudraient voir acquise son journal. Cela ne prouve-t-il pas que le journal de Herzen reprsente pour la Russie toute autre chose que les doctrines professes par lditeur? Or, comment se dissimuler que ce qui fait sa force et lui vaut son influence, cest quil reprsente pour nous la discussion libre dans des conditions mauvaises (il est vrai), dans des conditions de haine et de partialit, mais assez libres nanmoins (pourquoi le nier?), pour admettre au concours dautres opinions, plus rflchies, plus modres et quelques unes mme dcidment raisonnables. Et maintenant que nous nous sommes assur o gt le secret de sa force et de son influence, nous ne serons pas en peine, de quelle nature sont les armes que nous devons employer pour le combattre. Il est vident que le journal qui accepterait une pareille mission ne pourrait rencontrer des chances de succs que dans des conditions dexistence quelque peu analogues celles de son adversaire. Cest vous, mon prince, de dcider, dans votre bienveillante sagesse, si dans la situation donne, et que vous connaissez mieux que moi, de pareilles conditions sont ralisables, et jusqu quel point elles le sont. Assurment ni les talents, ni le zle, ni les convictions sincres ne manqueraient cette publication; mais en accourant lappel qui leur serait adress ils voudraient, avant toute chose, avoir la certitude quils sassocient, non pas une uvre de police, mais une uvre de conscience; et cest pourquoi ils se croiraient en droit de rclamer toute la mesure de libert que suppose et ncessite une discussion vraiment srieuse et efficace.
Voyez, mon prince, si les influences qui auraient prsid ltablissement de ce journal et qui protgeraient son existence, sentendraient lui assurer la mesure de libert dont il aurait besoin, si peut-tre elles ne se persuaderaient pas que, par une sorte de reconnaissance pour le patronage qui lui serait accord et par une sorte de dfrence pour sa position privilgie, le journal quils considreraient en partie comme le leur ne serait pas tenu plus de rserve encore et plus de discrtion que tous les autres journaux du pays.
Mais cette lettre est trop longue, et jai hte de la finir. Permettez-moi seulement, mon prince, dy ajouter en terminant ce peu de mots qui rsument ma pense tout entire. Le projet que vous avez eu la bont de me communiquer me paratrait dune ralisation, sinon facile, du moins possible, si toutes les opinions, toutes les convictions honntes et claires avaient le droit de se constituer librement et ouvertement en une milice intelligente et dvoue des inspirations personnelles de lEmpereur.
Recevez, etc.
Novembre, 1857


,

*

19 . 78 Allg. Zeitung 18 . : , . , , . ? 1844 . , , , , , , , , .* . : , , , , , : , . , 1814 , , , , , , , .* , , , . , , ; , . , , , , , - . , ; , , , , . , . ; , . , . , .


, *

,
, - , *, * . , , , ? , . , , , *, , . . , , , , , , . , , , , , , , . . , , , , , , , , . , , .
* *, , , , , , . , , , , , * , , * , , . !.. , , , , . , , * , , , , . , .
, , , * , , , , , , , , , , , , . , , , * ,
, , , , , *. , , ; . , , * , , , , , , , * , , , , , , , , .
, , , ?* , . , , , , . , 1813 *, , , *, . , - XIX .*
. , , ; .
, ; . , , , *, .
, , : ? ? , , , , , ,
, , , - , . , , , , . , , , , . , , , , , , , , , , , , , , ?
, , , ? , , , , ?.. , , , ?* , . - , , , . , , * , . .
. ? , , ?
. * , , . .* . : , , . *; , , , , *, , ; * ; , , . , , , ; , . - : , , , . , . , , , , , , , , ; , , . XIV, , , . , , * , , . , * , *, .
? ?.. ,
, , . ; , . , ; , , , , : , , , . , , ? , ? ? ? ? , , , *. , , *, , , , .
,* , , . , , , . , , . , , , , . , , , ; , , .* , , , , , , ; , , , , , *, , , ; : , ; , ,
, , : . , , - , .* , , , , , , , , .* *, , , , , , , , , *, , , . .
, , , . , .
, , : , , .
, , . , , , . , , ? , , , . , : , , 1812 * , , . , , *, - . , , , , , , , ? , *. ? , , , *, . , , , , , , , ?* , , , , ,
, , .* , . , , *, , , . , , , : .
, , , ? , ? . , . *, , . , , , , , * , , . , , , , , . , .
, * , , , .* . , , . , , , , , , , .
, , , . , ? . , , , ! , , , , . , , , , , , , . , , , , . , . , .
. , , ?* , *, , , , , ? , , * , , , 1835 * , , , ?* , , ? , ?..
, , , , , , , .* , , , , . Rheinlied *. , , , , , , *, , ? , 80 000 200 000 ? , , , , , , , , , Rheinlied , , .
. , , . , ; , , , . , , , ; , . ( ), , , , . , , , , , .
, , , , , , ? ? ? ? , - , , , ? , , , , ? ? , , ( ) ø*, ? , , , , , , ? , ;
! , , : ; , , , ; , ; , ;* , , *, ; . . , , , ? , , , ? , . , . . , , . , , .
, , , , . . . ? , , ? , , , , , ? , . , , , ? , , , * , , , , , *, , , ,
, , , , , , !.. , , , , , , , *. ! !.. , , , , , , , , .
, . , , .
, - , . - ; . , , , , . , , , , , , , , , , , , , , - , , . , , , , . , .
, , , - , . , , : .
, , , , , , , - , , , , , , , , , . , , : , , ; , , . , , .
, , . .
.
1844

3*




* , :
, , *.
, .
?
: .* . , , , , : , *. . , , . , ? , ? ?
, , , , . , , *; , .
? . , , , , , , *.
? .
, . . , . . , . , . ? *, , , , , , .
, . , *.
, , : , . ? ? *.
? . : , , , *. *. , ? , *. , , *. ; . , *.
. , , , !
, * , ? , , , . , . *.
, , , , ?* - , , , *. , , .
, . , *, , , . , , . , . . , , . . *; , . . , , , , , , , . . . , , ? , *. *, .
- , * ; , . , , , . , , , , , , , , , .
, , .
, *.
*. , , , , , , , *. , , ; .
, , , .
, , ; *. ; , , , , . . , . ?
, , , , , , *. , . , , , .
, ; , , , : .
, , , *.
, . .
, , , , , , . , : , .
, , , *.
, * . , . .
, , , , . , , , , *. , .
, *, , . , * , , ; , , , , , *.
, , . ; , . , *, , . , *, , , .
, , , . , , , , , , , , , , . , , , , , , , *. , . , , , , , . , , , , , , , , . , , : , .
, , , . , ;* . , , *, - , . , , , , . , , , , . 1453 , , 1462 , III *.
, , , . , , , , . , . , , , , , - , , , , , , , , , .
, , , . , , . ; *.
; *, , , , , : .
* . , , . , . , , , , , , .
, , , , , . , , . , , , , , , , . , ; , .
: , , , . ? ? ?
; . , , , , , , . .
. , .
, , , , , , . *, .
, .
, , , . . , , , , , *. , , , , .
, . , : , *.
, , , ! , ?..*
, : , , . , , , , , , , , , , , , . , , - .
, ? , ? ?
. , , , , , ; , , ? , , , , , . ?* ? *, , , ?
, . , , , . , ; , , ; , , , . , , , * , , , .
, , - . , , , . : ; . , . , , , . , , . , , , .
. , , *. , , , , . , , , . , , , , .
, ; , , , * , , - .
? , *, , , , , , .
, , . *, , : .

*

, , . : *. , , , . . . , , - , .
, , *, , , , .
; . , , , , , .
, , - *. , . *. , , . , . , ( ) . , * .
, , , , , , , , - ; , .* 1789 .
, , , , : . , . , , , , , ?* , , , , , , , , . , .
,
, . . , , , *, , , ? , ; , , .
, . , , , , . : .
* , , . , . , ? , , , , *, ? , , , ?
, , , , , , 1830 * , , .
. , , , 1830 * , , , , ? , , , , *, , *.
, 1830 , . , status quo*, . , , , , .
, , , *, , .
, , , . , , , .
* * , , , , . . , , . , , ; , .
, , , , , *. , , .
, , *. , . ?.. , - *. , , , ( ), , , . : , , , , , - .
, , ( , , , )* .
, , , ? , , , *. , , ? , *, , .
, . , , , . .
, , . , , , *, .
, , , , 1809 *. , - *. , , , *. , , , , .
. , , , , * , - , , .
, , , , , .
, , . *, , , , . , . , . , , , , . , - : . , , , * , . , , , , , , ; , , - , , , . , , , *, , ; , *. , ; , .
, , , , , , , . * -*, , , , . *Tedeschi 1 Barbari ,2 . , . , , , , , , *. - , , , , , - , , , , *, ; , , ; *. , , , ; , ( ) , *. , , *, , . - , , , . , , ( ) *: , , .
, , , - *. , , , . : , , , , , ?* , ? , . , , , . , , , , , 1841 . , *, , , . , , , , *; , , , , . , , , , . ; , , , , , .
, - , , , , *: *. , , , . , , , . , , . , ( , , ), , *. , , , , . (, , , , ) , . , , , . . , , , , , , - ; , , , *, , . *. . . , , : !. , , , *. , . . , , , , , . , , . , , - , , , , , , : . , , ( ), , *. ( ), , * . , , , , , -, , . , , - , , (, . .), , *, , , . , ! , , , , , , , , ? , , , , !
, . . , , . , .
? , . , * 1815 *, , , , *. , , ,
, *, , , , ?..
12 1848

*

, , , , , , , , , , .
, , , , *. , *, . : , , . , , , .
, * , . , , .
, , , , , .
, , , c ,
, , . .
, , *; , - , . , , , , .
, , - , . , .
, , : , , , , , . . , .
, , , , , .
- : , , , , ? , .
- . , , *. . , , , , , , , ? , , , . , , , . , , , , .
, , , ; , , , . , , , .
, , , , . , , , . , , , , , .
, , ; , ,
, ? , - , - , , - , ? , , , ?
- , , , *.
, , *. , .
, , *. , , * , *, , , , , *.
, .
: *. , , , , , , .
, , , ; , . , *. , .
, , , , , *. , . ?.. , *. , , .
, . , , * , , VII*. , , , , .
, *, , , , .
, , . , . , *. , , .
, , , , . , . , , , . , , *, , , .
, , , *, , , , , , . , , . , , , , .
, . , - , , , . , , , , .
, *. , , . , , , .
, , , , .
, . , , .
, * .
, , , . , , *. , , , ? , , . , , , . , , , , .
, , , : . , , , . , .
, ; , , , , . , , , , , , , . , , , . , , .
, . , : , *. , . . - , , , , , - . , , ? , . , - *. , , .
, , , , , , , . , , , , , . .
. , , . , , , . , , . , . , , . , ? , , . , ? , , , , , , , .
, , , . , . , .
, . , , , , , . , , .
, , * . , . , - , , *. , . , , , , !..*
, ! , , , , !
, , , , .
*. : , . , , . , , . , , *.
* : , . , , - .
( ), , . , , . , , , , *. , -, , .
, , ( , ) , , . , , , *, . , , , , , , : ? , , : , , , *, . , , , : , !*. , . , , * , . , -, , . , ; , , .
, , *, , , , . , , , . , , , , , ; , , , , , .
, , , IX. .
, , , . , , , * , , . , , , .
, , , , , *. , , *, *. , , * , , .
, , . , *, , , . , , , .
, , , , , . , , *.
, , . , . , - . , . : , , , , *.
, , , . , . , , , , , . , , , , , .
, . *. , , , *, .
, , , , . , , , , , - , , , , .
, , : , . , , , : , . , *, .
, , , . , , , , . *.
, , , , . , , , , . , . , , , , , . , , , , , , .
, , , , , , , . ( , *), , , : , , , . . , . , , .
, , - , , ? , , . , , , , . , , , . .
? , ? , , , .
, , , : , .
, , *, . , . . , , . , , , - , , , , , . , , . , , . , , , , , , . . . , , , , .
, , , , , , .
, , , *. , , !.. , , . , , , , , , , .
, , . , , , , , , .
, - , , , , , ? , , , !..*
. , , . ? , * . , . , , , , , .
, * 1846 . , , , ! , , , , . . , , . , .

*


< I>
<1>
1849

*, , , . , , , , .
, , *. . , , , . , . , . , , . , . , . *. .
. 1848 , * . , , , . . ?..
, ? , , , . , , ?
, , , , , , .
, , , , , . *.
: , . , , , , . , *.
, , ; , , , ?..
, , ? , , ?
- *, , : , , , , . , * ; XVI- , ;* 1789 , , ? , , , ?* , , -, , , ? , , , .
, , , , , , , .
. , . ,
, , , , , , , , , , 1848 , , * , . , , ? .
, , , , , , - . , - , ?
, , . , ?
, , , , : * *, . , , , , , . , , , .
, , , , ? , - ?..*
, , . . , , , , .
, . . , , , , . , , . , . , , , ; , , , , .
. , , , *.
, , , .
, , , , , , , . , . , , , , , , .
.

<2>

, , , , , , , , , , , , , , *, , , , , , .
, , , , , , , , . - 3040 , , , , *.
<> *. , , *. ( , ), , . , . , , , . , *. , , , . , , . , , , , , *, - , , , . ,
, , , , , - .

<3>

, , , , - . , , , . 1848 *, , , , , .
*. , -, * , , . , , *. , , , , , *. , , 60 *, , , . , , .
, , . , , *, , , , , , , , , - , , . , , - : , , . , , , : , , , *

< Ļ>
< >

<1>
<2>

I. .
I. 1849 .
II. .
II. .
III. .
III. .
IV. .
IV. .
V. .
V.
VI. .
VI. .
VII. .
VII. .
VIII. .
VIII. .
IX. .

< III>
<1>


? , .
: , , *.
: *. . *.
? .
. , , . , , , *.
. : , *. , .
* . , *, , .
, *. ? *, . , , . . , . .
* , *. . , , ,
, , .
: .
.
.
. , . , *. .
.
, . , , , . *. : , -. , , . *. *. .
, , *. . .
.
*. *

<2>
<>

:*tedeschi 3 preti .4
, ? , , *.

<3>

*.
. *.
, *, , .
. , * , * , , .

< IV>
<1>


?* *. .
. , . , , , *.
= , ? ? ( )*. , , , , .
, , , , , .
, , , .
, ,
, , ?
, *.
, . . ; , .
, , , , , .
*. . , .
. , , , , .
, *.
, . . , .
*. *.
*.
. .

<2>


, , *.
, , , . . ; - .
, *. ? , .
, *.
.


< V>
<1>


? , .
? ?.. ( )*.
, .
*.
?
, *, Gleichberechtigung ,5 . ?
? ?*
?
. , . ? ?
, ?
, (. *).
, . , *. .
, . *. Gleichberechtigung , .
.
? , .
, .
, .
, . , , , ?..*
, , , .
? ?
.
, , .
?..
: , , , *.

<2>

. : , *, ? , * , , , .

< VI>


, , *, , , , (Greculi), . , , : , , .
, *, . .
, , *.
. , , .
, *.
, , awe,6 ?..
, , . ? ? : , *.
1) .
, *. . . , , .
. , , , . ., . .
.
.
( -*, Revue des Deux Mondes. 1).
2) .
, , , , . .
, . *.
? . . . . 4 . 5- *.
, *.
, .
- *.
*. V*. XIV*. *.
, *. *.
, ( )*.
*. .
( *) .
*.
, *, , .
, , , .
:
, *. , .
: .

< VII>
<1>


. , .
* , .
*. . . , *. *
. , *.
, . . .
( * , .)
: *. <-> . .
- : . *.

, *

:

:

, , ,



<2>

* , *, . , XIV V, , . , , .

< IX>
<1>

1. ? ?..
2. . .
3. . . .
4. 4 : , , , . 5- , *.
5. *. . .
6. , , , *.
, , , , , *.
7. , , , , *.
8. , ?
*.
9. , , , , , *.
10. , . , , , , .

<2>

, .
1789 . .
, , , , . . , , .
, . . .
, 1815 *. , *. 1848 * , , .
- *. *.
, * . , , , ( , <> ).
, , , .
, , *.

*

13 1849
, .
:
1) , , , ;
2) .
, , , :
, .
, .

*

, , . , * , . . , . : ; . . ( , ), , , - . . , , : , *.
, *. . , . , , , - , , *. , . * , , , , , . , , , , : , . , , . , , , , , . *, , , : , , ; , , , , .
, , , : , *.
, ; , , , , , : , , , .
( ), , . - , , *. , , , , .
, , , *. ? , , ? , , . , . , , , , , . , , *.
, . . , , *. , , , . , - , , , . , , .
, , 1848 , *, , .
, ?
, , , , . , , , . , , , : , *, .
, , , ; *, .
, , ( ) , , . , , , , , , , ( ) *. , , .
, , , , .
, , , .
, , , , ( ), .
, , , : , . , , , , , , , , , .
, . , , *, , . , , , , , , .
, , , , , *.
, , , , . .
, , . , , .
, , , , , , , *.
, : , , , - , .
, ( ) . , , ? ,
, , , , , , . , , , * . , , , , . , , ; , *. , , . , , , *. , , , ; , , , .
, , , , , , , , - ; .
, . , , , . , , *. , , , . *. , , , , , , . , , , , , . , ; - , ; , , , .
, , , , *. ? ? ? - , , ? , , , *. , , . , , ( ), , ( ?) , , . , , , , . , , , - , *. , , , , , . , , , . , , , , , , - .
, , , , ; , , , , , , .
, . , , , . , , , , , , , , .
.
, 1857





1

. . ( , , , ) 1873 1886 . . . , ( 1863 1912 .), , . 3 1868 . : . - , , (. 1984. . 329). : ; , , - , , , ( . 1886. 12. . 534).
. . 2/14 1873 . . . . 30 . . , , . . . (. : . . . . : . . // . 1979. ., 1982. . 7379; . . . . : . . // . ., 1978. . 3. . 4751), . 18981899 . , . . : . . . : Aprs ma mort ( ). ( . 1898. 12. . 556).
. . . 1868 . . . . 1872 . . . 1840- . (Lettre Monsieur le D-r Gustave Kolb, rdacteur de la Gazette Universelle, Mmoire prsent lEmpereur Nicolas depuis la Rvolution de fvrier par un Russe employ suprieur des affaires trangres, La Papaut et la Question Romaine). . . . 16 1872 . : Revue des Deux Mondes, ? , - . , ? (-2 . . 497). . . (Lettre sur la censure en Russie) . . , ( . . . . . , . . ), . ., 1886, . 1900, . : . . . , 1976 ( . . . ); . . , , . ., 1993 ( . . ); Poems and Political Letters of F. I. Tyutchev / Translated with Introduction and Notes by Jesse Zeldin. Knoxville, 1973 ( . . ). ( ) . . . : . ., 1999. . . .: . ., 1992; . 1996. 5; . . 1999 ( . . ). . . ( . . ) .
1930 . (ZsPh . Bd VI) . , 1844 . AZ , . . . . . 1962 . . . . 1935 . 1921 . , . . 1988 . -1 . (. . ) , . . . , (1992. 1) (. . . ) . . . . . . . . : , ( . . ). ( . . ).
. . , . , , , , (. . 1999 . . 202).
. . , . . ( ): , , . , , , , , , , , . ; - . , , (-2 . . 497). - . . , . , , , , , .
, , , , , . , , : , ; ( , , . .); , ; ; , ( ) , , ; ; .
( ) , , . :

/
/
/ ()
/
/
/
/
/
/
/
/
/
/
/
/

, , , , , , , , , . .
. ( . . ) . ., 1886. . . , (Christianisme , Eglise , Empire , Pouvoir , Histoire , Rvolution , Papaut , Protestantisme . .). , , (, ) , , , ( ). , ( ), , , . , , . ( . . ), : , , . , (-2 . . 239). 19/31 1850 . . . : , , , ( . . 242). , , , . . ., 1886 . , , , . .

2

. . , . , , , sub speciae aeternitatis ( .), . . . , ( . . 45). (, ) (), - , , , - . , - , - , , , , , - .
, , , . , , , , - . , , .
, , ( . ), . , , .
, (1820), (1820), 14- 1825 (1826), (1829), 养 (1831), .
. (, , , , , , , , , .), , , , , , , , . . 1839 , . . , . . , (. 1899. 10. . 195), . . , (. . . 15). . . : ( . ., 1992. . 91). , .
( ) - , , . . . . , . . . . . . . ( . . . . // . . . ., 1994. . 369). , , , , ( . . . II. // . 1915. 11. . 46). , , , ( . . . ., 1968. . 184). . . : , ( . . // . ., 1990. . 116). : , . . . , ( . ., 1992. . 91).
( . . 521523*) . , . . . , .
. .


Λ
(. 9, 109)

.
AZ . 1844. 81. . 646647. . . . . . ( Bibliography of works by and about Tiutchev to 1985 / Compiled by R. Lane. Nottingham, 1987).
1830 . . (Jacobson S. Der erste Brief Tjutevs an Dr. Kolb, den Redakteur der Augsburger Allgemeine Zeitung // ZsPh . 1930. Bd VI. Doppelheft . S. 410416).
. . . . 113114; . . : . . 169171; . . 375376.
ZsPh . S. 412414.

AZ 21 1844 . AZ ( 78 18 1844 . . 617610) Die Russische Armee im Kaukasus ( ), Briefe eines deutschen Reisenden vom Schwarzen Meer ( ) , .
AZ , . . 9 1844 . . . : Allgemeine Zeitung , , . ; , , Allgemeine Zeitung (. : 1999 . . 267268).
. . . , . : , -; , . , , ; : , , , , , , . , . , , , , . ? (. : 1999 . . 268269).
: Allgemeine Zeitung , , , , , . 15 Klnische Zeitung ( 75) Allgemeine Zeitung, . Allgemeine Zeitung 81 . , , , Klnische Zeitung 19 , Allgemeine Zeitung , Klnische Zeitung, , ; , , (. : 1999 . . 269).
 - . 28 . . . , : 19- , , , , Allgemeine Zeitung, - . , , (. : 1999 . . 269).
. Klnische Zeitung ( 44 3 1844 .) AZ . , . , . , Klnische Zeitung , (-1 . . 232). , , : , , . , , , , , , , .
158 6 1844 . AZ  , : . , , , , ( ). , , : Unter den nicht leibeigenen Russen werden viele wegen Vergehungen und Verbrechen zu Soldaten gemacht Um desselben Verbrechens willen, welches z.B. in Frankreich einen Menshen unfhig des Militrdienstes machen und einen Militrbeamten zur Ausstoung aus den Reihen fr immer verurtheilen wrde, wird in Ruland ein Individuum zum Soldatendienst verdammt. Somit mchte man glauben, da bei den Russen weniger hart gestraft wrde als bei den Franzozen, da man bei jenen statt dem Verbrecher den rothnen Habit der Touloner Galeerenstrflinge umzuhngen, sich milde nur darauf beschrnkt, ihm den Ehrenrock des Soldaten anzuziehen. Aber 25 Jahre des Dienstes in diesem Ehrenrock bei solcher Disziplin nichts kleines (. : ZsPh . S. 412). , , , , , . , , , , , . 25 
, 20 . . ø, . , . , . , : , , . , , , , , (. . . . . 255265*, 283286*) .
. . , 18301840 . . ( ) . , , . 1830- . . . , , , , . , , , ( . ( ) // . . 1999 . . 146147, 152).  ( ) - , .
, , , , , , , . 1812 . . : . . , , , , , (. : . . 1812 . ., 1988. . 372). I ( , , ), 1813 . , ( ) . 1813 . ( , -- ), 1806 ., , . , , . . . . . , . , ! ( . . // . 1948. 5. . 116117). . . : ! . ? , , , . , ! ( XIX XX : . . . 18011815 . ., 1962. . 6. 18111812 . . 621).
, (. . . , . . . , . . , . , . . , . . . .), , - . . . I, , , (. : . . ., 1943. . 359). . . , (. : 1813 . . . . ., 1964. . 54). 1813 (. . . . . 258*), - . ( ), . . . , . . -- : ! , , , , ? (. : 1812 . ., 1962. . 23). , , . , . , . ( 1813 . // . 1900. 7. . 286). , , , , , , , . - , 1813 . , . 1813 . , , ( 22 ., 16 ., 12 ., 300 ) .
, 1814 , , , , , , , . : , , (McNally . S. 107). :

Que jaimais voir sur ses bords
Les frres guerriers de la Russie!
Parmi nous, ces enfants du Nord
Ntaient ils pas dans leur patrie?


(
!

? .)

( ).
. . , 80 - , , 腻 ( . . 94). . Journal des Dbats : . , , ; , , , ( . . 91). . Moniteur: , , ( . . 94). : , , , , , , , , : , , , ( . . 97).



,
(. 11, 111)

. . 308. . 1. . . 9. . 1-16. ( . ) : Jai la copie de ce manuscrit ( 腻 .).
, . . (. 231/III. . 17. . . 45. . 1-10).
: Lettre Monsieur le D-r Gustave Kolb, rdacteur de la Gazette Universelle. Munich, 1844.
. . . . 1873. 10. . 19942019; 20192042 ( . . . . ).
. ., 1886 . C. 417441 505528; . 1900. . 449473 535558; . . . 279295 333343. , 1910- ., . . . . . . 731 95-117, . . . . 92103; . . . 256272; . . : . . 172196 . . 1996. 5. . 412. (. 376389) . . 1999 (. 206225).
. ., 1886. . 505528 ( . . ). : ( , ) 2- . bien niais, 3- . lunit germanique, lair de travailler, 4- . et la Russie, le plus clair, leur ennemie personnelle, peu dincrdules, 8- . en ce moment, les plus acharns, 9- . plus dune fois, ne sera quimaginaire, 14- . quil en attend, laboration dun monde, Pierre le Grand, 15- . quelle reprsentait, a d prir, linvitable solution, 28- . qui les distinguent, sans pudeur; 2- . Monde m ( ), 14- . Un Principe u p, 9- . Sacerdoce Moyen-Age s, m a ( Moyen-Age 3- 11- .); 21- . avec une pareille troitesse de ses ides , 28- . qui les distinguent, 30- . cest impossible ; 24- . ( Ce nest pas certes du milieu rel dans lequel elle vit) , 26- . , , . , . 9- . ils sapprocheront les yeux toujours tourns, 1- . des ce moment suprme dans, 15- . la question dOrient la question de lOrient.
. ., 1886 ( , ) , (- , , , , ), . , 8- 19- . . ., 1886 acharns () choc () passionns () dchet () . comme dans ses tendances ( ) politique, votre nationalit ( [], ), 24- 26- . . ., 1886 , , , , . , . ., 1886 (21- .) la diplomatie russe sest expose quelquefois froisser dexcusables susceptibilits ( [ ]) la Diplomatie Russe est alle parfois jusqu froisser dexcusables susceptibilits ( , [ ]) . 22- . (1830 . 1835 . . ., 1886 ).
( ) . ., 1886.

. . , AZ , : Le livre de M. de Custine est un tmoignage de plus de ce dvergondage de lesprit ( ), . . . , , ( ). . . - La Russie et lAllemagne ( ). . . . : . . , , , ( - ) ( . . 458). (. . ) . . 1999 , .
. . . . : , , . . . : . , . . : ! , ? . . , , , -. , . , , , , , . , , , , 씻 ( . 1873. 10. . 1993).
Lettre Monsieur le D-r Gustave Kolb, rdacteur de la Gazette Universelle ( - , ) . . . , 1844 . AZ , , , . , , , - , , . , , , 1844 . , , 29 1844 , ( , ) ( . . 31). . . AZ , . , - , ( ), ( . 1874 . . . , . . 7/19 -2 . . 50). 7/19 1844 . . . . . , , : , , , , . . , , , , . , (. : -2 . . 68). , . . 5/17 1844 . . . . 6 1844 . . . . . , : ! . , (-4 . . 290). , . . , 16/28 1844 . . . : ? , , -, . ? , ( . . 301).
. . , I . 27 1844 . (. . . 31) - . . : , , , , , , , , , , , , , , . , , , , , , (. 1984. . 99). , - . . . . . . 7/19 1874 ., 1844 , , , , , (-2 . . 50).

, AZ .
, . .
, AZ , 1798 . . . , , 1837 . . . . 20 1837 . . . . . , 8 . , (. : . // . . 1999 . . 228). AZ , . . . . , 1844 . (.: . . 18261855 . ., 1909. . 148).
, , , , ( ) . 18311832 . . , 1840 . , . 11 1838 . III , AZ (. : . . // . ., 1997. . 2. . 332). , , , . 16/28 1843 . . . . . : , , (-4 . . 205). 17 1847 . . . . . : 43 , Allgemeine Zeitung ( . . . . .: 13 . ., 1956. . 12. . 329). 1844 . , , , . . , . . , . . - . . , ( ) , . , (., , ) . , 1840 . , (. : -1 . . 546). , . , ( A. v. H.), , , , . , , , ( . ( 1840- ) // . 1950. . 56. . 2. . 476).
AZ . . . . 7 1842 .: (, , ), , ; 2 , , , , , , [] [ I] : , , , [ ], , [.] . ; , , , , , , (. : . . , 1994. . 122). AZ (. : . . 22. . 193). , , , . AZ . .: Heyck Ed. Die Allgemeine Zeitung. 17981898: Ein Beitrag zur Geschichte der deutschen Presse. Mnchen, 1898; Fischer H. D. Handbuch der Politishen Presse in Deutschland. 14801980. Dsseldorf, 1981.
. ( , , , ) La Russie en 1839 ( 1839 ), , . 1843 . , . . . . . , . , 1839 . , , , , . . . . , , . , , I, . . , . . , . . , . . 1839 , . , . . , , (. . . .) (. : -2 . . 460).
, , , , , , , , , , , , . , , , , , , , . , , . , , , , . , , ( . . 2. . 439, 435).
. , , . . , , . 3/15 21 / 3 1840 . , . . , , . ( , ), . , . . . , - , : , ; , , , , . , , , , , , , , , ( . 1937. . 3132. . 603). : , , , . .
tu quoque ( .) , . - , - , , (, , , , , ), . . . : , , , , , , , : ; ; , ; , , , , ( . . - 1839 , 4 1844 // . , 1992. . 81). . , . . , , , , , , , , .
, . . 14 1843 . ( ), , , , (. : . // . 1999. 3. . 164169). , : . , , ( . . 1. . 20).
. , . . : , - , , , , (. : . 1994. 8. . 137). . . . . 22 1843 / 3 1844 . : , , , ! ( . . 124). . . . . 28 1843 / 9 1844 . , , , , , ; , , , , ; , , ( . . 137).
. . (. . , . . , . . ), , , , (, , . .) , . , 19/31 1843 . . . , , . , , : : , ( . . 120121).
, , 1839 , , , , , (Tarn J.-F. Le marquis de Custine, ou Les malheurs de lexactitude. P., 1985. P. 518519), , (. : . ., . . // . . 1. . 512).
, , , (. : . : // . 1996. 12. . 8995). , - . , . . I , - , , (Kennan George F. The Marquis de Custine and his Russia in 1839. Princeton, New Jersey, 1971. P. 124). . . , , , , : , , , , . (Cadot . P. 190). . , : , , 1839 : . . , , 1839 , ( . . 197).
( ), , . , , , , , , , , , . . . , , : , 60 , , , , , . , , , , , , , - , (. : . ., . . : . . // . 1995. 13. . 274275).
. . , 1839 , , . . - , ( ) , . . . , , - . , . . ( ) (. . ). , , , 1839 , 40- XIX . , , , , -, . . . .: . // . 1989. 2. . 102115.
, , , - , . ( , , , , ), , , , , , , . ., , , .


, ,
!

( , 1866).
, , . (1851), XIX .: ; . . 셻; . . ; . . . . . . . . , , : , , , , . , , ( . . 123). , , , , , , , (.: . // . ., 1994. . 344348).
. . , , Un mot sur louvrage de M. le marquis de Custine intitul La Russie en 1839 ( 1839 ) 1843 . , . . . 1845 . 14, 16 17 1843 . . Dmocratie Pacifique . . . Encore quelques mots sur louvrage de M. de Custine La Russie en 1839 ( - 1839 ), . . , ( , . . . . ). , , . . , 1843 . . . (ber das Werk La Russie en 1839 par le marquis de Custine. Aus dem Russischen bersetzt von W. von Kotzebue 1839 . . ), 1844 . . (Examen de louvrage de M. le marquis de Custine intitul La Russie en 1839. Traduit du russe par Alexandre Kouznetzoff 1839 . ) ( . . . .: . . . 1839 40- XIX // . 1976. ., 1978. . 135; . : . - // . 1989. 21. . 195211). . . , . . 1844 . La Russie en 1839 rve par M. de Custine, ou Lettres sur cet ouvrage crites de Francfort ( 1839 , - , ).
( .: Cadot . P. 226229) , . 1839 , , , , , , . , , - , , , .
, . ( . . . 310), , , . - , , ( . . 2. . 90).
, , , , 1812 . , .
, , , . . . , :

?
, ?
, ,
, ?..

(Arndt Ernst Moritz. Erinnerungen aus dem ueren Leben. Greifenverlag zu Rudolstadt, 1953. S. 5). , . 1840- . , , . . , . , : : ; , , , , , . : , !. , ( . . . ., 1983. . 75). (, / !), . 1841 ., 1922 . , 1933 ., , . 1848 .:

, :


?..

, , , , XX . III - , : , , , , , , , , . , . , , ( outrance), , , , , , , - , , , , , , , , , . , , , , , 养 ( . . 188190). , (. . ), . . 7 1871 . : . , , : . , ! : ! , , , , , , ! , . , , , , , ( . . 29. . 1. . 176).
, , , ( . ordalia) , . .
, , , . , . I, 1815 . , , , - , , (. : . ., 2000. . 1. . 42), III I. , . 1813 . , . . . (. : -2 . . 459460), . , , , , , , , . III , 1840 .: , , (. : Simon Ed. LAllemagne et la Russie au XIX sicle. P., 1893. P. 79). 1854 . III . : ! , , (. : RDM . 1854. . 6. 15 mai. P. 887).
, - . , 1813 . . . . . , , , . . , . 18181822 . . 18301831 . , 1833 . , 1815 ., I . , . 17 1854 . : , , , , , , , , . , , , , , : , ( . 1915. . 19. . 197198). . (1855). , , I , , , . . , 1850- . , , , 17 1855 . ( . .). , , , - .
. . . 268*.
, ? , , , . , 18301831 . Der Deutsche Horisont ( 27, 4/16 1831 .) :

8 .
8 17

, !
! ! !

. . . . : , , , , , , . , (. : 1999 . . 111).
, ( 31 2 1830 .) AZ , . . . Courrier de Smyrne. ( ) , . ( ) , , . , , . , , per fas et nefas ( .), , , , , , , , , , . , , , , , , , , (-1 . . 545).
1830- . . 1832 . Geschichtliche Darstellung ber das hchst gefhrliche Wachstum Russlands fr die brigen Staaten Europas ( ), I . - 1835 . . . : (. : . . 1999 . . 234). . . , (. : . ., 1997. . 2. . 307). . . , 1841 . , : , . , , , ( . 1899. 5. . 368). . . . , ( . . 124).
1813 , , . (1842):

, ,

.
,

, , ?

25 / 7 1842 . . . , 1813 . - . . . . . , . . . , 1806 . , 1813 . 1813 . . . ( , . . ) , . , , , (. : 1813 . ., 1965. . 149). . . : , , (. : 1813 . . . ., 1964. . 19). 1813 , .: 1813 . ., 1965; Das Jahr 1813. Studien zur Geschichte und Wirkung der Befreiungskriege. B., 1963; Straube F. Frhjahrsfeldzug 1813. Die Rolle der russischen Truppen bei der Befreiung Deutschlands vom Napoleonischen Joch. B., 1963.
1839 . F. D. Bassermann und Weitzel Deutschland und Russland ( ), . , , . , , (. : Groh . S. 181). 1839 . Europeische Pentarchie ( ), , , , , . , . . , . , . . . : : , - - 腻 ( . . 59).
- XIX . , 1820 1830 ., , . , , . , . , 1833 . . , , , . , , , , , , , , (. : . . I // . 1992. 4. . 3132). I II, . . ( ; .: Gleason John Howes. The Genesis of Russophobia in Great Britain. L., 1950. P. 164204; Groh . S. 162164), Turkey and its resources ( ) (1833), England, France, Russia and Turkey (, , ) (1834), The Sultan Mahmoud and Mehemet Ali Pasha ( ) (1835), Russia and Turkey ( ) (1835) , . ( ) 1830- . 1836 . . . , , , ; , , , , , . ( . . . 18251826 . .; ., 1964. . 87). : . , 19 1836 . , , , . 1844 . . , . , , , . , , , , ,  ( . . . ., 1982. . 275). . - , , , , , . 1812 . . . Travels in Various Countries of Europe, Asia and Africa ( , 腻) , . ( ): , , . , , (. : McNally . S. 88). (.: . . . // . 1935. . 1921. . 570).
, (. : . . // - . . 1969. . 2569). 1841 . . . , ; , , ; - , ( . 1841. . III. 6. . 515). : : ? , ? , , . . 腻 ( . . . . . 1982. . 211). - , , , , , . , , 18301840 . . , (. . . . . 344345*; .: . (1839). . ., 1844. . 12. . 8384, 9192, 161), I, -, - . 1843 . Slaven, Russen, Germanen. Ihre gegenseitige Werhltnisse in der Gegenwart und Zukunft (, , . ) , , , , , , , . , , , , , , , 蔻 (. : . . . . 46). . .: . ( 40- XIX ). ., 1904; . . . ., 1913; . XIXXX . Praha, 1964; . . XIX // - XIX XX . ., 1991. . 98105; Kohn H. Panslavism. Its History and Ideology. 2 ed. New York, 1960; Fadner F. Seventy years of Pan-Slavism in Russia. From Karazin to Danilevskij: 18001870. Washington, 1962.
, , . , . 31 1841 ., AZ , : , , , ( . . 8. . 119). . , 1846 . , , . ( . . ) . , , 1835 . (. . , . . , . . ., ). , ( . . . ., 1955. . 1. . 173). . . 1837 .: , , ( . 1914. . 17. . 288). . . . . : (-2 . . 87). (Wigands Vierteljahrsschrift. 1844. Bd I), . . : , (. : . . 1999 . . 234). III 1841 .: . , , , , , , , , , , , , (. : ., . // . . 2. . 546547).
18301840 . : , , ; , , , , , , ; : , , , , , ; , , , ; , , , , , (Jahn P. Russophilie und Konservatismus. Die Russophile Literature in der deutschen ffentlichkeit 18311852. Stuttgart, 1980. S. 266). . , XIX . , , (. : - . ., 2000. . 1, 2. . 349).
, , 1813 , : , , , -, (-1 . . 400).
, , (. . . . 490494*).
, , , ? , , , . () XI . (. . . 267*), , . , . () XIIXIII . , . XIVXV . , . .
, . , , . . 30 1866 ., , , , (-1 . . 400). . (1848) . , . , , , .
1024 . II, III, , , , , , . III, , , , , . Rex u sacerdos ( .) , ( ) . IV , 23 1122 . V - II , ( ), , . 1125 ., V , , .
. , , , XV . . , , , , , . , . , , XIV, XVIII . . XVIII XIX . , .
.
, , , , , 1815 . , 1830 . , ( , ʸ, -, ). . ( ), 18381839 . .
, , . , .
, . , 962 . I . , , , , , XV . . XVIII XIX . , , .
I, ( , , . . . , ) ( . . . . . 319321*.)

,

!..
, !..


(, 1850 .).
, , , , , , (.: . . . . : ( ) // ( ). ., 1995. . 152160. . . . . 461463*.
, , (. . . . 463465*). . , .
. . . . , : , , , ( . . .; ., 19291959. . 8. . 18). , , - , - (. . ) , (, ) . , , , , , . , .
, , . . , . . - , : , , ; , , ; , , , ( . // . 1830. . I. 1. . 115). . . , . . , ( . . // . 1839. . III. 45. . 121). . , . . , , , , ( . 1841. . III. 5. . 129). , , . . , , (. : . 1994. 8. . 125), . . , , ( . . , . . . . : . 1841. . III. 6. . 378437; . : Groh . S. 117124; Cadot . P. 495). . . , , , (.: Benz E. Franz von Baader und Kotzebue. Wiesbaden, 1957. S. 4). . . (. . . . 445*), , ( . . .: . . . . 1840- // . . 145171; Rauch Georg von. J. Ph. Fallmerayer und der russische Reichsgedanke bei F. I. Tjutev // Jahrbcher fr Geschichte Osteuropas. 1953. Bd I. Hf. 1. S. 5496). . (. : Groh . S. 144). . . , ( . . . . .; ., 1959. . 324325). , , . ( . // . . 1999 . . 238) . 1829 .: , , , , , . , , , : , , ( . . 4. . 225227). . . : . , , . ( . // . 1923. 1. . 364). , , . , , , , (. . . . 458461*). , (. . . 264*).
, , , . , 1840 . , , . , , , ( ). . Dbats 2 1839 . . : , , . , , (. : Cadot . P. 505). . . , , . . Dmocratie en Amrique ( ), : , , ; : ; , ; , -, (Tocqueville A. de. Oeuvres compltes. P., 1951. T. I. P. 430431). . (. . . . . 324*) . , , , , , ( . . . ., 1992. . 30). . , . , . . , . : II , (. : McNally . S. 86).
, . , , , (. . , 1844). , , , , , .
, , . , . , . (1841, 1867):


,
,
,


, , , , . . , , , , , , , (. : . . 1848 . ., 1948. . 38).
, , , , , , , , , . . . , , , , , , , ( ): ( . . 146). . . : , , , , , . ; , ( . . . . .: 12 . ., 1881. . 6. . 276).
. . . . , . . (. 1984 . . 341): , , , , , . , , - . , , , ( . . 485). . . . : , , , , , , ( . . 12. . 428).
. . . . ( . . 370373): , . , , , . . . . . . 337338*.
- 18281829 . , - , , , , , , .
, , , , , , , (. * . *). , , ( ) , , (, , , ), . - , , , , , 1843 . ( . 1914. . 18. . 9). , , . , ! !.. (1850). , , . (1849) (1850).
1812 1812 . , . . : , .
1806 . , , , .
, . , , , . . . . * *. . : , . , , . ( . ., 1923. . 4. . 2627).
, , , XIX . , , . , , - , , , , . , , 28 1857 . . . , , , , , , , , , , , , , (. 1984 . . 251).
, , , ? , 1829 . . 3 1830 . .
, , . I, . . . I .
, . . . 253255*.
1822 .
, . . . 255265*.
, Europeische Pentarchie ( ). . . . 259*.
. . . .
, , ? (2729 1830 .), . . , , , . X, , . , ( . LUnion // -2 . . 36). , 28 1789 . . . , . . . . , , , .
, 1815 . . , -, 1815 . . , , - , , , . , 1830 . X , I . , .
, . . , , , (. -2 . . 53). , 3 1830 . , , X , , . , , . . , .
1835 , 1830 ., , 1835-.
? , I. () -, . , . , . , ( , ), , , , ! , , , , I , , ! ( . . I // . . .: 2 . ., 1989. . 2. . 606, 608). . ( , ), IV I: , , , , (. : . ., 2000. . 1. . 5).
. 1840 ., - . - , , , 15 1840 . . . . , , , 1813 . . . , , ; , ( . . 8. . 18).
Rheinlied. . . Rheinlied ( ) 1840- . . , . . , . . , (.: . // . . 1999 . . 248, 258).
, : , , , , (Simon Ed. L Allemagne et la Russie au XIX sicle. P. 82).
ø . . ø . (ø . . . .: 10 . ., 1976. . 3. . 13).
, ; , , (., ., . . . . . 248293). , , , . . , , , , ( ), (.: . . 5152). . , : , , ,  ( . . 2. . 432).
III XV ., . . . (. 459*) (. 307*).
, . , , , , , . . , . . : , , , ( . . . . . . 6. . 284).
, . , , .
, . I 1830 ., , X . 1831 . , -, Quotidienne, - Journal des Dbats, National, . , 1814 ., 1820- . , , . , , , , (.: Mc Nally . S. 117; Cadot . P. 175; . . 1. . 509, 536, 626). . , . . , , ( . . - 1839 . 84). , , , . , . . , , , , , , , , , , (. : . . I // . 1906. 9. . 26). (Histoire dramatique, pittoresque et caricaturale de la Sainte Russie. P., 1854 , . , 1854), . , , , , . . . . : Les mystres de la Russie ( .) . , Fournier ( .) (M. Fournier, 1844 . Russie, Allemagne et France , . . .), . , , (-4 . . 286). , , , . :

! , ,
- , ,
;
, ! !
:
, !

( . . ., 1928. . 61).
III . . 1830- .: , , : , ; , : , , ! , , , , , , , , ( . 1937. . 3132. . 572). , .




.
( . . 309. 2301. . 1-14). , . . : . . . . (. . 231/III. . 17. . . 41. . 1-14) . . ( ), .
. 1992. 1. . 98103 104113; . . . 389399.
. . 98103 ( . . ). : deux choses exceptes des choses exceptes (25- .); quil cre quils cre (26- .); ce concours des forces ce concors de forces (57- .)
, , , Eglise () . . le pouvoir Imprial ( ) 14- . 24- , - (Un), . - , . , . .
1843 . I ( ), . . : , , , ( . . 28). . . , 1843 . , , , . , , , , , , , - ( . . 29). , , 3/15 1843 .: (. . . ) , , , . , , , ( . . 30).
, . , (. . 143). , . 27 1844 . , , (. 1984 . . 98).
. I , 1845 ., .
. , 1845 . 15 . . : . . (-2 . . 14). . . , . , . 1845 . . . . . , ( ) 셻 (-4 . . 326). . . , , , , - , , ( ). . . , ( . . ) , , (. : . . : // . 1992. 1. . 90). . . , , , Allgemeine Zeitung, . 6000 Wartgeld ( .), . , , . . , , ( ).
. , , , . . Le Chrtien . . . : , , , , , , (-4 . . 333).
. . . . 15 1845 .: , , . , : . , ! ( . . 322). 29 1845 . . . : ? , , ? , 养 (. 1911. . 14. . 510). . . 6 1845 . , - : [] , : , , , . Sapienti sat ( .) (-4 . . 324). . . , , . . , , ( . . 326). 13 1845 . . . , , , 6000 , , , . , . . ? ( . . 14. . 513). , . . , ( . . ) .
I, , , , . , ( ) ( . 1992. 1. . 9096). 1843 1845 . , , ( . . 96). , , -, , . , : , , , ? (. 1984 . . 287). , 1840- . , . , , . . , , , , : , , , (. 1984 . . 239). 17 1855 . . . 11 : , , . . , ?.. , , (-1 . . 422). 1860- . : , , , , , , , 养 ( . . 276). , , , , , , . , , ( . . 330). , , : ( . . 372). . . 29 1868 . I . . : - , : , - , - . , , , , , : , , , , , , , - . , , , , ( . . 343). 23 I , ( ) , . , 1840- . . , - , , . . . : ! ! ( . . 7. . 308).

. . (. 224228*), . (. 255265*, 283286*), (. 450451*).
, . . . : , , : , ( 1988 . . 84). ( ) ( ) . . , , , . . , : , - , . , , ( . . 190). . . . : . , , ( . . // . . 7. . 144).
: . , , . . . : , . , , ( ) , , , , . , , , , , , . ? , - , ( 1988 . . 84). , , . , , . . (. . , . . .), . , I, . . : . , ( . . 91).
, . . , . . (. 274275*), (. 322323*, 349350*), (. 451452*, 458461*).
, .
, , . . , , , . , . . , ; , , ; , , , ( . . . . : // . 1875. 10. . 328).
, , XX . . . . . . 337*.
. XI . . , ( filioque, . . ), ( ) (. . . . . 374375*) 1054 . , . . . , , , .
. , , , . . , . , , VII, , - .
: , , , . . . . . . 381382*, 387389*.
. . . * (. 161163), , , .
, . - , .
, . , , II ., , , , , . IX . I, , , II , 867 . . - 879880 ., , , , . , , XV . .
, . .
. . , - () , , . . 1309 1377 . , V, IV . ( . ultra , , montes , . , . . , ) XV . , , , . XVI . . XIX . . , , , , , , , . I . ( . Syllabus ) IX 8 1864 . ( ), (, , , , . .), . . Encyclica (. . .):


, ,



,
,
:
!

(1864 )
. , XII : , , , , , , , . , . , , , , , - , , , . , , , ( . . . ., 1982. . 409410).
, , ? ( . . ) XIII . , . 1682 . XIV , . XIX . , .
- , , , . - , 1204 . , 1625 . . - , , (. , . , . , . .). , 30- . XVII . ( ) , , . - , , , , , . , , , , , . - , . 1709 . . , , XVIII . (, , , , .) . - . . , ( . , , ) , . - ; , , , - , , , ( . . 301).
( ) , : , , 养 ( . . .: 18 . ., 1989. . IV. . 78. . 427428).
() , , , . , , . 880 . . 885 . - . . , . XVXVI . ( . . *) . , , XVII . . , .
, . IX X . . , , , , (864870 .), , , - , ( , ), . , XIX . ( . . XXV . ., 1959. . 1719). . : Dvornik F. Rome, Kiev et Byzance au IX sicle. P., 1924.
. , . . . . 375382*.
- 18301840 ., . , . . , , . , , . , , , , , , , , , , , . , , -, , ( . . . ., 1983. . 6162). . . . 10 1845 . ( . . . (18251826). ., 1964. . 264).
. , , .
. , , , , . , . . , , , . , . ; , , . , , , , . , , , , , ( ), , , ( 1994 . . 16).
, . ( ) , , , , .
. . * . (. 452461*).
, , , , , . - .
, . . , . . 1833 1834 . . , . . : . , . , . ? . . . ? . , , , , , (. : -2 . . 53).
. 18281829 . (, , , , ) , , , , - , - . , , , -, . . , . , 1840- . . , . .
, III (11981216), IV , .
, , , , . - , IX , , , , , , ,  , , . . , - - , , , (. . . ). . . , , , - , ( . . ., 1980. . 171). , , , , , . . , . . , . . , . . , . . , . . , . . , . . , . . , . . . .
, . . . . . . 371372*.
, . . . 304*.
, , . 1453 . III.
, , , 1839 .
, .
, . 1843 . : , ? , , , , -, , , , , , , , , , , , , ,  (. : . . 21). . , . . : , , , , . , , , . , , , . , , , , -. ( . . 181).
, .
, , () , , . . . . . 276277*.
1462 , III . . . III , . . . : , - , , , , III , ; III , , ( . . . . III. . 56. . 89).
. , . , , 18301840 . . . , . . . . , ( . . . . 63). - (. . . 304*). ( , ) . . (. . . . 415416*).
, , , , - , , .
- ( 1832 . I I ). , , - . , , . , . I , , . ., . I . . . . . , , , , , , : , , , , , , (. : . 18301856 . ., 1990. . 109). , , , .
, , . , , (-) , . . , , . . , ( 1988 . . 107). .
, , . . . . 293*.
: , . ( , , ) ( ) , .
, ?.. . ( . . . . 250*), , , . 1839 .
? , . I, : , .
, 1842 . . . , , . , , , , 1842 . ( . . XIX . // . ., 1996. . 4. . 93).
. . , , , , , . . .
. - . , AZ , . . (. . . . 445447*). . . 9 1842 . : , , , , , , (. : . 1992. 1. . 93).
, AZ . ( . . 7 1842 .), ; , , [ ] : , , , ( ).
( ) .
I . . . 288*.




. , , (. ).
. . La Rvolution et la Russie . . 308. . 1. . . 13. . 1-40. . . Thodore Tutchev, . : 1848. Mmoire de Tutchev (1848. ). . . (. . 859. . 30. . . 12. . 1-10). (. . 195. . 1. . . 1118. . 2837). . . : 1848, .
Mmoire prsent lEmpereur Nicolas depuis la Rvolution de fvrier par un Russe, employ suprieur des affaires trangres // P. de Bourgoing. Politique et moyens daction de la Russie, impartialement apprcis. P., 1849.
. . La Russie et la Rvolution ( 8- ) . . 1873. 5. . 895912; 912931. . ., 1886 . . 442460 529545; . 1900 . . 474492 559576; . . . 295307 344351. . . . . . . 3250 118134, . . . . 272284; . . : . . 131149; . . 399409.
. ., 1886. . 529545 ( . . ). : commencent dj se dessiner commencent dj le dessiner (25- .).
. ., 1886 , .

18/30 1848 . . . . : , , , , ; , . , , ( ) Allgemeine Zeitung, , , . , , 腻 (-2 . . 225). , . , . . . . . . . . , . . : , . , , , , , . ( . 1896. 1. . 91). . . . . I: , , . , . , , . ( . . 90). , , . , - I . , . . . . 19 / 1 1848 .: , (-2. . 229).
, . : , , ; , , - , . , , (-2 . . 228). . 1848 . , , , . . . , 1849 . Mmoire politique. Politique et moyens daction de la Russie, impartialement apprcis ( . , ). . , 12 ., , , . , Mmoire prsent lEmpereur Nicolas depuis la Rvolution de fvrier par un Russe, employ suprieur des affaires trangres (, ).
, . : , - , , (, ), . , , (. II), (. IV). , , , , (. V). : , , , , (. V). : , , , , ; , 蔅 (-1 . . 234).
RDM , , . , , (RDM . 1849. Vol. 2. 14 juin. P. 1053). , , . 1849 . Denkschrift dem Kaiser von Russland nach der Februar-Revolution bergeben von einem hheren Beamten im Ministerium der auswrtigen Angelegenheiten ( , ) AZ ( 175. 24 Juni). 15/27 1849 . . . . , ? - ( . . . . . ) Revue des Deux Mondes , , . , , - , , . , , ; , (-2 . . 232). , . . Glossen zur Tagesgeschichte ( ) Historisch-Politische Bltter fr das katholische Deutschland (1849. Bd 24. 15 July). , . , : , . , , . , , , . , , . , . , , (-1 . . 235). . . , . : Russische Denkschrift nach dem Februar-Ereigniss von 1848 ( 1848). Paalzow F. Aktenstcke der Russischen Diplomatie. Erste Lieferung. B., 1854 ( . . . 1854). , . . . (. . . *), Historisch-Politische Bltter fr das katholische Deutschland (1854. Bd 33) . . , . , . , Bltter , . . , , , , , . : Tres faciunt collegium ( .), ! (-1 . . 243244).
, , , . ( ), , , , .
. 22 1848 . . . . . : , , , . . . . ( . 1895. . 9. . 273). . . : . ( ). . . , . . ( . . 274). . . , 1848 . , . . : , , , , . , . , , ; . , , . , : ( . . 339).
. . , , : , , , , , , , , . . ? , , ? , , , , - ( ).

: . , , . , . 1853 . : : , ( . . . ., 1957. . 9. . 15). , , , - . . , - , , , , . , , , , ( , , . . ) . , , , . . . , , . , , , , : ( . . 339). , . . : , , , , , , , , , , , , . . ( . . 137138). , 1/13 1854 . : , , , , , : , , . , . ? ? ? , , , , ( . 1915. . 19. . 201). . . , , , , : - ( . // . . ., 1928. . 59). , -, , ( ) . .
, , , , , . . , . . , , , , , - ; , ( . . 45). ( , . . . . ) - , , . . . . . ( ) ( . 1986. 4. . 149). , . . . . : , , , . , ! , , ( . . 6263).
, , - . , . , (. . (1855), (1866) . .). . , . . : , ; , , , . , , , , , , , , , 腻 ( . . 192). . . : , , , , , , ( . . 480). . 1842 . , . . , . . , : , , , , ( . . 470471). . . : , , , , ( . . . ., 1900. . 1. . 63). - . . , . . 1847 .: ; . , ! , , , ( . . 314). . ( , ) . . , . . . : , , , , , , , . : , , -, , , , ( . . 5. . 79).
. . , ( ). . 1793 . , , , (22 1792 .). , , . , . , , .
. . , .
, . ( ) , ( , ).
, , , ? -, , , 1848 . . , , : . , . . , , , ; (citoyens), , , , , , ( . . 181).
, , IX. 2225 1847 . . 29 1848 . 17 1848 . IX , .
, 22 1848 . , , , . 23 . . . , , , . 24 , , , , . . 25 , , . .: . . . 1848 . . 163233.
, , , ( ) . , , IV 18 1848 . , . I , . - .
, , , 1830 , XVIII. , 1814 . - , , , - () . . - . . , , , , , . XVIII X , . . . . , , - , . 1848 . , , , 1830 .
, 1830 I, 1830 ., , ( . ., 2000. . 1. . 113114).
, I, , . , . . , ; , , , , , ( . . 1. . 362). , I , I. . , , , , , , . I, . . : , , , , , (. : . . 1. . 17). I , , . (1850) : (. : -1 . . 252).
, . . , , etc. , , , , . . ( . . 237). . . , , , ( , , ), : , , , ( . . 157). . . 7 1836 .: , , (. 1984 . . 19).
status quo . . , , ( . . 65).
, , 1830 . . 1830 . , - . , . 1832 . 20- , -- . , ! 1834 . 1830- . ( , ), . . . 1840- . . . , , , - , , 1847 . , 1848 . . 1844 ., 1847 ., , , .
, - . , , . . , . . . . , . . , , , . , , , (. : . . . // . ., 1935. . 1921. . 569). , , , , . . . . . . , , . . - , , , ( . . // . ., 1990. . 184).
-, , , , . . . : , , . , - , - , , : , - . , , ( . . 189). , . , . , . , , . .
, . . -, , . 13 14 , , , , . . 3 ʸ , , 1719 , IV .
. , 1848 . . - . , --, . . 1848 .
, - . , - , , . , . . , , , . . - , - . . . , . . , . . , . . .
( , , , ) , , - , . . . . . 442*.
, . , 1648 . .
, , , . , . : , . , . , , , , . , . , , . , , , , , 1813 , . . , , . , . , , , , - , , : . , , ( . 1915. . 19. . 195).
, . . . . . 269*.
, , , , 1809 . , , . , . 1848 . , . . . . I , . , . 5 1848 . . , , . 20- , . , (, ) . 15 1848 . , .
, - . ( 1848 . ) IV 20 1848 . , 1846 . . . . , . . . . () , 22 1848 . , . , . , - . , , , , , -, , , , , (. : 1848 . . ., 2001. . 192). : , ( ), , . 1848 . , , - .
. , . 1840- . I. . .
, , -- (), , - . ( 31 3 1848 .) .
, - , - . , . (. . . . 435436*). , . . 15/27 1872 .: , , , , . , , , , (. : . . . 18701873 . // . 1937. . 3132. . 765). . . (. . ., . 320321*). , , . , , . , , , , , , , , . , , 셻 ( . . 756).
- , , . . . , 1848 . .
, . 1853 . , , I : , 1812 ; , , , , , ( . 1914. . 18. . 61).
. XVIII . , XIX . . , . 18481849 . . . . . , .
. . . , 18 1848 . . ( , , ) - . , 22 . . . - . , .
- , , , , : !, !, !.
Tedeschi Barbari . . 12 1850 .: , , , , , , (. 1984 . . 147).
, . . , , , , , , , , , ., , 1846 ., -. 1848 . . , ( ) , I , . . . , .
. , . , . , . , . , . , , , . XIX . , (. . , . . , . . .). 18421843 . . . : , , ., . , , , , , . ( . . . . 275).
. , .
, . , . . ( ), , , , , (. . . . 442*).
, , (13711415). , , , , , . . , , , . , . . (1869):


!


.
, ,
,



. . : , , , , , , , , . ( . . 480481). . . , , 酻 ( 1994 . . 33).
, , . . 6 1871 .: , ( . . .) , , , , . . , , , , , , , , . , , , (. : . . 145). , . . : , , . , . . , ; - . , ( . . 146).
, , - . 1848 . , . . , . ( . , ) 1358 . , . .
? , . . , 1848 . . 3 1848 . . ( ) . 15 , . , .
(17911861) , . . ( . 26 1841 .) , . . . , : -. , . . . : , , , , , , . - , . , . , , , , . , 18 . , , , . , , , ( . . . . 15). , . . . , . . , 12 1843 . : . ; ; ; , ; , ; () (. : . . . (1840- .) // . . 151).
, , , . , . . . , . . , . . , . . , . . , , . . , , . ( , ) . , . . , . . , . . , . . . , . , . , , . , (. : . . : XIX . -, 1998. . 80). , , , . . : , , , , . . , . , , , - . , . , , , , (-1 . . 426). : , . , , , , , , , , . , , , , , , , . , , , , , (. 1984 . . 300). . . . , - , , () , , , 酻 ( . // . . ., 1992. . 224).
, , (. . . . . 371372*).
. - , . , : . , , , , , . , , . , , , . , , (. 1984 . . 142143).
, . , , , , . , , . , , . , ( IX . - , , , ). , , XIXIII ., , , , XIV . . , XVI . . , , , , , , .
I, .
. 1830- . , . .
, . 1847 . , , 10 : , , , , . . 3 1848 . . . , , .
, . I. . , . . , . . (. -2 . . 53).
(. . . 436*).
(, . .), , , , : , , . . III .
(. 742814) 768 . , 800 . , , , , . , 800 . III . , , , , . 1830 . . , , :



, ,
, ,
, !

, , ( , ), . , . . , ( II ) , : , III, , , , ( 774 . , I, , . . . ). . . , (-1 . . 313). , .
. 157 1815 -, . . 12 1850 . : 1815 . , , , . , , (. 1984 . . 145).
. , , , , , , , , - - . . , , , .
, , , . . , , , 1848 . : , -, , ( , ) , , , , , , ( . . : 6 . ., 1885. . 6. . 540541). , 17 , 1848 . . , . , - . 1848 . . , . . . . , . . . . 7 1848 . . . : 1848 , , , , , , , ; , ( . . 116117). . . , . 20 1851 . : . , , , , 酻 (. 1984 . . 177). . . ( . . 23. . 4750).




.
(. 308. . 1. . . 14. . 1-13) . , La question romaine par lauteur du mmoire sur la situation actuelle: 1849. Publi dans la Revue des Deux Mondes ( , : 1849. ĸ ); . 308. . 1. . . 15. . 1-12 . . , La question Romaine ( ). : Publi dans la Revue des Deux Mondes. Livraison du 1 janvier 1850 ( ĸ 1 1850). .
RDM . 1850. . 5. 1 janvier. P. 119133 La papaut et la question romaine au point de vue de Saint-Ptersbourg ( . . -2 . . 239).
. ( . . ) . 1886. 5. . 3551 . . : . . : La papaut et la question romaine au point de vue de Saint-Ptersbourg. , , , -, , . , 36 , . ( . 1886. 5. . 33). . ., 1886 . (. 546571), (. 461487) . 1900 (. 493518 577602), . (. 307324 352363) . . . . . . 5177 135158, . . . . 284301; . . : . . 3763; . . 409424.
. ., 1886. . 546571 ( . . ).
. ., 1886 , . , , christianisme, glise, catholicisme, protestantisme, papaut, pape, tat, empereur, rvolution, rforme, unit , , .

, La Papaut et la Question Romaine ( ) 1/13 1849 ., La Question Romaine ( ). , , , , , RDM . 1829 . , , , . , 1848 . . , RDM , . . . , , (Broglie Gabriel de. Histoire politique de la Revue des Deux Mondes. P., 1979. P. 67). , , , , , , , RDM . . .
9/21 1849 . . . . : , , . , . ; , , , , . , , , , . , , ( ) , , . , - , (-2 . . 235).
. , , 20 1849 / 1 1850 . , , Revue des Deux Mondes. , , , , - , , . , - . , : , , (-2 . . 239). . . RDM 14 1849 ., . , , , : La papaut et la question romaine au point de vue de Saint-Ptersbourg ( -).
-, , . , , , , (RDM . 1850. Vol. V. 1 janv. P. 117). , , , , , , ( . . 118). , , : ; , . , , - . , . , , ; , , , ; , ; , ( , , , , ), , ( . . 118).
. . : , , Revue 1 . , , , , . Revue .
, . - , Revue, , , , , , . Revue, , , ( ), . , , (. : . . 129).
. . , . . , , Revue . , 1850 . , - ( . 1840- 1850- ). . . . , . , , LAutorit. , , - . , , , . , , , , , , - . , , . , : , , - , . , . , :
, , . , 1849 . ( ), , , .
, , . , , , , , , , , , . , , , . , , , XIV. : , , , , . , : (. . .) , ,
 Le Constitutionnel 7 1850 . , , . , , , , , .
LIndpendance Belge: Le Constitutionnel, , , , , , pontifex ( .; . . . ) .
, Le Constitutionnel, LUnivers. Le Constitutionnel , , --. : Le Constitutionnel LUnivers - .
LAmi de la Religion. , Le Constitutionnel . . . , . , , , , . , , , , .
, , LAmi de la Religion, . LEglise catholique juge par un diplomate russe et par un ministre anglican ( ). .  , , , . : , , , . . , , : ? - !. , , , , . : , , , . . : , , , , .
, Le despotisme russe ( ), Le Correspondant. . . , , . ( . . ): .
, , . . .  : , , , ( . . (18001882), , . . . ), , , , , , , . , , ( . coterie , ; , . . . ), , , , ; , , , , . ; . ( ); , , , . , : , , . ( , , , ), , , , . (ce cri de joie tartar). . , I. , , . , . : , , Revue des Deux Mondes, 픻 (-1 . . 238240).
, . 1850 . . . . . , , ( . 1896. 3. . 371). . . , . . , : Revue des Deux Mondes , , , . ( 1900. . 8. . 200). . . , : , . , . , (. : . ., 1982. . 191). , , . . . . 1850 .: (. . . ) 1- Revue d. d. m. ( . . . ., 1885. . 3. . 404). . . . . : , Revue des Deux Mondes , . -, , , . , ( . 1886. 3. . 353).
, , 1850 . . . : , , , XVIII . , ( (. 18, 36). . . ), , , , , , , . , , , , , , ; , , -, , , , , () , ; Aix-la-Chapelle ( , . . . ), , , ; , , , , , , , ( . . . . . . : 2 . ., 1991. . 2 . 237238).
RDM . , 1851 . . Socialisme catholique. La droute des Csars. La Gaule trs chrtienne et le czar orthodoxe ( . . ) , .  . . , 1851 . . . La Russie considre au point de vue europen (, ). . , , . , Les Martyrs de la Russie ( ), . . , , I, , , , , . . , . , : ? ? . : , , . (le moi rpublicain) , , , , (le moi individuel) , ? I , , . . : 셔 . , 1789 : , , . , , ? , . , . : ! (-1 . . 241).
1852 . . . , La Papaut. Rponse M. Tutcheff, conseiller de S. M. lEmpereur de Russie (. . , . . ), . , , - , , , , , . . , , , , .
. . . . , 1853 . Ignotus () . . Ouelques mots par un chrtien orthodoxe sur les communions occidentales loccasion dune brochure de M. Laurentie ( . ). , Revue des Deux Mondes , , . , . . , - , . 1852 . , - ( 1994 . . 27). - , , , . , . . , . , , . . , - . , , - , - , . , , ; . , , , , , , .
. , . ; , ; , , ; , ; , . - ; ; , ( ), , , , , , , , . , , ( . . 4243, 45, 70).
. , , , . . . ( , , ) : , , ; , . , , . , . , ? (Forcade E. La question dOrient. Les ngociations confidentielles de Londres et de lEglise russe . . // RDM . 1854. Vol. 16. 1 avril. P. 189). , . , (. . . . 459*), . - , , , ; , , ? ( ).
. (LAutriche et la politique du cabinet de Vienne dans la question dOrient .), , 1854 . . , , , , . , 1813 , . . , , 18211823 . . . , 1830 1848 . , . : , . , ; , , (RDM . 1854. Vol. 6. 1 juin. P. 886). . - , .
, -, . . 21 / 3 1854 . , , , , , . . , , , , , , , , , , , , ( . 1915. . 19. . 203204).
1854 . , . , , (RDM . 1854. Vol. 6. 14 juin. P. 1280).
, I, . . , RDM . , . , : . , , . , , . . - . . : ; , ; . , II, (-1 . . 244).
. . , . . - , - . . . 1856 . La Russie sera-t-elle catholique? ( ?) RDM . , . , : , , , , , , . - , . , , , , XIX . , , ( ). . . , , . . . , . . . . 3 1873 ., : . ! , (. . 130. . 1. . . 76 ).
. . . . , 1858 . . . Encore quelques mots par un chrtien orthodoxe sur les communions occidentales loccasion de plusieurs publications religieuses, latines et protestantes ( , ). . . , . RDM . . . - , , , , , , , . , : , , , , , ( 1994 . . 172). - , , , XVI . ( ). . . . . , ( ), , , . .
, RDM , 1857 . , The Rambler (Vol. XI) The Russian Church ( .). , . . RDM . : , (. : -1 . . 245). . 1858 . Historisch-Politische Bltter fr das katholische Deutschland (Bd 41) The Rambler. , , , . : : , [] , , , , . , , . , , , (-1 . . 245). - , : , : , ( . . 246247). , , , , , , , , . . , , - . ( ) ( . . , . . ) . , , . , . 1862 . Le Pape et le Czar ( ). 1863 . The Times . . . . 1864 .  . . 1867 . . , . , . 1873 . . , 셔, , . ( . . 247).

, , , . , , : / (, 1867); / (. . , 1869) . . , , , , (. 养, 1831; , 1853; , 1866 .). , , , ( , 1867). , , , , , . . . . . : , , , (-2 . . 265). . : , . ( : , ), , (, ) ( . . , , // -1 . . 45). . , , ( ) . . . , (. : . . // . . . ., 1991. . 1517).
, , , .
18481849 . .
, I ( . XVI .). ( ) ( ) . 30-40- . XIX . (. , . , . , . .), .
, , . , , , . - , . , , . , ( . . 147). , , , , , (, , , , , , . .). , , , , .
, , , . . . ( ) (1823): ! !. .
, , . 1054 ., .
, , . filioque . ( .). 589 . , . , , . , 1054 . . , ( ) . ( IVV ., , ), . ( ) . - , , . . .
. . , . . . . , , , ( ) . , , . , , ( ), , , , - , , - , , , , , , ( 1994 . . 7).
, , . , .
: . , (. 18, 36), , : , , , , (. 6, 1920). , , .
, . , , , , .
, , , , , . , , , , , , , , , , , . . , , , , . . 养 (1834) , . , , .
, . . , . . , ( . . . ) , -; , , , , , , , , , ( 1988 . . 49). , , . , , . , . , , : , , , . : ? : . . , , ( (). . ., 1992. . 7).
, , . . . . . 324*.
, VII . (14831546), 1520 . , , , . , , , , - VII (. 10201085), 10731085 . 20 , , , : , , , . . , , . . VII , , , , .
. . , - ( ) . , , , . , 1840 . Gegenvart und Zukunft Europas ( ), , . - , , , , , , . . , . , , - , . , ( , , ) . . , , , - ( . . 25. . 59). , . . , , : , , , , , , , ( . 1971. . 86. . 244). . . . : , , . . , , . , , (tota Christianitas), , , , - , - () . . , , , , , . . ( 1988 . . 200). . . , . . , : , , , ; , , , , , , , : , , , , , , , , , , , , ( 1900 . . 2. . XXX, XXXIV). , , , , , , , , , , , ( . . . , 1902. . 1. . II. . 12591260). . . , .
, . . . , , . , , , , , , . , , , - ( . . 452453). , , .
, , . VIII . II . XI . , . VII , . XII . III , . III , , : , - : , , , , , , , , , , : (auctoritas) (potestas). , , , , (. : . . XXV . . 92). IV , (13091377). (1431) .
, , , , , , , . . , (. : // . . . ., 1982. . 120138). VI , , , . . , : , , , , . , ? ; , . , ( . . 2. . 437).
. , , , ( ) . , .
. . . . . 323324*.
, , . , . ( ) . . . . : , souverainet du peuple ( .). souverainet suprme ( .). 1612 ? , ? , , -, - . un acte de souverainet ( .)! - . . . , , , . ( 1900 . . 8. . 200201). . . : , (, ).
, . , (. 12, 30).
. , - -. , , . . , . , . . . : , , . , , , , , , , , , , , , , ( . . 26. . 165166).
, , 18481849 . , .
IX 1848 . . . . . . , , IX. 1849 . . , , II . IX , . , , , 3 1849 . 22 . , .
. 18481849 . , , . . . , , : , , , , ? ( . . // . . 5. . 98).
!.. 1846 . IX, , , , , . . , -, , . , . . , , ; , , IX; , , , ( . . 105). IX , , , . . 1838 ., , , . . : , , , , , , , , , (. : 1999 . . 195).
. IX , , , . , . , , , . IX , , . . . : , . , ; , , ; , , , . , ; , , , ( . . 5. . 124).
. 1848 ., - . . . , , . 1848 . , . IX, .
1534 . . (, ) 셻. , , , , . , , , , . . , , , . . , , . , . . , , , . , , . -, , . , , , , . - , , , , , , .
. (16231662), XVII ., ( ) , , - . , , . . . , , , ⅻ ( . lUnion // -2 . . 36).
, , , , . , , , .
, , , , , , , , , .
, !. : ! , ! , (. 22, 42).
, , , ( ) . , , . , , , , , . , . , . . . (. 1984 . . 359).
, , . 1594 . , IV. 1608 ., , IV - . 1759 ., I, 1764 . - . 1773 . XIV , VII 1814 . . .
, , . . . (. 338339*) (. 436*).
. , , . (18021874) . (18011852). . - . XIX ., . (. : . . ., 1916). , , , , . . , , , , . (1843). . , , , , ( ) , , , , . . - : , 18481849 ., , - , , ( . . . 262263). . , , . , . , , .
. . , , ( . pontifex ).
. , , .
, , , , VII . . , . ( ) . . - IX . . - , , , , , .
, - - , . , . . : , , , , , , 1830 . ( . . // . . 6. . 29). . . , , . 1848 . ( . ) , , .
. , , , IX , , 15 1848 . . , , 25 . 21 1849 . , . . , , , 9 . : , , , .
. . , , . , . .
. , , 3 1849 . .
22 1849 . , . 3 .
. . 1789 . 1839 . . . , . : , , . , , - . , , (. : 1999 . . 215).
. . , , , 1848 . - . , 1849 . .
17931794 ., , . , . . , .
. . .
. .
, !.. 1054 .
. . 29 1868 . , : , , , : ; , , , . , , , , ; raison dtre ( .) , (-1 . . 343). , , , . , , , . . , , , . , , ( . . 187). , . . : , , , , , , . - : , , , . , , , ( ), , , 酻 ( . . 182183).
, 1846 . I, .




. . 308. . 1. . . 10. . 1-23.
( . . ) . . 308. . 1. . . 11. . 1-24.
-1 . . 201225.
. . . . : . . 1727, 7073, 7880, 8689, 100103, 125126, 155157; . . 431448.
. . 201205 210217 ( . .). : lapothose du moi lapothose de moi (7- . I 1 La situation en 1849); 9- . pour y vivre pour vivre, 10- . . trop de, 17- . menace sauver la socit, 18- . . ; 2 2- . . comme recouvert avait classs comme le recours ce mirage que vit ce mirage vit, 3- . ddifier de faire . jamais; 3 1- . le sont plus assez le sont assez, 2- . les souverainets locales les souverains locaux ne se servir dun de ses bras que ne se servir qun de ses bras; preti pretri (1- . III 2 LItalie); pour de la suprmatie pour la suprmatie (5- . IV 1 LUnit Allemande); le principe plastique le principe (14- . VI La Russie); . bris (7- . VII 1 La Russie et Napolon); . 8- . ( 1- 7- , 4- , 8- , , ; le Pouvoir du Principe Rvolutionnaire le pouvoir du principe rvolutionnaire (4- . IX 2).
. . , .
, , , . c, s m , . , , .
1- , , I , . . : Brouillon dune lettre adresse au prince Wiazemsky ( ). I La situation en 1849 ( 1849 .) : La question romaine (qui a paru dans la Revue des Deux Mondes) ( ĸ ). . . , . . : Brouillon dune lettre adresse je crois au Pce Wiazemsky ( , , . ). . . . . . . ( . . 175178).

1

, . . : , , , , , , , , , , , , , , ( . . 200.) , . , VIII , II , 1/13 1849 . , . , . , 1849 . (13 ), 1/13 1850 . . : , , , , , , , , (-2 . . 240). , . . . , . . ( .: . . // -1 . . 184186). : . , . . , - . Tractatus politicus, , ( . // . . ., 1928. . 44).
, , , . . . , , 19601970 ., - . , - , , ( . . // -1 . . 132).
, ( , , ). . . , , (-2 . . 124). . . : , , , , , , , , , , ( . . 25). . . , , - Standpunkt (, .) ( . . 51).
Standpunkt , , , - , ( ) . , , . . . , , , , . , -, - .
, - , , , - , . , , , -, - , .
, , . . . - . . - ( . 1875. 9. . 5975) . . . .  ( . . 7698; 10. . 325344). - . . . . : , .
. . . . , , : , , : , , ( . 10. . 343). ., , , , - , , , . . . : , , , , . , , , , , . , , , , ( . . 134).
Standpunkt , , , , , . . . , . , , , . , , , . , , , , . , , , , , . . . , , , , . , , , , ; , ( . . . // . . . . ., 1990. . 294296). . . (. . *). , . , , . , - , , - . . , , , , . , - , (. . , . . , . . , . . ). , : ( . . // . . . . ., 1991. . 469).
. . . . . . , , - . , . . , . . , . , , ( . : . . I. // . 1915. 2. . 95115).
. , : , , , : : , , , , ( . . . , 1916. . 5). . . . , , . . ( . . . ., 1915) . . ( . . . ., 1915). , ( . . *).
. (., 1902), , ( ) , .
- 20-30- . XX . , . , . . , , ( . . . ., 1924. . 1. . 478). ( ), : , - , , , ( . . 466). - , , . , . . , , ( . . 472). , .
. . , , : , . , ( . 14- 1825 // . . 75). . . , , , .
. . ( . 1918. 1. . 6389) , . . . , , , , ( . . .; ., 1929. . 303).
1930- . . . . . ( . 1935. . 1921. . 177218) . . 18701873 . ( . 1937. . 3132. . 753776), , , . , . , , . (., 1962) (., 1978) . . .
XX . , . . . . . , , , : , , - , ┻ ( . . . ., 1959. . 456).
. . ( . . . ., 1968. . 183216), , , . (, , ), , . , . . , , . , , ( . . 197).
( . . // , , - . , 1989. . 75). . . . (. . . -. , 1983. . 620. . 3135), ( ) . - , . . . . . . . , . . .
. . . . ( ) ( . 1986. 4. . 139152) ( ) , , , . , XIX . , , , , , . . . ( . IV . ., 1995. . 2937) , , .
-1, 2 , . . . , , . , . . , . , , , , , , , , - (-1 . . 191).
-1 - - , " ( . . 8). - , , . . . - , , - 60- . XIX . , ( . . 139140). ( ) , , , .
, . , . . , . . , , ( . . . // . . . . . ., 1987. . 8). . . , ( . . : . . // . . 1999 . . 289).
. . , , - ( . . - . . // . , 1989. . 814). 40- . XIX . , , . . , . . , , - , I - . , - , . .
, (, ) ( . . XIX // . . XVIII XX . ., 1992. . 16. . 96). , . , , , . , . . . . ( . . 40-60- XIX . // - . ., 2000. . 1, 2. . 276). , , , . . . 40- - . , . , . , ( . // . . 16. . 31).
, , , . 1840- 1850- (-1 . . 231252). . (La Posie et lidologie de Tioutchev. Strasburg, 1937 . , 1937) , , , , , , , . . , , . . . . , (Sheibert Peter. Von Bakunin zu Lenin ( ). Leiden. 1970. S. 289291). . (. . , . . , . . , . . ), (Schelting Alexander von. Ruland und der Westen im russischen Geschichtsdenken der zweiten Hlfte des 19. Jahrhunderts ( 19- ). B., 1989. S. 76). , . . , . . . . , . . . . , . . , (Fadner F. Seventy years of Pan-Slavism in Russia. From Karazin to Danilevskij: 18001870. Washington, 1962).
. ( . IV . ., 1995. . 3854) , , . , : , , , , , ( . . 39). , , , , .
. . ( . . . - . , 1993. . 1. . 276303), , . . : ( ) ( . . ., 1998. . 223235; 344357). . . , , , , , : , , ( . . 225). , , ; ( ), , - . . . . . , . . ( ) . . .
. . ( . IIV . , 2001. . 3457) . . (, , , . .) . , , , , , - , . , ( ) ( , ), .

2

, . , , , , (-2 . . 221). , , , , , , .
, . . , , , , , , . , (, ) (. . ), , . , , . . , , , , . , , . . , ( ) . , , , , , . . . .
. . , 1830- .: . , , , . , , . , , , . . , , 셻 (-2 . . 37).
. . , . , - (-), : - , . , , . , ( , ). , ( ) , , . , , , , : , . , , , , : . , , (. : . . 198). , , . . : (-1 . . 567).
. . ( ), , , , , . , . . : , , , , . , , , , , : ? : ; , , , , ; , ( . . 2. . 311, 315).
. . . . , , . , , , , , , , ?. , - , , , - -.
( ) , , , - . , . , , . , ( . 1915. . 19. . 205).
, , , . , . , , . , , (. : . . 198). , , , (, ) . , , - (-1 . . 366). , , . , - .
, , , , , , , , . , , . , , , , . : , , , . ; , , . , (-1 . . 206).
, , . , . . : , , , , , , , , . , , , , , , , , , , 30 , ( . . 199).
( . 1937. . 3132. . 769), , , , . , . , . ( . ( ) // . . . 345).
, , , , , . . . 1846 . : , , . (-1 . . 486). , , , , . , , , , .
, ( , ). , , , . , :  (. 18, 36). , , , , . , , , , , , .
. . , - , , - . , , , , ( ) , - , - , , . , , , , , : , , , , , , . , , , , (. . , . . , . . .).
, , . . , . , . . , , , , , , , ( . . 23. . 46). . . , , , .
, - , . , , , . , 2/14 1865 . . . , , , , , . (-1 . . 388).
: , , , , , , , , , ? ( . . 334). , , : , , , , , , . , , , . , , ( ).
, , . , (. . ): , ( . . 272). , , , , , - .
, . , , , , , , , , , , , , , , , . , , , , , . , , , , , : , , ( . 1937. . 3132. . 758).
1842 . . . , (-2 . . 459). : ҋ , , , ; ( . . 460). 1830- . . . , , , . . . 养 (1831), , , .
- . , . , 1830- . . . , (. : . 1891. . 4. . 144). . . , , : , ! ; . ? , . ; ( . . 127). 1840- . . . : , , , , , , ( . 1843. 142. . 857).
, ( ) . . , . . . , 1831 . , , , , , . , , . - . , , , . ( . . 323). . . , (. . ) . . . , , , , : , -. , , , , . , , , , , , . , (. : . . . ., 1999. . 71). . . . , , ( . . 72).
. . . . ( . , : , ) , . , - , . ( , ) . . . , , .

1848 . , .
. 23 1848 ., , . . , . . . 26 . 11 . , 3,5 . .
. , , , , . . . , : , : , , , , ? 셻 (. 1984 . . 205). , , , , : : , , , , . : , . 40 . - ( . . 208). , . . 2 1867 . : 煻 ( . . 311).
, 14 1849 . . I , , I . 21 . . . , 31 .
. , (. . . . 319320*) , (. . . . . 375377*). . . : , , , XVI , , , . , , , , , , ( . . 339340). . . . , . , , , . , , , , (Maistre J. de. Ecrits sur la Rvolution. P., 1989. P. 219). . . . , , .
. . . . . . 324*.
- . . 1820- . , , -, , ( ) 1789 . ( ). . . ( , , ), 1847 . 1848 . , . , . , , , : , , ! 1849 . , . . De la dmocratie en France ( ), .
, , , . . -, . . , . , . , . . ( . .: . . . ., 1956), . , . . , . . 1824 . Globe, , . . . . . 23 / 4 1874 ., Globe , , . Globe . , , . , Globe , , , (-2 . . 4546). , , , . , , , , , , , . , , . . . . , , 1828 . . . . . -: , , , , (-2 . . 33). , , , , , , , (. . . 429431*, 437*).
16- . . .
, , , ? , , . . : , , , , , : , , . , , , (. : -1 . . 225).
1848 , 1848 . .
21 . RDM , . , , , (Broglie Gabriel de. Histoire politique de la Revue des Deux Mondes. P., 1979. . 78).
.
- ?.. , 24 1848 . . . .
, , , . , , . 3 1855 .: , , , , , , , , , . , -, , , , , , , , , , ( . 1915. . 19. . 229).
, , , , , , , .
, , . , , . , , , ; , ; , , , , (. : Las Cases . . 1. P. 252). , , , , (.: . . I // . . .: 12 . ., 1958. . 4. . 502553). , . : , 蔻 (. : - . . . , 1993. . 228). , : , , . ( ). , , , , , , , - .
. , , , , - , - , , , , . , , , . . , . , (-1 . . 426). (. . . ), , , , : , ( ), . , , , .
. , , , .
. (. : 1999 . . 195) . . . ( . . , . . ), , , : : (lhomme ne relve que de lui-mme); , - , . , , , , , . ? , , , , : . , , , , . , , , . , , , , , , . , , ( , , ), . , . , , , , , , , . . , ; , , , . , - , , , . , , , (. : . . 177178). . . .
, , , , - - , , . , . . . , , , , , , , . - , . . , , , . , , ( . . 165). . . , , , , , . . . , , . , , , , . , , , ( . . 3132).
1848 . (. . . 347*).
. . . . . . 331*.
, -, 16181648 . , , , , , , , , . . . . . . 266*.
. . . (. . . 338339*).
, , , . - 18481849 ., IX (. . . . . 384387*).
60 , , . . . . . 323324*. . (. . . 394*).
, . . . . . 319325*. . . , , , .
, , , .
, . . . . 441*.
. . . . . . 390392*.
. 18481849 .
, , , . . (13041374), , (., , ) . 30-40- . XIX . . . , . , . . , . (18051872). 1831 . , , 1849 . .
, . . . . . . 393*.
.
, . . , , , .
. , V . , ( ) .
? translatio imperii , , , (. . . 452455*). , translatio imperii , . , , . , , , , , . translatio imperii .: Goez W. Translatio imperii. Ein Beitrag zur Geschichte des Geschichtsdenkens und der politischen Theorien im Mittelalter und in der frhen Neuzeit. Tbingen, 1958; . . ., 1992; . . Translatio studii: // . ., 1994. . 87154.
476 . , (), , . 330 . , ( 381 .) , . , VI . (). , I (483565), , , , (. . . 452455*).
, . , () () . , : , (. : . . 231).
, . , . 962 ., XII I , , . , XIXIII . , , , . , 1122 ., .
. (17011714) , . , . , 18141815 ., , .
. 29 1848 . IX , . 18 1849 . , , , .
. - 18481849 . - .
, , . , .
. ( ) , , .
(. . ) - . . *.
: tedeschi preti . . . . 436437*.
. , , , .
. IX, 18481849 . , , XVI . .
. . . , . . , , , : ? ? , (inconvnients), ?... , , , (. : . . 175). - , , .
, , , .
(11381254), I , VI II .
, .
? 1848 . -- , , , . , 364 , 154 , 57 , 85 , 4 1 .
. , , , , , .
, , , . . . . . . 390391*.
( ). , .
, . , (-) , - . , VI 1740 . . .
. . .
, . , . , 1779 . .
. .
. . 1618 . , 1525 . . - , XIIXVII . ( ), 1701 . , , II .
. . . . . . . 442443*.
. ( , , ), . , , .
. (14151701), , .
, . , , , . .
( ) . XVIIXVIII . . , , , , . , , , , . , , , , , , .
. 18481849 .
, 3 1848 . . , , . 15 , , . . .
? .
. . . (17901861) , , . 1840- . , AZ , 1845 . Fragmente aus dem Orient ( ). . . ( ) , . . . 12 1843 .: , , 酻 (. : . . . (1840- .) // . . 151). Fragmente aus dem Orient, , . . : - , , , Haygyon-Horos ( . . 7. . 158). . 9 1842 . . . : - ; , , ; ; , . . , , ( . . 146). , , , , , , . . . , . , . . . (. : . . III ( ) // . . , 1994. . 122128). . . . , , , , (. : Rauch Georg von. J. Ph. Fallmerayer und der russische Reichsgedanke bei F. I. Tjutev // Jahrbcher fr Geschichte Osteuropas. Bd I. Hf. 1. 1953. S. 7296). Fragmente aus dem Orient: - , . . , , , , . , , , -. , , , , , , . , , (. : . . 167). , . . , .
, . , X . I : , , , . , . , ( . . XXV . . 31). - , . . . - (., 1871) , - , , - : . . , , . , , , , (. : . . . . . . , 2001. . 205). : , , Drang nach Osten . , , . , New York Daily Tribune 18511852 . , . - , , , , , , , , , , , , , . ( , 1848 .), 씅 ( . . 205206).
. .
, , , ?.. , , , , . 1849 . , . , , , , . , - .
, , , . . . : , . , , , , - , , , , , . . , - ; : , , ( . . 215216). . . , , ( . . 217). , . . 3 1849 ., : , , , . , , , , , , , , , 셻 (-1 . . 539). . .: . . . ., 2001.
, (11 1848 .) . , : , , (. : -1 . . 429).
.
, , . . . (. 259265*, 283286*), (. 293294*). . . : , . -, , , , . , , . , . , , , . , , , , ; , (. : . // . 1937. . 3132. . 205). .-. , , , , , (. : Corbet Ch. Lopinion franaise face linconnue russe (17991894). P., 1967. P. 282). . . , : , , , ; , . , ( . . 7. . 149).
, , , , . . , . . , . . . . , - .
, , . , , , . . . , : , , : , ( 1988 . . 84). . . . . 293*.
. .
: , . , , , , (. . . 461*), . . . , : , , ( ), , . ( ) (), ; intus-susceptio ( .) . . ( . , . ., 1913. . 323).
, . . . 18461848 . ( Constitutionnel, 17- , ), . . . I (- ) -: , , ; , ( . . ., 1904. . 39).
- , .
. .
? . . 4 . 5- . , (-, -, -, ) 2- (3044) 7- (1-28) , 2- . (38) , , , . . . ( ) , , , , , , . , , ( , , , ), . , . , . (. 200 .): , , , - ? , , , . : . 245 , , . 300 , , . , , . , , , ; , , , , , , , (. : . . 17). , , , -, , - (. 2, 4043). ( , ), , (. 7, 2327). . (17, 3).
, , , , , . , , Pax Christiana Pax Romana : IV . . - . , . ( . . ( ) // . ., 1972. . 415 (. . : D. Zakythinos. Byzance et les peuples de lEurope du Sud-Est. La synthse byzantine. Actes du I Congrs international des tudes balkaniques et sud-est europennes. III. Sofia, 1969. P. 1314). ( , ) , , , . ( ) (), : , , : , , , ; , (. : . . Translatio studii . 9899). , , , , . 330 . ( II 381 . ), 476 . , , . ( ) , , . . . () , . . , , , , . - , , , , ( . . 20). . : Roma, Constantinopoli, Mosca. Atti del I Seminario internazionale di studi storici Da Roma alla terza Roma 2123 aprile 1981. Napoli, 1983; Popoli e spazio romano tra diritto e profezia. Atti del III Seminario internazionale di studi storici Da Roma alla terza Roma 2123 aprile 1983. Napoli, 1986; - : . IX . , 2931 1989 . ., 1995; , , : - XVII . VI . , 2830 1986 . ., 1997.
, . , . . . . . . 324*.
. , . . . : . , , , , , ( . . // . 1997. 5. . 57). , XIV . IV , . , III, I V, . , V. , - XIV . , . 4 1853 . : , , , : , , , , , , , , ? , , ? ( . . . . 18531855. ., 1990. . 124).
. . . . . . 347348*.
V . V (15001558) . . V , - , . (1555) , V (.: Schalk F. Karl V, der Kaiser und seine Zeit. Mnchen, 1960).
XIV . XIV (16381715), , . , , . ( , ), 1697 . -. XIV 17011714 . .
. , , ( ) , . , , , , - ( 腻). . . . : . . , . . , - , , , . .
, . - . , , .
. , . , ( ) .
, ( ) . . . . . . 380381*.
. , , . , , . (, III ), XVI . , , , , . IX , ( . // , , : - XVII . ., 1997. . 217). , , , , , . III , XI, . 1492 . : III, , (. : . . . . 63). . 381 ., , , 1589 ., IV , . , de facto, de jure , . ( ) XVI . , , , , , . . : , , ; , . , , (. : . . 238). , . ( 1860- .), ( ) . ( , ), ( ) . . III.
. . (. 305306*), . , , 1839 - , . . , , - X , - (.: . // . 1937. . 2930. . 597). . . (. . . 445447*).
. , . . . .
, , . . : , , ( . . 225).
, . . . . 451452*, . . : , , ( . , . . 372).
, 18 , . . . , , -, , , , ( . . . ., 1993. . 7). , , . , : . , , (. : Bertrand . T. 2. P. 102). : , , . ? , ? !.. (Las Cases . T. 1. P. 273). - - . , , , , : (. . .: 15 . ., 1959. . 11. . 45). , , . , , , . , . , . . (. : Bertrand . T. 1. P. 175). , , . - - , , , : , . , , . , , , . . , : , ; (. : Bertier de Sauvigny G. de. Metternich et son temps. P., 1959. P. 221). , , , . , , - . . . , , , ; , , (. : I . . 386387). , , . .: Oeuvres littraires et crits militaires de Napolon. Vol. 13. P., 19671968; Duverger M. La monarchie rpublicaine, ou Comment les dmocrates se donnent des rois. P., 1974; . ., 1989; I, . . . 18. ., 1997; . . . ., 1998.
. , . III , , VII , , . , , . , . : , , ( , , . Tulard . P. 173), . VII ; 1808 ., , VII 1814 . , , : , ( . . ., 1997. . 203). . .: Masson Fr. Le Sacre et le couronnement de Napolon. P., 1978; Cabanis J. Le Sacre de Napolon. P., 1970.
, . , : , . , : , . (Tulard . P. 171). , , ( . . . ., 1957. . 149). . . , , : , , , . . (. : Bertier de Sauvigny. Metternich et son temps. P. 220). . . : , ? , , , , , . ? , , ( . . . . .: 13 . ., 1955. . 9. . 315). , , .
. . , , .
, . , , 1812 . , , . . . . , (Bertrand . T. 1. P. 99100). , , : . , , , , (. : Tulard . P. 390). , , . , , , . , . , , ( , , . .), : , , , , , . ( ), , , , , . . , , , (. . . : ). - : . 1012 , . , , , . , , , : . 酻 (Bertrand . T. 1. P. 99).
I . 1808 ., ( ), , , , , . , , I , - . . , : ( , ). , .
. , , . 1806 . , , . , : , , , , , , , ( . . . 605).
- : . . ( 22 1812 .) .
, (1850). , : , (. : . . 223).
, , , , , . , , 1813 . () (. : . , I // . 2002. 3. . 220). . . , : , , ; , . , (Bertier de Sauvigny G. de. Metternich et son temps. P. 225).
, , , . , , , . , . (. : . . . . ., 1943. . 346). , . , , , , , . , , , , , , , . , , , , , . , ( , , , . .). : , . , (. : Bertrand . T. 2. P. 105106). , , , , , , , , , . , , , . , , . . , . , . ; , , , (Bertrand . T. 1. P. 120). , . , , , . . . , , , . . . , , . , . , , , , (Bertier de Sauvigny G. Metternich et son temps. P. 218). , , , , , , , , - .
5- , . , (306337), , . . . : , , , ( . . .: 2 . ., 1989. . 2. . 562). , , , , ( ), , - . Pax Constantiniana, Imperium Romanum . . , , . , , de jure. - de facto ( . . // , , : - XVII . . 128). , , , . , (episcopus laicus) , . . , , , . , , , , ( . - . ., 1997. . 272273). , , (. . . 473*). .
. , , (381 .) (1589 .) , . , , , . IV . V ., (IXX .), , ( . . 326, 234). , , .
, . . . . 470472*.
, , , , . - - , , , , , .
, , , , . (361363), - () . , , , , , , , , , , , , , . , ( . . // . ., 1996. . 335). , -, - , , , , , (1439 .), , , . , , .
. . . : , , , . , . , , , , ( . . ., 1887. . 22). , (caput orbis .) , , translatio imperii . () , rex Constantinopolitanus, imperator Grecorum, , (. : . . // . 1986. . 47. . 8594). , . , , 1054 . , 809 . (. : . . // - . 1975. 8990. . 89115). 800 ., III , . , ( ) .
, , , , , . , IV () 451 . , , , ( ) (). , . . , , , , . . , ( . // . . ., 1998. . 225). , , . V . I , , , , . VIII . , ( II) , . , (Donatio Constantini .), . , , , . , , , . IX . - ( VII . ), , IIIV . , , , , , , . . IX . I , , IV . , , VI . . I , , , () , , . (.: Dvornik F. The Photian Schisme. Cambridge, 1948), , , . . , , , . VII , , . ( 1302 . VIII Unam Sanctam , ), - , , , . .
1815 . 1815 . . , .
, . . . . 458460*, 470473*.
1848 , , , , .
- . . . , , .
. . . . . . C. 485*.
. . . . 427*.
. . . , , , . . , , , : , ( . . . ., 1995. . 330331).


ʛ

, (. 195. . 1. . 5083. . 181181 .).
. . . . . // . 1935. . 1921. . 196.
.
, - . 1820- . . , (. ). . , 9 1855 . : , , , , , , , , , , . , , , . , , , , . , , , , , , , , , , , ⅻ ( . 1915. . 19. . 232233). ( . . , (., 1928), , , , , ), , . :

,

?
, , ?..


, ,
,
,
,

( . ) - , -. , , ! ( . . 130). , , - : , , ( . // . 1993. 6. . 185). , , , , (. . . . 452455*), . . , , : , , , . . . , , , , , , . ? , , , , ( , , , ), , , - ; . , ; ; , . ( . . 242243). - (. . . . 460461*).
. . , , , , , 唻 ( . . // . . . ., 1992. . 246). . . , , : , , ? , ? , , III, , , , , , . , . , , , : , , , ; , , , , , , ( . . 23. . 4950). , , , , . , 20 1851 . . . , , , . , , (. 1984 . . 177). . . , , , , : , , , . , , ; , . , . , , - , . ; , ( . . // . . 7. . 157158). . . : , , , , , , , -, ( . . , 1967. . 320).
, , - . , . . 25 1865 . 26 1866 . : , , . , . - , , . , , 酻; : , . ? , , , . . , , , , , , , , , (-1 . . 396, 410). , - - . () , . . . . . 1840- ., , (. : . . 1999. . 242).
, . . . . (. 395396*) (. 477*). . IX 29 1868 . . . : , - , , , , , , , , .
, , , , . , . , , . , , . , . . (-1 . . 343344).
, , , . 11 1872 . , , 28 1872 . . . : , , , . , . , : , , , , , , , , , , , , . , , ? ? , , ( . . 378).
. . (Pro et contra), . , , : - , , , ; , , , , . , , , , ? , (2 . 2, 7). , , ( . . . , 1991. . 255). , , , , , . , , , 셻 ( . . 237). , , , , , . , , : , , , , , . , , , . , ( . . 244).




.
. . 308. . 1 . . 12. . 19, . . ; . . (. 233. . 11. . . 72. . 1-14), : Pia Desideria ( .). Novembre 1857; : ., . . ., 1857. , . .
. 1873. 4. . 607620 620632, . . . . . . . . ., 1886. . 488501 572584; . 1900 . . 519532 603615; . . . 324332 364369; . . . . . . 7891 159170; . . . . 301310; . . 424431.
. ., 1886. . 572584 ( . . ).
. ., 1886 ( ): ltat a charge dmes aussi bien que lglise lEtat a charge dmes aussi bien que lEglise (12- .); pouvoir Pouvoir (16- .).
, , , , II ( ), . - . . , 1855 . . . , . . , , . . , , , , , , . . , . . , . . , . . , . , , , , . . , , . . , .
, , . , , , , , , , , , , , , . , -, . , , 1850- . ( , , , ), . , , . , , 3 1870 ., : , , , , , , , , , , , , , (. 1984 . . 342).
XIX . , , (. : . . (17001863). ., 1892; . (17031903). ., 1904; . . XIX . ., 1904; . . : 60-70- XIX . ., 1989; . . . ., 1997; . . XIXXX . ., 2001 .).
, , , 1860- . . . . . . ( . . ) , , , , ( , ). , , . . : , . , : , , , , , , : , . , , , . ( . ., 1862. . 125; . 1958. 1. . 142).
, , , , , , , ( , ) , , . , , , , , , , , . , , ( ) ( ). , , . . : , , , , , , . , , , , , , ? ! ( . . 190). . . , , , , , : ; , , - , , , ( . . 125, 132). , , , , , , - , . , , ( . . 129).
, ( . . ), . . 1848 . 1858 . ( .: . // . , 1928. . 1. . 729; . // . ., 1935. . 1921. . 565568; . . // . 1997. 1. . 4445; . . // XIX . . ., 2000. . 227233). , , - , , , , , , , , . , , . . , . . , . . , . . , . . ( , , , , !.) , 1854 . : , . , , , , , . , ! , , , , , , , . , , , -; , ( . 1899. 2. . 275). ( ): , , - , (. : . . . 19). , - , , ( , ) , - , -, , , .
, , , , . . . : 1857 , ( ) , , , ( . . 3839). 1856 . . . (17981883) , , . , , . . , . 1850- . . . (. . . . . . ( . 1935. . 1921. . 199235); . : . . ., 1988. . 384406). . . , 1864 .:

,
, , .
,
, , .
,
, ;
:
,
( ).

. . , ( . . 281).
. . , , . 27 / 8 1857 . , . . . . , ; (-2 . . 293). , , , , , 养, 1857 . . 20 . . : (. : -2 . . 14). , . . , . - . . , : , , , , , , , , , , , ( . . 267).
- . . . . , . 1855 . . . : ( . 1901. . 4. . 50). 1857 . , , , . . Journal du Nord ( ) . , . . , , . III . . . , . , , , , , (. : . . . ( - 18571859 .) // . , 1964. . 128). . . III . . , . . : ̋ , , , , , , . ( . . 129).
, . . . . 6/18 1857 ., : , . , , 셻 (-2 . . 293).
 1873 . : , , , , , , , , (-1 . . 480). ( 16 1873 .), , . , , : , , , . 30 , , , , , , , . , - , ! , , , , 腻 (. : . . 313).
, . . , , ( . 1873. 4. . 607).

. . , .
. , , , . , - , , , . , , , , . , , , , , , , , , (-1 . . 264265). , . . , , , - , ( . . 263). . . . ( . . ) , , , , , ( 1900 . . 2. . II). . 27 1871 ., : , , . . . : ; , . , ( . . 80).
. - , , . . , - . .
, , , - , , . , , , 3 1859 . . . , , , , : , . , , , , , , 养 ( . . 104).
II, 19 1855 ., ( 1865 . , ). . , , , 셻 . (, , .) . . 1856 . . . , , , . , , , : ! ; , , , ( . . (18551857 .) // . 1902. . 90. . 139). . . , II, , , , . , , 酻 ( . . 313). 18561857 . 50 , - ( 1856 . - , , , ). ( , , .) . , . . , II , - . . . , . .
, ( , . . ) . . III . . : , , - , (. : . . 107). . . , . . -, - 1857 . III : , , , ( . . 1850- 1860- . ., 1974. . 30).
: , . , , , (, , , , ) , , , , , , . . . . .
- , , . , 1820- . , , , , , , . , , , , , , , , : . , , , , (. 1984 . . 314). 1832 . . . , , , , 1836 . . . . . . , 1848 . . . . , . . , . . , . . , , , , . , , , - . , . , , , , . . . 1869 . : , , , (-1 . . 536).
, . , 1826 1828 . , , , , . , , , , . 1860- . 1828 . , . , , . , . . , : , , , , , , , , III , II , ( . . . ., 1955. . 1. . 335336). , , , , , - , . , , 1840- 1850- . , . . , , . . , 12 1857 . : , 1848 , , , , ( . . 457). . . , : . . , , , , . , , . : . : . , , . , , : , . . ( . . 342). , , , . . . . : , , , , , . , , ,  (. : . . (17001863). . 392). , , , , . . . , , , - ! , , , , , , , , , , , , , , (. 1984 . . 234).
, , . , , . , . . , - , , , , , , ; , , , ( . . 314).
, . . . . 502503*.
. . . . . 255256*.
: , - , , . , , , . , , , , , , , , , , (. : . . 175176). , , 1865 . , . , . . , , , (-1 . . 418).
. . . . . 328329*.
. . . . . . 322323*.
, , , , , . , , , . , . . , , , , credo, (. 1984 . . 250251). , , .
. , , . , , , , (. 1984 . . 357). , . , , ,